Partage d'évangile quotidien
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Attention ! attention !

Jeu. 29 Août 2013

Matthieu 24, 42-51 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Veillez donc : vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient ! Cela, comprenez-le : si le maître de maison avait su à quelle veille vient le voleur, il aurait veillé et n'aurait pas laissé perforer sa maison. C'est pourquoi, vous aussi, soyez prêts : c'est à l'heure que vous ne croyez pas que le fils de l'homme vient ! 

« Qui donc est-il, le fidèle serviteur, et avisé, que le seigneur a établi sur sa maisonnée pour leur donner la nourriture en son temps ? Heureux ce serviteur-là, qu'en venant son seigneur trouvera à faire ainsi ! Amen, je vous dis : sur tous ses biens il l'établira ! Mais si, méchant, ce serviteur dit en son cœur : “Mon seigneur tarde“,  et commence à frapper ses co-serviteurs, il mange et boit avec les ivrognes… Il viendra, le seigneur de ce serviteur-là, au jour qu'il n'attend pas, à l'heure qu'il ne connaît pas. Il le retranchera et mettra sa part avec les hypocrites : là sera le pleur, le grincement des dents. » 

 

 

Regarde dans le ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : J'attendrai, ton retour..., Interro surprise, Jésus, le retour

Voilà ! Matthieu a fini son règlement de comptes avec la synagogue, et nous sommes maintenant dans son tout dernier discours, celui sur la fin des temps. C'est un thème qu'il traite sur deux chapitres, celui-ci composé de discours à proprement parler, le suivant composé plutôt de paraboles. La liturgie ne nous en fait lire qu'une partie, qui traite du comportement à observer, de l'état d'esprit à maintenir, dans cette attente. J'ai déjà dit que, après la résurrection et la venue de l'Esprit, dans un premier temps les 'chrétiens' (on ne les appelait pas encore ainsi) n'avaient pas développé cette idée de retour futur de Jésus. L'évangile de Marc témoigne assez bien de cette période. Ils ne considéraient pas que Jésus était parti, ils vivaient avec lui dans le Royaume déjà inauguré. C'est plus tard, l'impulsion initiale perdant de sa vigueur, qu'ils constatèrent que c'était comme si Jésus n'était plus là, et que le Royaume passa du statut de "déjà là et en cours d'accomplissement" à celui de "pas encore là mais très proche désormais", et qu'ils associèrent à cette inauguration qui devait survenir incessamment l'idée que Jésus reviendrait. C'est dans ce contexte, dans cet état d'esprit là, que Matthieu nous donne les conseils dont il est question ici et jusqu'à la fin de la semaine.

Aujourd'hui, donc, nous avons d'abord un conseil qui s'adresse à tous les membres de la communauté : veiller, veiller sans cesse, ne pas relâcher son attention, être prêt à tout instant. Si nous entendions de nos jours parler d'un groupe qui exigerait de ses membres une telle attitude, nous aurions tendance à classer ce groupe comme étant une secte. Focaliser l'attention des personnes sur une seule question est un très bon moyen pour les empêcher de penser par elles-mêmes et leur faire gober, pendant ce temps, n'importe quoi. C'est malheureusement un peu ce dont il s'agissait. Cette injonction était comme une incantation contre ce Royaume et ce retour de Jésus qui n'en finissaient pas de ne pas vouloir arriver ! Par contre, pour le chercheur spirituel de tous temps, cet état d'esprit est en partie une nécessité absolue. Nécessité absolue : on n'arrive à rien si on se disperse et ne se fixe aucun objectif, aucune limite. Il faut savoir persévérer, aller jusqu'au bout de ses espoirs, de ses rêves, jusqu'à ce qu'on sache ce qu'il en est réellement, si on court après un mirage ou pas. Mais ceci signifie que personne ne peut fixer pour nous quels sont nos objectifs. Il n'y a que nous qui pouvons déterminer, chacun pour soi, qui nous sommes et où nous voulons aller. Et aussi, il n'y a que nous qui pouvons, chacun pour soi, dire à un moment, constater, que l'objectif est atteint, avec succès ou pas...

Si nous attendons, donc, le retour de Jésus comme décrit ici par les premières communautés chrétiennes, c'est-à-dire comme un événement extérieur à nous et collectif, nous risquons d'attendre longtemps ! Luc, pour sa part, n'adhérait pas trop à ce schéma. Si Luc a composé son récit de l'ascension, c'était justement pour que la rupture du cordon ombilical soit nette. Il fallait, pour lui, sortir définitivement de cette sorte d'utérus où Jésus était encore là ou presque bientôt de retour, et où, finalement, ils attendaient encore tous tout de lui ! Il fallait qu'ils grandissent, qu'ils se "mettent à leur compte", qu'ils se lancent dans leur propre aventure. C'est pourquoi Luc, aussi, parle de la venue de l'Esprit comme d'une autre étape, distincte et précisément située dans le temps, après l'ascension. Luc est le seul à avoir composé, outre celui de l'Ascension, un autre récit, celui de Pentecôte. Marc termine son évangile sur la découverte du tombeau vide (on sait que ce qui suit chez lui est un ajout tardif), Matthieu parle bien pour sa part d'un départ de Jésus, mais pour dire aussitôt qu'il reste quand même avec eux jusqu'à la fin des temps... Luc seul (des synoptiques, car en fait il rejoint parfaitement Jean sur ce point) a estimé que le temps après Jésus était le départ de quelque chose de tout-à-fait nouveau.

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