L'homme invisible
Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il leur répondit : « Le règne de Dieu ne vient pas d'une manière visible. On ne dira pas : 'Le voilà, il est ici !' ou bien : 'Il est là!' En effet, voilà que le règne de Dieu est au milieu de vous. »
Et il dit aux disciples : « Des jours viendront où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez pas. On vous dira : 'Le voilà, il est ici ! il est là !' N'y allez pas, n'y courez pas. En effet, comme l'éclair qui jaillit illumine l'horizon d'un bout à l'autre, ainsi le Fils de l'homme, quand son Jour sera là.
« Mais auparavant, il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération. »
voir aussi : Vaines attentes, Le grand soir, Avènement
D'un côté, le royaume de Dieu est là, déjà là, au milieu de nous. D'un autre côté, le jour du Fils de l'homme viendra, un jour dans l'avenir, et d'un seul coup, sans que rien ne puisse le laisser prévoir. Comment concilier tout ceci ?
D'abord on ne parle pas tout-à-fait de la même chose dans les deux cas. D'une part, il est question du règne de Dieu, ou de son royaume, c'est le même mot en fait en grec, que l'on traduit parfois 'royaume' et parfois 'règne'. Personnellement, d'ailleurs, je préférerais le traduire encore autrement : la 'royauté'. Ainsi on comprend mieux la réponse de Jésus : quand est-ce que la royauté de Dieu va venir ? elle n'a pas vraiment à venir, la royauté de Dieu est de tout temps, c'est nous qui pouvons être plus ou moins longs à nous en rendre compte. Elle est 'au milieu de nous', ou mieux encore 'en nous', puisque là aussi les deux traductions sont également possibles.
D'autre part, il est question du Jour du Fils de l'homme. De quoi s'agit-il ? À priori, pour les premiers chrétiens, quoique pas dans les tout débuts, mais assez rapidement, cette expression se rapportait à leur attente du retour de Jésus. Dans les tout premiers temps, en effet, ils se 'contentaient' de vivre la résurrection et l'effusion de l'Esprit. Ils étaient portés par un élan extraordinaire, tel qu'ils n'auraient pas pu l'imaginer, et cela leur suffisait amplement. Ils avaient trop à faire, à découvrir. C'est dans un second temps seulement, que le soufflé est quelque peu retombé, les ardeurs se sont attiédies, et on a commencé à placer ses espoirs – c'est tout-à-fait humain, nous le savons bien – dans un retour hypothétique ultérieur de Jésus.
Oui, en réalité, le Jour du Fils de l'homme était déjà venu, mais avec le temps et les générations, l'expérience n'en était plus aussi vive. Pourtant, tout au long des siècles, nombreux sont ceux qui en ont fait l'expérience, mais pas tous, il est vrai. C'est pour ces derniers qu'est née cette eschatologie, cette projection dans l'avenir d'une expérience dont il faut reconnaître qu'il est difficile de la transmettre...
Il n'y aura pas de 'grand soir', il n'y aura pas de 'fin des temps', de 'fin de ce monde', de 'jour de la révélation', collectifs, pour toute l'humanité ! Il nous faut quand même grandir un peu, quitter le monde des bisounours et du père Noël. Mais il y a bien cependant une sorte de Jour du Fils de l'homme, possible pour chacun. Le jour de la conversion, le jour de la découverte, le jour de l'effusion, le jour où nous découvrons cette présence en nous, le 'Père', l'Esprit. D'aucuns en témoignent, cela survient bien sans que l'on s'y attende. Parfois, c'est alors qu'on était absolument aux antipodes, et là on peut vraiment parler d'éclair, comme d'un coup de foudre. Parfois, c'est à la suite d'une longue espérance, d'un long cheminement pour éprouver notre désir, l'apurer, creuser en nous l'espace nécessaire. Mais là aussi, c'est quand même la surprise. C'est à la fois ce que l'on attendait, et à la fois l'expérience réelle a une toute autre saveur que tout ce qu'on avait pu imaginer.


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