Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

L'homme du jour

Ven. 16 Novembre 2012

Luc 17, 26-37 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Ce qui se passera dans les jours du Fils de l'homme ressemblera à ce qui est arrivé dans les jours de Noé. On mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Puis le déluge arriva, qui les a tous fait mourir. 

« Ce sera aussi comme dans les jours de Loth : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; mais le jour où Loth sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre qui les a tous fait mourir ; 

« il en sera de même le jour où le Fils de l'homme se révélera. Ce jour-là, celui qui sera sur sa terrasse, et qui aura ses affaires dans sa maison, qu'il ne descende pas pour les emporter ; et de même celui qui sera dans son champ, qu'il ne retourne pas en arrière. Rappelez-vous la femme de Loth. Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera. 

« Je vous le dis : Cette nuit-là, deux personnes seront dans le même lit : l'une sera prise, l'autre laissée. Deux femmes seront ensemble en train de moudre du grain : l'une sera prise, l'autre laissée. »  

Les disciples lui demandèrent : « Où donc, Seigneur ? » Il leur répondit : « Là où il y a un corps, là aussi se rassembleront les vautours. » 

 

 

L'arche de Noé, par He-Qi

 

 

voir aussi : Pile ou face ?, Où est le corps, Deux femmes côte-à-côte

Les fantasmes des premiers chrétiens : largement minoritaires au sein du judaïsme, ils se raccrochent à cette idée qu'eux seuls ont raison. Comme au temps de Noé, où tous ses voisins et son entourage le prenaient pour un fou pendant qu'il construisait son arche, ils envisageraient volontiers un retour du Fils de l'homme, ici de Jésus, sous la forme d'un scénario de film catastrophe, une apocalypse au sens usuel du terme, où tous leurs anciens coreligionnaires qui, dans le meilleur des cas les ignorent, et parfois les persécutent, seront anéantis par la colère de Dieu.

Cette vision s'alimente aussi de la catastrophe effectivement survenue, la guerre contre les romains, la prise et la destruction complète de Jérusalem, le génocide à 80 pour cent. Ainsi cette notation "celui qui sera dans son champ, qu'il ne retourne pas en arrière", autrement dit qu'il ne revienne pas en ville. Effectivement, comme lors de tout massacre systématique, ce sont ceux qui se trouvent dans les villes qui ont le plus à craindre, le ratissage des campagnes étant forcément plus difficile, plus long, plus coûteux, à mettre en œuvre.

Par contre, les remarques sur les "deux personnes ensemble, l'une sera prise et l'autre laissée" font plutôt allusion au fait que, dans une même famille, il pouvait y avoir des membres convertis au christianisme, et d'autres non. On ne sait d'ailleurs pas si les verbe 'pris' et 'laissés' signifient ceux qui seront pris ou laissés par la mort, ou ceux qui seront pris ou refusés dans le Royaume...

Pour finir, une petite pointe gnostique. L'ensemble du passage a trait à cet événement hypothétique futur du jour du Fils de l'homme. Hier, la question était : quand cela se passera-t-il ? Et Jésus avait répondu qu'il était impossible de le prévoir. Les disciples ont bien assimilé cette réponse, mais comme ils ne peuvent s'empêcher d'être curieux, ils se disent que faute de pouvoir fixer l'événement dans le temps, s'ils pouvaient au moins le situer dans l'espace : où cela se produira-t-il ? Faut-il qu'ils se rassemblent en un lieu donné, une sorte de nouvelle arche qui les transportera, les protégera du cataclysme, et les mènera au port du Royaume ?

La réponse est donc purement gnostique : la mort se produira pour le corps, sous-entendu, si quelque chose peut survivre, c'est l'âme. Dit autrement, se préparer pour le salut, c'est se construire un 'corps' de lumière, travailler à la pureté de son âme, la laver, la nettoyer, la faire grandir. C'est une conception où nous serions composés d'au moins deux parties, l'une, le corps, destinée à périr, l'autre, l'âme, destinée à survivre. Comment dites-vous ? c'est bien ce que nous croyons, bien que nous ne soyons pas gnostiques, c'est ce qu'on nous a toujours appris ? Oui, effectivement, et pourtant ce n'était pas la conception de Jésus ni d'aucun juif, donc d'aucun des premiers disciples. Dans la mort, tout meurt. La résurrection n'est pas la réanimation d'un corps à partir d'une âme qui aurait survécu. La résurrection est une re-création de toute la personne, corps, âme, esprit, et tout ce que vous voudrez d'autre.

Jésus n'a pas survécu, en tant que personne, individu, d'aucune manière. Ce n'est pas Jésus qui s'est ressuscité, c'est Dieu qui l'a fait. Certes, nous pouvons avoir confiance en Dieu, et nous savons qu'il le fera. Mais c'est bien lui, qui le fera, nous en serions quand à nous bien incapables ! Déjà que nous ne nous sommes pas créés nous-mêmes, à plus forte raison pour nous re-créer...

Commenter cet évangile