L'œil du prince
Hérode, prince de Galilée, apprit tout ce qui se passait, et il ne savait que penser, parce que certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d'entre les morts.
D'autres disaient : « C'est le prophète Élie qui est apparu. » D'autres encore : « C'est un prophète d'autrefois qui est ressuscité. »
Quant à Hérode, il disait : « Jean, je l'ai fait décapiter ; mais qui est cet homme dont j'entends tellement parler ? » Et il cherchait à le voir.
voir aussi : Hérode en sa coquille, Bruits qui courent
"tout ce qui se passait" : c'est ce que Luc a décrit jusqu'ici. La popularité croissante de Jésus, les foules de plus en plus nombreuses qui le suivent. L'envoi en mission des douze est un signal auquel Hérode ne pouvait pas ne pas prêter attention. Ce n'est plus l'aventure singulière d'une personne isolée, aussi charismatique soit-elle. C'est le signe d'une organisation, le mouvement prend désormais une dimension politique, au sens large du terme. Hérode est obligé d'en tenir compte. Les choses se passent sur son territoire, et si elles dégénèrent, c'est lui qui en est responsable devant l'occupant, les romains.
Hérode n'avait d'ailleurs pas tort. Non pas à cause de Jésus, mais de ceux qu'on appelle les zélotes, ces partisans de la résistance armée contre les romains. On sait les conséquences de leur activisme quelques quarante ans plus tard, entraînant la destruction de Jérusalem et la répression féroce sur tout le pays. Ces hommes de l'ombre ne pouvaient pas, eux non plus, ne pas remarquer ces forces que Jésus mobilisait. De fait, il semble bien qu'ils ont tenté de noyauter le mouvement, poussant à la roue pour propulser Jésus sur le trône, et le forçant alors à réagir vivement.
L'épisode en question nous est décrit dans les quatre évangiles (fait exceptionnel) sous la forme du récit dit de la multiplication des pains. Une grande foule l'a suivi dans le désert et veut le faire roi. Lui n'en veut pas. Il se rend compte de ce qui est en train de se passer. Sa première réaction est de tout arrêter. Il congédie ses disciples, ce qui semble indiquer qu'il y avait parmi eux des partisans de la cause zélote, renvoie la foule, et se retrouve seul à prier. Il finira par décider de reprendre sa mission, rejoindra des disciples en pleine 'tempête', mais il leur met les points sur les 'i'. C'est à partir de ce moment qu'il leur explique que ça finira mal pour lui (les 'annonces de la passion'). De ce moment, aussi, les disciples se tiennent désormais à distance derrière lui, sur le chemin qui les emmène à Jérusalem, comme s'ils traînaient les pieds.
Le message est passé, mais le charme est rompu. Les disciples ne renonceront jamais vraiment à leurs rêves. Ils continuent, mais en sachant de moins en moins pourquoi ils sont encore là, dans une histoire qu'ils ne comprennent plus. Les foules, elles, se réduisent progressivement en peau de chagrin. Jusqu'au terme de l'histoire, où Jésus finit seul, ou presque, lâché par tous, sinon sans doute quelques femmes... On voit qu'Hérode avait finalement bien tort de s'inquiéter. Le pouvoir, c'est pas le truc de Jésus !


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