Modes des jeûnes
Comme les disciples de Jean Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens ? »
Jésus répond : « Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l'Époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé : ce jour-là ils jeûneront.
« Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d'étoffe neuve ; autrement la pièce neuve tire sur le vieux tissu et le déchire davantage. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement la fermentation fait éclater les outres, et l'on perd à la fois le vin et les outres. A vin nouveau, outres neuves. »
Voilà une des informations les plus assurées que nous ayons sur Jésus : ses disciples ne pratiquaient pas le jeûne. Et c'est un fait vraiment surprenant.
Déjà, il ne nous est pas dit ici que Jésus et/ou ses disciples n'aient jamais pratiqué de jeûne ; qu'il suffise de penser aux quarante jours de Jésus au désert, ou à ses recommandations de ne pas prendre une mine d'enterrement quand on jeûne (même si ce sont bien les deux seuls passages de tout l'évangile où il en soit question). Mais ici, il s'agit des jeûnes pratiqués régulièrement par tout juif pieux, à des fréquences variables selon la tendance à laquelle il se rattache : pour les pharisiens, le jeûne constituait sans doute une pratique importante, pour les esséniens encore plus importante, de même que pour les disciples de Jean Baptiste.
D'autre part, lorsque l'évangéliste rédige son ouvrage, et jusqu'à nos jours, la communauté chrétienne pratique des jeûnes réguliers. Aux origines, les mercredi et vendredi, puis ne subsistera que le vendredi, mais cette pratique est suffisamment instituée pour que cette question posée à Jésus soit aussi embarassante pour la communauté : si les disciples ne jeûnaient pas lorqu'ils étaient avec Jésus, pourquoi devons-nous jeûner de nos jours ?
Les deux réponses imagées sur le vêtement et les outres, les plus plausibles dans la bouche de Jésus, ne résolvent rien pour l'église naissante : elle est le vêtemnt neuf, ils sont les outres neuves. Ce qui était valables pour les disciples avec Jésus l'est encore pour eux. Il faut bien la troisième réponse, celle qui a été placée en premier, pour tenter de justifier ces différences de pratiques. C'est une réponse fondée sur l'image de l'Epoux, image dont il est quasiment invraisemblable que Jésus l'ait utilisée. Mais est-ce à dire que l'argument soit sans valeur ?
Alors que Jésus nous a dit qu'il était avec nous jusqu'à la fin des temps, pouvons-nous considérer qu'il nous a été enlevé ? Que disons-nous : qu'il est mort il y a deux mille ans, et que nous vénérons le souvenir d'un grand sage ou qu'il est notre frère le plus intime ? Si Jésus est pour nous le vivant, il ne saurait être question de jeûnes systématiques. Mais si nous reconnaissons que nous sommes encore loin de la pleine communion avec lui, alors pourrons nous souhaiter nous donner les moyens de l'approfondir.
P.S. : Pour les catholiques, le carême commencera deux jours après les orthodoxes, le mercredi 17 février.
Les églises du COE (Conseil Oeucuménique des Eglises) prient cette semaine pour l'unité des chrétiens. Après Albocicade et moi-même, d'autres sensibilités pourraient-elles faire un effort particulier aujourd'hui ? Merci d'avance !


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