Partage d'évangile quotidien
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Qui est malade ?

Sam. 8 Mars 2014

Luc 5, 27-32 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Après quoi, il sort et remarque un taxateur, du nom de Lévi, assis à la taxation. Il lui dit : « Suis-moi ! » Il quitte tout, se lève... Il le suivait ! 

Lévi fait pour lui un grand festin dans sa maison : il y avait une foule nombreuse de taxateurs et d'autres, qui étaient avec eux à s'étendre à table. Les pharisiens et leurs scribes murmuraient contre ses disciples en disant : « C'est avec les taxateurs et pécheurs que vous mangez et buvez ! Pourquoi ? »  Jésus répond et leur dit : « N'ont pas besoin de médecin les bien-portants, mais ceux qui vont mal. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, à la conversion ! » 

 

 

La femme surprise en adultère, par He-Qi

 

 

voir aussi : Table ouverte, Jaloux, Anti-sceptiques, Collabo

C'est ce genre de scènes qui passaient mal, non seulement auprès des pharisiens, mais aussi des disciples de Jean, pour des motifs un peu différents. Pour les pharisiens, c'est le boxon ! selon leurs conceptions, on ne devrait pas mélanger les torchons et les serviettes, les "gens biens" ne doivent pas fréquenter aussi intimement les pêcheurs, dont font automatiquement partie les taxateurs, à cause de leur métier au service des romains. Pour les disciples de Jean, il est inconcevable qu'on puisse s'autoriser de faire bombance alors que le Royaume approche : c'est le temps de la pénitence et du repentir. Je me suis permis d'inviter ici les disciples de Jean, qui ne sont pas cités dans le texte, parce que cela me semble quand même de circonstance. D'ailleurs, la suite du texte, chez Luc, enchaîne sur la question du jeûne, dont nous avions hier la version chez Matthieu. Et je soupçonne volontiers que, dans la réaction des pharisiens, entre aussi en ligne de compte une certaine jalousie. Il ne me semble pas, en effet, que si Lévi avait juste invité Jésus à un "bol de riz" bien compassé, ils auraient encore trouvé quelque chose à y redire... Ce qui les fait le plus enrager, c'est que ce festin est donné sur les deniers de Lévi, c'est-à-dire sur de l'argent qu'ils considèrent leur avoir été extorqué ! en tout cas, gagné malhonnêtement. Voilà, au-delà des questions de pureté d'une manière générale, bien réelles pour autant, il y a beaucoup plus précisément un reproche à Jésus de se rendre complice des crimes de son hôte en consommant leur produit.

Et c'est vrai ! d'un strict point de vue légal, si on admet que Lévi a effectivement, comme en sont systématiquement soupçonnés tous les taxateurs, détourné pour son profit personnel une partie des sommes qu'il encaissait au nom des romains (en exigeant simplement des montants plus élevés que ceux prévus par ses employeurs), Jésus est complice de son vol. Et même si on admet que Lévi était l'exception et l'honneur de sa profession, il n'en reste pas moins que cet argent 'probement' gagné est quand même 'impur' et donc malhonnête (mais du seul point de vue de loi juive, et qui ne pourrait s'appliquer en l'occurrence, car les romains ne le permettraient pas, comme on peut s'en douter). On ne peut ici penser qu'à Zachée, cet autre taxateur, qui, s'il invita aussi Jésus à un repas chez lui, le fit, semble-t-il, plus sobrement, et surtout prit la décision de réparer ses torts, d'une part en remboursant avec dédommagement les personnes qu'il avait pu léser, et d'autre part en distribuant une grande partie de ses biens aux pauvres. Bref, Zachée s'est "racheté une conduite", alors qu'ici, avec Lévi, on ne voit rien de tout ça. On pourra dire que, ce n'est pas parce que ça ne nous est pas raconté, qu'il ne l'a pas fait. Bien sûr ! Lévi va d'ailleurs tout quitter pour suivre Jésus, et on peut imaginer qu'il aura fait don de ses biens auparavant. Mais nous n'en savons rien, et si le récit, justement, ne nous en parle pas, c'est qu'il estime que là n'est pas la question. Voici donc un Jésus en fâcheuse situation ?

On notera quand même que, si les pharisiens se tiennent dans la posture de la réprobation, rien ne les empêchait pourtant de se joindre au repas ! Oui, on pense bien qu'ils n'en étaient pas capables, pourtant, si l'un ou l'autre s'était vu proposer par Lévi une somme d'argent pour compensation d'un préjudice qu'il aurait subi de sa part, l'aurait-il refusée ? on l'imagine mal... alors, quelle différence, du point de vue moral, entre recevoir de l'argent 'impur' et accepter un repas payé sur ce même argent 'impur' ? Est-ce que par hasard, déjà à cette époque, le dicton que "l'argent n'a pas d'odeur" était pleinement d'actualité ? Ou, trouverait-on aussi plus moral que de l'argent mal acquis soit donné aux 'pauvres', considérant que eux, après tout, au point où ils en sont, ils n'ont pas les moyens de faire la fine bouche sur sa provenance ? On peut alors considérer que Lévi a choisi, au fond, une solution très prophétique, voire moderne : cet argent, dont il ne sait trop que faire, il s'en sert pour créer du lien, il en fait une célébration collective. Ce repas est hautement symbolique du Royaume : n'imaginons pas que nous n'y entrerons que lorsque nous serons devenus parfaits ! que nous ne le construirons que de matériau noble. Tout ce que nous sommes y concourt, y compris nos côtés les plus sombres, si nous savons, comme Lévi, transmuer le charbon de nos faiblesses en l'or pur de la communion joyeuse et universelle.

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