Privilégiés
A ce moment, Jésus exulta de joie sous l'action de l'Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »
voir aussi : Dévoilements, Révélations, Habitants des cieux
Nous sommes en pleine période galiléenne, avant que Jésus ne comprenne vraiment l'ambiguïté du succès de son ministère, bien avant le rassemblement de plus de quatre mille partisans, la multiplication des pains, leur tentative de l'enrôler dans une guerre de libération. Jésus vit cette expérience d'un Dieu en lui, celui qu'il appelle son Père, et il pense que cette expérience ne lui est pas réservée, que toute personne peut la faire. C'est ça, son seul et vrai ministère.
Mais en même temps, il y a ces signes qui se produisent par son intermédiaire. Ces malades qui guérissent, ces possédés qui sont délivrés. Est-ce de l'auto-persuasion de leur part, ou quoi d'autre ? peu importe au fond, c'est de toute façon une confirmation qu'avec Jésus, il est en train de se passer quelque chose d'exceptionnel. Pour lui, c'est un indice très fort. Non, il ne fait pas fausse route, c'est bien Dieu qui lui parle, et sa mission est bien de parler de ce royaume qui peut s'instaurer en chacun.
Maintenant, le problème est que la notion de royaume est extrêmement chargée dans l'imaginaire de ses coreligionnaires. C'est quelque chose de nécessairement concret, terrestre. C'est le royaume de David, leur pays, leur terre, avec à leur tête leur roi, en lieu et place de tous ces étrangers qui les dirigent depuis plus de cinq siècles. Ce n'est bien sûr pas de ce royaume-là que Jésus parle, en tout cas pas principalement. On ne sait pas. Peut-être n'excluait-il pas lui-même que la révolution intérieure qu'il voulait initier puisse aboutir, ultérieurement, à une résurrection du royaume de David. Ce qui est sûr, ce que l'histoire a établi par la suite, c'est que l'ambiguïté était trop forte. Les juifs, y compris ses plus proches disciples, n'ont pas compris, de son vivant, de quoi il parlait.
C'est donc dans ce contexte que se situe le texte d'aujourd'hui. C'est un moment où tout est encore ouvert, tout semble baigner. Jésus pense que les foules qui le suivent sont au même diapason que lui. Oh ! bien sûr ils n'en sont pas encore à avoir trouvé le Père en eux, mais il ne se rend pas compte à quel point, eux, sont prêts à toutes les aventures politiques qui puissent leur assurer gîte, couvert, et santé. Alors oui, il peut s'imaginer que le royaume a été révélé aux petits – ces foules dont il soulève l'enthousiasme – et caché aux savants – ces scribes et pharisiens de Jérusalem qui se méfient de lui. Et c'est vrai que le royaume est en train de commencer, mais ce n'est sans doute pas vraiment celui que "beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir".


Commenter cet évangile