Partage d'évangile quotidien
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La rupture est consommée

Mer. 28 Août 2013

Matthieu 23, 27-32 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Malheureux, vous, scribes et pharisiens ! Hypocrites ! Vous ressemblez à des tombeaux chaulés qui, au-dehors, paraissent superbes mais au-dedans, sont remplis d'ossements de morts et de tout immondice. Ainsi de vous-mêmes : au-dehors, pour les hommes, vous paraissez justes, mais au-dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité ! 

« Malheureux, vous, scribes et pharisiens ! Hypocrites ! Vous bâtissez les tombeaux des prophètes, vous ornez les sépulcres des justes,  et vous dites : “Si nous avions été aux jours de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour le sang des prophètes ! Si bien que vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes fils des assassins des prophètes. Et vous, emplissez la mesure de vos pères ! » 

 

 

Josué sonne la trompette, par He-Qi

 

 

voir aussi : Et mène au tombeau, Suicide assisté ?, Appel au meurtre

Les deux dernières malédictions de la série de sept. Que dire encore sur le sujet que nous n'ayons dit ces jours-ci (hier, avant-hier) ? La première de ces deux malédictions du jour nous parle à nouveau de l'opposition extérieur/intérieur, des apparences et de l'essence. Les pharisiens seraient donc tout entiers dans le paraître, rien dans le cœur ? L'image prise ici est forte, des tombeaux, qui semblent affirmer qu'ils sont déjà morts avant même d'avoir fini leur vie. Pas de rédemption possible pour eux, quand c'est mort, c'est mort : il ne sont même plus à l'état de cadavres, mais déjà à celui de squelettes. Même si on veut faire la part de la tendance orientale à tout dramatiser pour assurer le spectacle, le fond reste très dur. C'est une condamnation sans appel.

D'un genre quand même un peu différent de ce que nous avions vu jusqu'ici, est la toute dernière des malédictions. C'est la clôture du raisonnement (si tant est qu'on puisse qualifier de raisonnement ces imprécations) de Matthieu. En accusant les pharisiens de perpétuer la tradition ancestrale du peuple juif de maltraiter les prophètes que Dieu leur envoie, Matthieu fait allusion évidemment au rejet de Jésus. Mais il sous-entend que cette fois sera la dernière. Jusqu'à présent, Dieu n'avait pas rompu son alliance avec eux, peut-être prenant en compte justement ces tombeaux qu'ils bâtissaient, après coup, comme pour se faire racheter. C'est-à-dire que, après le rejet, venait toujours jusqu'à présent un temps de repentir, de retour sur eux, le temps de se rendre compte qu'ils s'étaient trompés. C'est ainsi que tous ces prophètes vilipendés ont fini par se retrouver dans les Écritures, avec tous les honneurs. Mais cette fois-ci, dit Matthieu, il n'en ira pas ainsi : ils ont empli la mesure de leurs pères, la coupe est pleine, Dieu en a marre, c'est fini, il ne leur enverra plus de prophètes, il ne s'occupera plus d'eux. Ils ont eu le dernier des prophètes, Jésus, c'est à eux de choisir. Dieu a déserté leur camp.

Telle est la réponse qu'a voulu adresser la communauté matthéenne aux pharisiens qui les ont expulsés de la synagogue. Il faut noter qu'elle ne revendique pas d'être les vrais juifs. Il y a continuité dans leur esprit, ils se réclament de l'héritage de l'histoire de leur peuple, mais il y a aussi rupture, saut qualitatif. En disant que Dieu déserte le camp des pharisiens, ils parlent d'un changement d'alliance. C'est le même Dieu, les pharisiens sont le reste d'Israël, mais d'un Israël dont l'alliance est désormais devenue caduque. La communauté matthéenne s'était toujours considérée comme juive. Ce n'est pas de gaité de cœur, mais elle a été obligée au moins de concéder à leurs anciens coreligionnaires et désormais concurrents, qu'effectivement la nouveauté de Jésus les amenait à un changement de paradigme trop important. Ils leur en donnent donc acte, ils reconnaissent, au moins implicitement, qu'il était justifié de leur part de les exclure. Mais tout ceci ne leur a pas été évident, on le voit clairement avec ces relations à couteaux tirés. Ils doutaient sûrement énormément, sinon ils se seraient contentés de rester dans l'affirmation sereine de leur foi, telle que nous avons pu la voir, très souvent, tout du long de notre parcours de l'évangile de Matthieu.

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