Pleins pouvoirs
Jésus convoqua les Douze, et il leur donna pouvoir et autorité pour dominer tous les esprits mauvais et guérir les maladies ; il les envoya proclamer le règne de Dieu et faire des guérisons.
Il leur dit : « N'emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n'ayez pas chacun une tunique de rechange. Si vous trouvez l'hospitalité dans une maison, restez-y ; c'est de là que vous repartirez. Et si les gens refusent de vous accueillir, sortez de la ville en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et ils allaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons.
voir aussi : Voyagez léger !, Vitesse supérieure
Difficile de savoir de quoi il s'agit exactement dans cette histoire de délégation de pouvoirs. Le pouvoir de guérir et d'exorciser n'est pas à proprement parler une science, une technique, que l'on pourrait expliquer et transmettre. Ce n'est pas comme la médecine, qui pourtant touche déjà autant à l'art qu'à la connaissance. Le critère le plus décisif, ici, est que ce n'est pas l'homme, pas même Jésus, qui guérit ou libère des esprits malintentionnés, mais Dieu. Et que le rôle du thaumaturge n'est pas dans le faire, mais dans l'être. Il ne s'agit pas d'opérer des actes mais d'être réceptif aux actes d'un Autre.
On devra supposer que, par leur fréquentation assidue de Jésus, les douze ont été progressivement contaminés par son état d'esprit particulier, au point que des signes ont fini par pouvoir s'accomplir par eux aussi. Peut-être qu'il en a été ainsi. Cependant, on se demande alors comment ils ont pu, parallèlement à une telle évolution spirituelle intérieure, demeurer viscéralement attachés à leur attente d'un royaume bien matériel, celui d'Israël. L'autre possibilité est que cette histoire de mission présentée comme ordonnée par Jésus de son vivant, n'est que la rétroprojection de ce qu'ils ont effectivement vécu après sa mort, et qu'ils placent ainsi sous ses auspices pour asseoir sa légitimité.
On est par contre frappé par les conditions de cette mission. Ce dénuement, cette confiance en la providence, qui correspond mieux, d'ailleurs, à un contexte post-pascal. Ils n'ont rien à perdre ! Après Pâque, après la résurrection, il ne s'agit plus de royaume terrestre, le cadre a éclaté. Israël reste encore central dans un premier temps, mais plus tant comme pays géographique, seulement comme nation, comme peuple. La perspective s'est élargie bien au-delà de ce qu'ils avaient pu imaginer auparavant. Le royaume, qu'ils pensent toujours imminent, à portée de main, a tellement dilaté leurs références, qu'ils ne se soucient effectivement plus de leur vie présente. Peu importe de mourir, quand c'est pour ressusciter... Pourquoi alors se soucier de ce qu'on mangera ou de ce dont on se vêtira, pourquoi donc emporter avec soi sac, pain, argent ni vêtement de rechange ?


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