Champ de bataille
« Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc adroits comme les serpents, et candides comme les colombes. Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens.
« Quand on vous livrera, ne vous tourmentez pas pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous.
« Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.
« Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Amen, je vous le dis : vous n'aurez pas encore passé dans toutes les villes d'Israël quand le Fils de l'homme viendra. »
On change d'époque, on n'est plus dans une mission commandée par Jésus de son vivant, mais dans les persécutions des premières communautés chrétiennes.
Hier, il n'était question, au pire, que d'essuyer des refus, de trouver des portes closes, un manque d'ouverture ; aujourd'hui il s'agit de subir des attaques massives, une hostilité acharnée, terrifiante puisque même le père est capable de tuer son enfant ! Les disciples d'hier étaient envoyés pleins d'enthousiasme vers le monde, porteurs d'une bonne nouvelle et des actes qui l'authentifient, ceux d'aujourd'hui ne cherchent qu'à se préserver de leur entourage, inquiets d'avoir à s'expliquer de leurs convictions, prêts à fuir dès que l'orage serait trop proche.
Le contraste est en fait tellement saisissant, qu'on se demande s'il s'agit bien des mêmes personnes. Certainement, les premières communautés chrétiennes comportaient nombre de convertis qui n'avaient pas connu Jésus, et qui ne pouvaient donc pas se rattacher de la même façon à ces souvenirs des temps heureux. Je suis pourtant convaincu que là n'est pas le critère selon lequel certains avaient besoin de ce discours d'encouragement de Matthieu, que le fait d'avoir vécu avec Jésus pouvait au contraire rendre encore plus accablante la situation par la suite.
D'ailleurs, s'il n'en était pas ainsi, comment pourrions-nous encore de nos jours nous intéresser à ces questions ?


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