Soucis d'argent
Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Puis, s'adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d'un homme, fût-il dans l'abondance, ne dépend pas de ses richesses. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait : 'Que vais-je faire ? Je ne sais pas où mettre ma récolte.' Puis il se dit : 'Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands et j'y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l'existence.'
« Mais Dieu lui dit : 'Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l'aura ?'
« Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. »
voir aussi : Propriété privée, L'enfer, c'est ...moi, Priorités vitales
Il est bien naturel de faire montre d'un minimum de prévoyance dans la vie. Avoir des greniers pour stocker sa récolte de blé, pour pouvoir y puiser toute l'année, jusqu'à la prochaine récolte, n'est que bon sens. Que ces greniers puissent même contenir un peu plus que ce qu'on a besoin pour une année ne semble pas aberrant non plus. Les années se suivent et ne se ressemblent pas, il n'est pas illégitime de prévoir de stocker un peu plus que nécessaire lorsque l'année est bonne, au cas où la suivante le serait moins. Ce n'est pas ce dont il s'agit dans cette parabole.
Ici, il s'agit d'abord d'un homme 'riche'. C'est-à-dire que ses récoltes ne servent pas seulement à sa subsistance, ni à celle de sa maison avec toute sa domesticité, mais surtout au commerce. Et il s'agit aussi d'une année pas seulement bonne, mais exceptionnelle. Et voilà ce qu'on peut lui reprocher : plus on en a, jamais on n'en a assez.
Le voici donc qui s'engage dans de grands travaux. Ses greniers, qui déjà dépassaient largement ses besoins de base, puisqu'ils servaient d'entrepôt pour son négoce, ne suffiront pas à entreposer la récolte ? Il pourrait distribuer le surplus en aumône, aux nécessiteux. Ce n'est pas ça qui manque, à l'époque, déjà, et ça ne ferait même pas de tort à ses affaires, car il y en a suffisamment qui n'ont de toute façon pas les moyens de payer. Mais non, cela ne lui vient pas à l'esprit. La nature lui offre généreusement sans qu'il n'y soit pour rien, il ne pense pas à en faire ne serait-ce que partiellement autant. Tout ce qu'il voit, c'est lui, lui, et lui.
Le voici donc qui s'engage dans de grands travaux. Et que je détruis mes anciens greniers, pour commencer, et ensuite, sur leur emplacement, j'en bâtirai de plus grands encore. Après ça, se dit-il, je pourrai profiter d'un repos bien mérité, manger, boire, jouir. C'est un leurre, bien sûr. Pas tellement parce que sa vie va lui être reprise avant ça. Mais parce que nous savons bien comment ça se passe. À peine les récoltes engrangées, à peine le dernier sac déchargé, et la porte refermée, commencera déjà la crainte que le feu se déclare, plus tard que la pourriture s'installe, ou qu'un voleur ne s'introduise, et finalement, pour être vraiment tranquille, il en faudrait toujours plus. Toujours augmenter son volume d'affaires, diversifier ses sources de revenus, c'est sans fin.
Il est bien naturel de faire montre d'un minimum de prévoyance dans la vie. Un minimum. Les besoins d'une année, les besoins de chaque jour. Au-delà... à la grâce de Dieu !


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