Partage d'évangile quotidien
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L'appel du désert

Mer. 15 Janvier 2014

Marc 1, 29-39 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Aussitôt, ils sortent de la synagogue, ils viennent dans la maison de Simon et André, avec Jacques et Jean. La belle-mère de Simon est étendue, fiévreuse. Aussitôt, ils lui parlent d'elle. Il s'approche, la réveille en saisissant sa main : la fièvre la laisse... Et elle les servait ! 

Le soir venu, quand le soleil est couché, ils portent devant lui tous ceux qui vont mal, et les démoniaques. La ville entière était rassemblée devant la porte. Il guérit, nombreux, ceux qui vont mal, de diverses maladies. Il jette dehors de nombreux démons. Il ne laisse pas parler les démons, car ils savent qui il est. 

Le matin, en pleine nuit, il se lève, sort et s'en va dans un lieu désert. Et là, il priait… Simon le poursuit, et ceux d'avec lui.  Ils le trouvent et lui disent : « Tous te cherchent. »  Il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs suivants, pour que, là aussi, je clame. Car c'est pour cela que je suis sorti. » Il vient et clame dans leurs synagogues, dans la Galilée toute entière. Et il jette dehors les démons. 

 

 

La prière à Gethsemani, par He-Qi

 

 

voir aussi : Le premier jour, Overbooké, Partir, déjà, Reprendre les esprits

"Ils viennent dans la maison de Simon et André" : on retrouvera d'autres passages où il est dit, qu'après une tournée de visite de différentes bourgades, Jésus et les disciples "reviennent à la maison" à Capharnaüm. C'est la même maison dont il est question à chaque fois, celle de Pierre et André, soit donc celle de leurs parents (ou au moins de leur père, puisque leur mère n'est pas mentionnée dans les évangiles). Cette maison était certainement grande, puisqu'on nous dit qu'elle hébergeait aussi la belle-mère de Pierre, et qu'on peut supposer logiquement que devaient encore y habiter sa femme et leurs enfants. Nous ne savons pas si André était marié ou pas, ni s'il y avait d'autres frères ou sœurs de Pierre et André, mais de toute façon nous voyons que c'était quasiment tout un clan qui logeait là. Il était alors assez aisé d'y caser Jésus en plus. Parmi les disciples, plusieurs autres étaient aussi originaires de Capharnaüm, et devaient donc habiter chez eux, quand tout le monde rentrait de tournée. Quant à ceux qui n'étaient pas de la région, on peut supposer qu'ils étaient hébergés chez les uns ou les autres. En tout cas, il est à peu près certain que Jésus logeait chez Pierre, et à peu près aussi certain que c'est de là qu'est venu le rôle de 'chef' des apôtres que la tradition lui a attribué par la suite.

Après, donc, l'épisode à la synagogue, tout le monde (c'est-à-dire en fait, outre les habitants attitrés Simon et Pierre, et Jésus comme locataire habituel, seulement Jacques et Jean comme invités, puisque Marc n'a encore parlé pour l'instant que de ceux-là) se rend dans la maison, pour le repas 'dominical'. Il n'y a là rien d'extraordinaire, les repas du sabbat sont normalement prévus larges, justement pour pouvoir accueillir des hôtes, attendus ou pas, sans compter que, vu le nombre des habitants de la maison, ce ne sont pas deux convives de plus qui changeront grand chose. Et on grignote quelques amuse-gueule en sirotant l'apéro avant de pouvoir passer à table, mais il y a quelque chose qui cloche, les femmes ont pris du retard. On leur en fait la remarque, et bon sang mais c'est bien sûr, on ne s'en était pas rendu compte, mais maintenant qu'elles le disent effectivement, la belle-mère de Pierre n'est pas là ! Ah ! elle est malade, c'est fâcheux ça, c'est qu'on commence à avoir faim. Bon, coup de chance, on a Jésus sous la main, il remet vite fait tout ça en ordre, ouf ! "elle les sert" ! Oui, bien sûr, ça c'est la version la plus trash de l'histoire, je ne pense pas que ce soit comme ça que Jésus ait vu les choses, mais pour les disciples... je suis sûr que c'est ça qui les a marqués, cette déstabilisation de l'homme dans une civilisation patriarcale, quand les femmes ne sont plus là, cette panique du petit garçon qui se voit perdu sans sa maman.

Après ça, le reste de la journée a pu se dérouler normalement, un après-midi de sabbat tranquille, à discuter, de Dieu, du 'rabbin' (il n'y en a pas encore à l'époque, pas sous ce nom-là, mais il y a des 'autorités' de la synagogue, et parmi elles sans doute un encore plus 'autorité' que les autres), de ce qui s'est passé le matin, des perspectives d'avenir, des intentions de Jésus pour la suite. Cette journée est une journée symbolique, construite par Marc, ou mieux par sa source, une tradition orale ou écrite encore plus ancienne que lui, mais pourquoi pas imaginer tout ça ? les premières questions des premiers disciples, les premières interrogations silencieuses de Jésus aussi, car lui aussi se demande ce que ça veut dire, ces signes qui se produisent par son intermédiaire. Dans un premier temps, il se contentera de les voir comme signifiant que ce Royaume que Jean, et lui à sa suite, proclamaient comme proche était en train de se réaliser. Dans un premier temps, Jésus ne se rend pas compte que les foules, et ses disciples, ne se focalisent que sur l'aubaine. Il a bien, pour sa part, cette relation particulière à Dieu, qui l'amènera plus tard à le définir comme Père, mais il ne sait pas encore en parler, il ne sait pas encore le dire. Jésus se laisse un peu porter par le mouvement, comme ce soir là, où, selon le récit symbolique de l'évangile, "la ville entière" se rassemble devant la maison de Pierre, et Jésus ne sait pas quoi faire d'autre que d'accéder à toutes les demandes.

Plus tard, on le voit aussi très nettement dans les récits, Jésus deviendra plus exigeant, engagera la conversation avec ses interlocuteurs, les incitera à exprimer leur foi, les enseignera aussi, c'est-à-dire essaiera de leur transmettre cette conception de Dieu comme proche et intime, qui est réellement l'essentiel de sa mission. Et puis plus tard encore, après le tournant de la multiplication des pains, Jésus se fera même de plus en plus tirer l'oreille pour guérir ou exorciser. On en a un témoignage explicite au retour dans la plaine, après la transfiguration : "Jusqu'à quand devrai-je vous supporter ?", et implicite dans le fait que, plus on se rapproche de la montée finale à Jérusalem, moins il y a de guérisons ou exorcismes qui nous soient rapportés. Il est vrai aussi que, comme il a déçu beaucoup de monde, à cette multiplication des pains, en refusant le rôle de futur roi qu'on voulait lui faire endosser, il y a aussi de moins de moins de gens à le suivre... les deux vont ensemble. Refusant d'endosser les habits du Messie roi, il refuse de réitérer le 'miracle' du pain en abondance pour tous sans avoir rien à faire, il refuse donc aussi logiquement de continuer de donner la santé dans ces mêmes conditions. Il refuse : ce n'était pas lui qui 'produisait' les guérisons, mais il lui fallait se trouver dans un certain état d'esprit pour qu'elles puissent advenir (qu'il soit "pris aux entrailles"), et c'est de cet état qu'il se garde désormais. Il le regrette sans doute, mais il a compris qu'il ne fait pas vraiment du bien ainsi. Mais nous n'en sommes pas encore là, pour l'instant...

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