Partage d'évangile quotidien
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Foi de prophète !

Lun. 13 Juillet 2015

Matthieu 10, 34 - 11, 1 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Ne pensez pas que je vienne jeter la paix sur la terre : Je ne viens pas jeter la paix, mais l'épée ! Car je viens disjoindre homme contre son père, fille contre sa mère, épouse contre sa belle-mère. Ennemis de l'homme, ceux de sa maison ! Qui aime père ou mère au-dessus de moi n'est pas digne de moi ! Qui aime fils ou fille au-dessus de moi n'est pas digne de moi ! Et qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n'est pas digne de moi ! Qui trouve sa vie la perdra ! Qui perd sa vie à cause de moi la trouvera ! 

« Qui vous accueille, m'accueille. Et qui m'accueille, accueille qui m'a envoyé. Qui accueille un prophète en nom de prophète recevra salaire de prophète. Qui accueille un juste en nom de juste recevra salaire de juste. Qui abreuvera un de ces petits — seulement d'une coupe d'eau fraîche — en nom de disciple, amen, je vous dis : il ne perdra pas son salaire. » 

Or, quand Jésus achève de donner ses prescriptions à ses douze disciples, il s'éloigne de là pour enseigner et clamer dans leurs villes. 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Fin de mission, La fin de l'envoi, Famille d'accueil, Savoir vivre, Choisir son camp

La révélation d'un Dieu qui n'est plus seulement le Dieu extérieur, éloigné, le "très-haut", mais le Père, présent en chacun de nous, ne peut qu'impliquer des changements aussi dans la structure même de la religion, et de la culture qui lui est liée. À l'époque de Jésus, peut-être particulièrement au sein du judaïsme mais pas seulement, la famille, le clan, le groupe d'une manière générale, priment sur l'individu. C'est donc en premier à cet effet constaté de la révélation du Père que fait allusion l'épée. Cette forme de cohérence sociale, qui voulait qu'on reste avant tout solidaire des siens, quitte à en étouffer (tel le fils aîné de la parabole du fils prodigue, chez Luc), peut éventuellement voler en éclats, et l'a vraisemblablement fait dans les premiers temps du christianisme, d'une manière qui a suffisamment frappé pour que cela nous soit rapporté ici. On a vu des enfants qui refusaient de rester dans la religion de leurs parents, et des parents qui ne comprenaient pas ce qu'ils considéraient comme une sédition. Le christianisme, épousant la culture gréco-romaine, est devenu ensuite, assez rapidement, lui-même la nouvelle norme, et, tout autant rapidement, le modèle familial a lui aussi repris son rôle contraignant. Et en réalité, il n'est pas sûr qu'une société soit viable sans cela, sans qu'il n'y ait un minimum de consensus et de transmission d'une génération à l'autre.

Notons que Matthieu ne dit pas que ces "guerres" soient nécessaires. Ce n'est pas lui qui, comme Luc (14, 26-27), parle d'une nécessité de "haïr son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs" ! À strictement parler, d'ailleurs, il ne prétend même pas qu'il faudrait aimer plus Jésus que les siens, mais seulement de l'aimer au moins autant... Ceci dit, concrètement, aimer au moins autant signifie quand même qu'il doit devenir la priorité ; il y aura forcément à un moment ou l'autre choix à faire, et la préférence devra donc dans ce cas aller à lui. Mais même ceci ne signifie pas qu'on n'aime pas les siens. Aimer ne peut signifier se plier à tous les caprices de l'autre, se donner pieds et poings liés à lui, abdiquer sa liberté de conscience. Il ne s'agit évidemment pas non plus de faire passer pour de l'amour préférentiel pour Jésus ce qui ne ressortirait que de nos propres caprices. Cet amour, c'est seulement celui qui nous amène à le suivre, c'est-à-dire à prendre le même chemin de vie que lui, et c'est un chemin de croix, pas une promenade au gré de nos fantaisies... Suivre Jésus, c'est, comme lui, répondre à un appel qui vient d'au-delà de nous (bien qu'étant aussi en nous), un appel auquel nous ne sommes pas obligés de répondre, mais un appel qui mène toujours à un dépassement de nous-même, certainement pas à une complaisance pour nos petits (ou grands) travers.

Et c'est alors la même idée qui est développée dans la conclusion du discours. L'accueil dont il y est question n'est absolument pas une histoire d'hospitalité orientale ! C'est un accueil comme celui de l'appel du Père. Accueillir Jésus signifie exactement le suivre et prendre le même chemin que lui. C'est pourquoi il nous est dit que "qui accueille un prophète recevra un salaire de prophète" : ne peut mériter un salaire de prophète que celui qui est devenu lui-même, à son tour, un prophète ! Et de même, bien sûr, pour l'accueil du juste : ne peut mériter un salaire de juste que celui qui est devenu lui-même, à son tour, un juste ! On n'y fait sans doute pas bien attention, mais cette conclusion vient parfaitement en appui de la révolution dans la conception de Dieu qu'a apportée Jésus. Dans le judaïsme de son époque, les prophètes étaient l'exception, justement parce que Dieu était très haut, très loin. Vouloir se conformer au projet de Dieu pour nous ne pouvait donc passer que par l'accueil du message des prophètes, et par l'interprétation qu'en donnait l'institution. C'est ce point que souligne cette conclusion, la révélation du Père fait voler en éclats toute institutionnalisation religieuse, puisque désormais le Père parle à chacun, personnellement, directement. Chacun est appelé à devenir son propre prophète. Et ceci avait même été prédit dans la Torah : "Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands" (Jérémie 31, 34).

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