Présents !
« Nul ne peut servir deux seigneurs : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il tiendra à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et mammon !
« Aussi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie : que manger, que boire ? Ni pour votre corps : de quoi le vêtir ? La vie n'est-elle pas plus que la nourriture ? Et le corps, que le vêtement ?
« Fixez les oiseaux du ciel : ils ne sèment et ne moissonnent, ils ne rassemblent dans des greniers. Et votre père du ciel les nourrit ! N'êtes-vous pas beaucoup plus précieux qu'eux ? Qui d'entre vous, en s'inquiétant, peut ajouter à son existence une seule coudée ?
« Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Considérez les lis du champ, comme ils croissent : ils ne peinent et ne filent. Or je vous dis : même Salomon dans toute sa gloire n'a pas été vêtu comme l'un d'eux ! Si l'herbe du champ, qui aujourd'hui est là, et demain jetée au four, Dieu l'habille ainsi, combien plus pour vous, minicroyants !
« Donc ne vous inquiétez pas en disant : ‘Que manger ?’ ou : ‘Que boire ?’ ou : ‘De quoi nous vêtir ?’ Car tout cela, les païens le recherchent. Mais il sait, votre père du ciel, que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d'abord le royaume et sa justice, et tout cela vous sera ajouté.
« Donc, ne vous inquiétez pas pour demain : demain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit son mal. »
voir aussi : Loin d'Eden, Au jour d'aujourd'hui, Chacun son boulot, Temps présents, Vivre ou survivre ?
"Vous ne pouvez servir Dieu et mammon !" : c'est clair et net, c'est l'un ou l'autre. On peut se raconter des histoires, dire qu'on "veut bien" croire à Dieu, mais qu'il faut savoir aussi garder les pieds sur terre. Notre texte d'aujourd'hui nous met en garde contre, ou nous invite à dépasser, cette dichotomie. Il est certain que nous sommes peu à aller jusque là ! Si on regarde l'histoire des tout premiers "chrétiens", il semble qu'effectivement les prédicateurs itinérants dont témoigne la source Q mettaient en application ces préceptes. Ils partaient prêcher sur les chemins de Galilée, confiants dans la providence divine pour subvenir à leurs besoins. Il est certain aussi que leurs dits besoins étaient très minimes et qu'ils pouvaient compter sur une tradition d'hospitalité que nous avons sans doute bien perdue dans notre monde moderne... Et puis, autre question non négligeable : que quelques uns vivent ainsi, c'est beau et admirable, mais on ne peut guère non plus envisager que tout le monde s'y mette. Quelques prêcheurs, ok, mais une civilisation entière que de prêcheurs...
Un autre exemple, parmi les plus anciens des débuts du christianisme, c'est Paul. Et lui, au contraire, mettait son point d'honneur à gagner sa subsistance par son métier, et institua cette règle pour les communautés qu'il fondait : celui qui ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus... Or, c'est le modèle communautaire paulinien, qui s'est avéré viable à long terme, tandis que les communautés judéo-chrétiennes, après avoir vécu sur le partage des biens apportés par les membres qui s'y joignaient, finirent par se trouver à sec, et durent accepter l'aumône des communautés pagano-chrétiennes de Paul. Il ne s'agit donc pas de devenir des irresponsables complets. On peut remarquer, d'ailleurs, que si les oiseaux, c'est un fait, "ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne rassemblent dans des greniers", leur nourriture ne leur tombe pas non plus comme ça dans le bec rien qu'en l'ouvrant (à part quand ils viennent d'éclore de l'œuf...). Nous ne sommes pas dans une suggestion de trouver le bon truc pour vivre aux dépens : des autres, de la famille, des amis, de la société. C'est seulement que nous sommes invités à ce que cela ne devienne pas l'alpha et l'omega de nos projets dans la vie.
"Ne vous inquiétez pas !" C'est effectivement une telle inquiétude qui est à la base du mécanisme d'accumulation, de thésaurisation, de ce pseudo besoin d'en avoir toujours plus. Il n'est peut-être pourtant pas illégitime d'avoir un peu de réserve de côté pour parer à d'éventuels coups durs, surtout si d'autres dépendent de nous : enfants, parents sans ressources, membres de la famille handicapés. C'est donc un équilibre pas forcément évident à trouver, et une question à réexaminer régulièrement. Normalement et généralement, cependant, une fois que les enfants ont pris leur envol, on devrait avoir de moins en moins de besoins. Certains se mettent alors à donner une part de plus en plus grande de leurs revenus à des œuvres, collectes, et autres. Quoi qu'il en soit, nous pouvons nous inspirer de ces belles images qui nous sont données aujourd'hui dans ce texte : la confiance de ces oiseaux pour trouver chaque jour leur nourriture, et la légèreté que soulève en nous leur chant. Les fleurs, aussi, même sophistiquées, nous parlent d'une beauté sans artifice, sans apprêt, simple manifestation de ce qu'elles sont par essence, de leur seule vérité intérieure. Tout ceci nous aide à nous libérer de faux soucis, de fausses allégeances, afin que ce soit bien, de plus en plus, Dieu, que nous servions, dans ce seul temps qui existe : aujourd'hui.


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