Partage d'évangile quotidien
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L'homme qui a vu l'homme

Jeu. 11 Avril 2013

Jean 3, 31-36 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout. Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. 

« Celui qui vient du ciel rend témoignage de ce qu'il a vu et entendu, et personne n'accepte son témoignage. Mais celui qui accepte son témoignage certifie par là que Dieu dit la vérité. En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l'Esprit sans compter. 

« Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire en lui ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » 

 

 

Le cantique de Salomon, par He-Qi

 

 

voir aussi : Témoignage certifié, Epouse convoitée, Ami de l'époux

Qui le croirait sans le savoir ? c'est Jean Baptiste qui est censé s'exprimer ici. Ce langage ressemble furieusement à celui que l'évangéliste prête aussi à Jésus, et pour cause : c'est bien le discours de l'évangéliste, pas celui du Baptiste, ni celui de Jésus. Jean Baptiste et Jésus n'ont pas du tout les mêmes origines, malgré la légende de Luc qui en fait des cousins. L'un est un judéen et d'une famille de prêtres, quand l'autre est galiléen et d'une famille d'artisans. Il n'est pas possible qu'ils aient les mêmes mots, qu'ils s'expriment de la même manière. Jésus a effectivement été sensible au message de Jean, mais ce sont ici les synoptiques qui ont raison, qui nous montrent un Jésus qui, dans les premiers temps de son propre ministère, utilisait donc exactement les mêmes termes que Jean, mais qui a ensuite énormément évolué, au point que Jean a fini par douter de lui, sinon le renier.

Nous retrouvons ici l'opposition ciel/terre, qui est assez proche de l'opposition chair/esprit que nous avions vue récemment, avec Nicodème. Il est très tentant d'en faire des absolus, comme tend à nous y inviter l'évangile dans sa rédaction finale, celle que nous avons sous les yeux. Nous devons nous rappeler, cependant, que ce n'était pas ce que voulait dire initialement l'auteur. Le ciel et la terre ne sont pas des lieux séparés, ce ne sont pas deux mondes de natures différentes, mais deux dimensions, deux façons d'être dans le même et seul monde. Le ciel est sur terre, la terre est un lieu céleste, pour peu que l'on sache le voir. Il est vrai que, naturellement, nous avons tendance à ne voir que la dimension terrestre. Nous y sommes nés (ce qui ne veut cependant pas dire que c'est d'elle que nous sommes venus...), nous y avons grandi, elle tombe sous le sens, pourrait-on dire, ou plutôt sous les sens, parce que, justement, le sens, elle est bien incapable de le fournir.

Mais cela me semble normal, moi, que je sois capable de comprendre quelque chose ! c'est l'intelligence, c'est l'évolution, c'est naturel ! entends-je dire. Ah oui ? Parce que c'était obligé qu'il y ait quelque chose, un univers, plutôt que rien ? Parce que c'était obligé qu'il y ait la vie plutôt que seulement des roches et des métaux ? Parce que c'était obligé qu'il y ait des animaux plutôt que le seul rêve endormi des végétaux ? Parce que c'était obligé qu'il y ait la conscience et la possibilité de s'émerveiller de tout ça dans nos petites têtes plutôt que la seule ruse ou l'obstination nécessaires à notre survie ? En réalité, non, rien de tout ceci n'était obligé, et nous devons donc bien reconnaître que la terre vient du ciel ! et que ce n'est pas avec une petite mesure, mais à foison, que Dieu donne son Esprit. Mais c'est sûr qu'il ne nous est pas naturel de le voir, qu'il nous faut du temps pour l'apprendre et le vivre.

De là à parler de colère de Dieu... non, c'est juste dommage, pour nous ! C'est comme ces enfants qui n'ont jamais manqué de rien dans leur vie : ils s'ennuient, tout leur indiffère, ils n'ont d'intérêt pour rien, ils se révoltent, ils tombent en dépression, leur vie n'a aucun sens. Qu'on leur fasse un cadeau, ils ne le regardent même pas, blasés. C'est dommage, pour eux, ils ne connaissent pas le plaisir de recevoir un cadeau ! C'est juste ça, le ciel : c'est sur terre, c'est notre vie. C'est une façon de la voir et de la recevoir en l'appréciant à sa juste valeur : infinie. Oui, c'est vrai, ce n'est quand même pas toujours facile, la vie, c'est dur, parfois, ou même très dur, insupportable. Mais ce qui est insupportable le sera encore plus si nous ne savons même pas voir au moins un tout petit peu de beau là où il y en a tant aussi. Et inversement encore, plus nous saurons voir toutes les beautés dont est fait le monde, moins l'adversité n'aura de prise sur nous.

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