Yo-yo
Alors Jésus déclara à la foule et à ses disciples :
« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
« Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
« Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ.
« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé. »
Il y a quelque chose qui semble bizarre dans ce "vous n'avez qu'un seul maître, le Christ" mis dans la bouche de Jésus. Serait-il en train de parler de lui-même ? Qu'il se soit considéré comme maître semble bien probable (Jean 13, 13 par exemple : "Vous m'appelez maître ... et vous faites bien"). Qu'il se soit considéré comme le Christ est déjà beaucoup plus difficile à affirmer. Mais pourquoi aurait-il utilisé ce titre ici ?
Ceux qui s'appuient sur ce passage et quelques autres du même tonneau pour soutenir une christologie haute (christologie haute : Jésus pleinement conscient d'être le Christ dès sa naissance, voire sa conception, par opposition à la christologie basse : Jésus découvrant progressivement sa vocation au cours de sa vie terrestre), ne sont-ils pas précisément les premiers prétendants au rôle de maîtres ?
Efforçons-nous donc de rester à l'écoute de cet homme, qui n'a pas besoin de ces titres pour demeurer une référence inégalable, lui dont toute la vie et l'action, loin de vouloir s'interposer entre les hommes et Dieu, n'eurent de cesse au contraire de permettre leur rencontre. S'il peut être dit le béni, le oint, le sacré, le christ, de Dieu, c'est uniquement par son effacement.


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