Imprimatur
Jésus était entré dans le Temple, et, pendant qu'il enseignait, les chefs des prêtres et les anciens du peuple l'abordèrent pour lui demander : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t'a donné cette autorité ? »
Jésus leur répliqua : « A mon tour, je vais vous poser une seule question ; et si vous me répondez, je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela :
« Le baptême de Jean, d'où venait-il ? du ciel ou des hommes ? » Ils faisaient en eux-mêmes ce raisonnement : « Si nous disons : 'Du ciel', il va nous dire : 'Pourquoi donc n'avez-vous pas cru à sa parole ?' Si nous disons : 'Des hommes', nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. »
Ils répondirent donc à Jésus : « Nous ne savons pas ! » Il leur dit à son tour : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. »
Jésus vient d'expulser les marchands du temple. La question des prêtres et des anciens porte certainement au moins autant sur cette action 'musclée' que sur le fait de savoir de quel maître, et quelle lignée, il se réclame. Pour Jésus, en tout cas, les deux questions sont indissociables. Chasser les vendeurs a été l'acte inaugural de son enseignement, le titre, le résumé, de ce qu'il avait à dire. Nous nous représentons cette action avec une certaine violence physique, Matthieu parle du renversement des comptoirs et des sièges, mais n'est-ce pas minimiser la capacité d'action de la parole de ceui qui est la Parole ? Celui dont tous reconnaissent qu'il enseigne avec une autorité comme n'en a aucun scribe, a-t-il vraiment eu besoin de joindre le geste à la parole pour confondre les brigands et les voleurs, et mettre à bas tout leur trafic ?
La question des prêtres et des anciens n'a pas de sens. Ce n'est pas en se réclamant de la plus illustre lignée de rabbis qu'il soit que l'on prouve la valeur de ses propres paroles. Ce n'est pas en se réclamant de Pierre ou Paul, ou Martin ou Jean ou Michel, que l'on ajoute le moindre degré d'autorité à ce que l'on dit. L'autorité ne s'hérite pas, même si il vaut sans doute mieux avoir eu des maîtres de qualité que le contraire. L'autorité ne s'atteste pas par une hiérarchie de personnages qui se tiendraient tous les uns les autres par la barbichette.
En revanche, une autorité qui ne serait reconnue par personne n'en serait pas une non plus. Et c'est tout le problème des prêtres et des anciens, que le peuple, lui, reconnait l'autorité de Jésus. Car ce qui fonde finalement une autorité, à l'opposé, ce sont ceux qui la reçoivent.


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