Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

J'attendrai, ton retour...

Jeu. 30 Août 2012

Matthieu 24, 42-51 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra. 

« Quel est donc le serviteur fidèle et sensé à qui le maître de maison a confié la charge de son personnel pour lui donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera à son travail ! Amen, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. 

« Mais si ce mauvais serviteur se dit : 'Mon maître s'attarde', et s'il se met à frapper ses compagnons, s'il mange et boit avec les ivrognes, son maître viendra le jour où il ne l'attend pas et à l'heure qu'il n'a pas prévue : il se séparera de lui et le mettra parmi les hypocrites ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents. » 

 

 

Élie est emporté au ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : Interro surprise, Jésus, le retour

Le retour de Jésus n'était pas à l'ordre du jour des tous premiers chrétiens. Il n'y avait pas à attendre qu'il revienne, puisqu'il était là. Nous ne savons sous quelle forme exactement se manifestait cette présence du ressuscité. Les récits nous parlent de le voir, de l'entendre. Dans l'un (Thomas) on peut le toucher, dans l'autre (Marie de Magdala) il ne faudrait surtout pas le faire, et c'est celui qui me semble le plus plausible. On nous dit encore qu'il mange, j'en ai personnellement aussi des doutes. Mais au fond, peu importe le degré de matérialisation de ces apparitions. Ce qui compte, c'est que c'est la réalité qu'ils ont vécue. Jésus était là, de nouveau, avec eux. Tout commençait.

Cet état d'esprit est celui dans lequel a été encore écrit l'évangile de Marc. Au cours de cette période, on n'est pas dans l'attente d'un événement futur, on est déjà dans l'événement. C'est déjà le royaume, qui certes a encore à grandir, mais qui a déjà commencé par la résurrection. Ce n'est ni plus ni moins que ce que Jésus avait enseigné : le royaume est en vous, parmi vous. Non pas donc quelque chose qui se produira dans le futur à un moment hypothétique signalé par un quelconque son de cloches ou sonnerie de trompettes, mais quelque chose qui a déjà commencé et ne peut que grandir, comme un champ ensemencé qui produira forcément sa moisson. C'est d'ailleurs une des différences essentielles entre le message de Jean-Baptiste (le royaume comme événement qui vient) et celui de Jésus (le royaume comme événement déjà présent).

Puis le temps passe, l'élan et l'ardeur des premiers temps commencent à s'émousser. On n'ose pas encore dire que Jésus n'est plus là, on ne prétend pas que le royaume n'est pas encore commencé, mais on se met à espérer qu'il va se produire de nouveau un événement choc, comme l'a été la résurrection. On sent bien que le cœur n'y est plus comme dans les premiers temps, que le mouvement perd de sa dynamique. Ce n'est pas possible, ça ne va pas se terminer comme ça ! L'exaltation d'un royaume en train de se construire est troquée pour l'attente exacerbée d'une inauguration à venir, qui vient, qui ne tardera sûrement pas, cela peut être demain ou après-demain, nul ne le sait, mais il faut être prêts, dès maintenant. Cet état d'esprit est celui dans lequel a été encore écrit l'évangile de Matthieu.

Et le temps passe encore. L'événement imminent tarde à se manifester. Cette fois il faut bien s'avouer que Jésus n'est plus là. Luc raconte son ascension : pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ça ne sert à rien, repartez, reprenez vos vies, c'est là que ça se passe désormais. Il ne faut plus rester comme ça, bloqués, comme dans un temps suspendu qui s'éterniserait à en mourir. La fin des temps se trouve désormais reléguée aux calendes greques. On n'ose pas encore la passer complètement par pertes et profits, mais ce n'est plus pour demain ni après-demain. Il faut reprendre contact avec la réalité, il faut s'organiser pour durer, et c'est ce que Luc, encore lui, raconte dans les Actes.

La période qui correspond à Luc rejoint en fait celle de Marc, mais entre les deux, il aura fallu aux premiers chrétiens qu'ils fassent une seconde fois leur deuil. Et il n'est pas anodin que ce soit Matthieu qui nous parle de cette étape, Matthieu le représentant de la branche 'juive' du christianisme naissant, par rapport à Luc, le représentant de l'ouverture aux païens. Ce deuxième deuil est clairement celui de leurs anciennes attentes du royaume. Le royaume à la mode 'juive' n'était pas compatible avec l'ouverture aux nations. Il nous en reste pourtant encore un petit quelque chose dans nos eschatologies modernes. Peut-être ferions-nous bien de nous interroger à ce sujet. Les croyances en une fin des temps, même très éloignée (et à plus forte raison pour ceux, de plus en plus nombreux, qui la voient de plus en plus proche), est-elle vraiment compatible avec le royaume de Jésus dès ici et dès maintenant ?

Commenter cet évangile