L'honneur et les honneurs
Alors Jésus déclara à la foule et à ses disciples :
« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
« Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
« Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ.
« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé. »
voir aussi : Yo-yo
Conclusion du petit épisode avec les pharisiens. Nous retrouvons le Matthieu juif jusqu'au bout des ongles : tout ce qu'enseignent les pharisiens est exact. La multitude de préceptes et règles qu'ils préconisent est fondée et justifiée. Le seul reproche qu'on peut leur faire, c'est qu'ils n'y croient pas vraiment, puisque qu'ils ne le mettent pas en pratique.
Prise telle quelle, cette accusation de Matthieu ne serait pas crédible. Certes il devait bien y avoir parmi les pharisiens des hypocrites, et tous ne parvenaient sans doute pas à la perfection à laquelle ils aspiraient, mais il n'y a pas de raison de douter que globalement ils pratiquaient les observances qu'ils enseignaient.
Le fond de l'accusation est plutôt à découvrir dans la suite du discours : par leur manière de vouloir se mettre en avant, ils montrent que leur motivation est mal fondée au départ, et c'est ça qui invalide l'ensemble de leur démarche. Les préceptes et les règles n'ont de sens que s'ils découlent du principe premier, l'amour de Dieu et du prochain, inséparables. Vouloir les honneurs et la reconnaissance, c'est montrer qu'on agit pour soi et non pour les autres.
Dans le royaume, c'est bien celui qui fait passer les autres avant soi, le dernier, qui est premier.


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