Partage d'évangile quotidien
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Le souffle du printemps

Lun. 8 Avril 2013

Jean 3, 1-8 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il y avait un pharisien nommé Nicodème ; c'était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons bien, c'est de la part de Dieu que tu es venu nous instruire, car aucun homme ne peut accomplir les signes que tu accomplis si Dieu n'est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » 

Nicodème lui répliqua : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux ? Est-ce qu'on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n'est que chair ; ce qui est né de l'Esprit est esprit. 

« Ne sois pas étonné si je t'ai dit qu'il vous faut renaître. Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. » 

 

 

Saint François, par He-Qi

 

 

voir aussi : Second souffle, Naître encore, À la naissance du souffle

On retient généralement de cet épisode le côté un peu comique, mais si moderne même si elle a pris de nos jours un sens très différent, de l'idée de Nicodème : retourner dans le ventre de sa mère. N'est-ce pas ? que nous associons spontanément cette expression avec les thérapies modernes qui utilisent la régression pour trouver les origines des blocages de nos comportements. Tout ceci est trop à la mode, ou admis comme une évidence, pour que nous ne l'associons pas spontanément à la question de Nicodème, et pourquoi pas ? Ou bien encore, on retient la réponse qu'y donne Jésus, qui effectivement ne contredit pas cette interprétation possible, même si on peut lire beaucoup d'autres choses aussi. On peut par exemple être sensible à ce langage schizophrénique d'opposition entre la chair et l'Esprit, si caractéristique de l'évangile de Jean, et, dans un sens un peu différent, des écrits de Paul aussi. Ou bien encore, oui encore, on est sensible à la beauté poétique de ce vent qui souffle et dont on entend la voix...

Mais ce qui me frappe aujourd'hui, c'est le décalage entre la première question de Nicodème et la première réponse de Jésus. Voici un homme dont on prend soin de nous préciser qu'il n'est pas n'importe qui : un notable pharisien. Cet homme n'est pas un de ces innombrables traîne-savates incultes et ignares qui s'agglomèrent autour de Jésus, là-bas, en Galilée. Nicodème n'est pas comme tous ceux-là, du genre à se laisser impressionner par le premier charlatan venu. S'il est venu voir Jésus, on peut être sûr que c'est après avoir longtemps pesé tous les éléments en sa possession, en avoir examiné tous les aspects, avant d'en être arrivé à cette conclusion qu'il lui avoue maintenant : il est réellement et sincèrement convaincu que Jésus est venu "de la part de Dieu". Il y a ici une profession de foi qui vaut son pesant d'or. Que l'on pense à ces autres pharisiens qui s'appuieront sur ces mêmes signes accomplis par Jésus pour en conclure qu'il est un suppôt de Béelzebul. Nicodème est le seul, ou le représentant d'une extrême minorité parmi ses pairs, qui ne se soit pas laissé aveugler par ses préjugés sociaux et intellectuels, pour venir ainsi offrir humblement son hommage à l'obscur trublion galiléen.

Mais la réponse de Jésus semble ne tenir aucun compte de tout ce contexte. Il aurait pu au moins rendre la politesse à son interlocuteur, le féliciter de sa droiture, ou même encore simplement lui confirmer qu'il a raison, qu'il est bien envoyé par Dieu. Il ne lui dit pas le contraire, non plus, mais il saute directement à l'essentiel : comment lui, Nicodème, va-t-il pouvoir entrer dans le Royaume ? C'est très bien de croire en Jésus à cause de ses œuvres, mais ça ne sert strictement à rien si ça s'arrête là. Jésus ne veut pas qu'on se focalise sur lui, s'il vient de Dieu ce n'est pas pour qu'on lui construise cette statue qui viendra une fois de plus s'interposer entre les hommes et Dieu. Tu crois que je suis envoyé par Dieu ? mais alors, qu'est-ce que tu attends pour faire ce que je dis, qu'est-ce que tu attends pour entrer dans cette nouvelle relation à Dieu, toi-même ? Qu'est-ce que tu as à m'interroger encore, moi ? C'est à Dieu lui-même que tu dois désormais t'adresser, c'est ça entrer dans le Royaume. Si tu crois ce que je dis, tu n'as plus rien à faire ici. Va ! fais-le !

Ce message est effectivement radical au point qu'on puisse le qualifier de seconde naissance ! C'est un tel changement de perspectives qu'il bouleverse toutes nos conceptions et que l'on peut, lorsqu'on y est entré, et uniquement dans ce sens-là, parler de chair et d'Esprit. Ces termes ne sont donc pas du tout chez Jean ce qu'ils signifient dans la pensée grecque et à quoi nous pensons plus ou moins automatiquement. Il ne s'agit absolument pas d'une opposition entre corps et âme, du monde matériel pesant auquel appartiendrait le corps et dont chercherait à se délivrer notre vraie nature spirituelle. Chez Jean, la chair et l'Esprit désignent ces deux façons d'être dans le même monde, unique, ces deux façons de l'habiter, celle où on croit que Dieu est loin, sinon absent ou même inexistant, et celle où on sait qu'il est en nous, en chacun, en tous et en toute chose, et qu'on le sait parce qu'on l'y a rencontré, et qu'on l'y rencontre encore et encore, et toujours.

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