La voie du silence
« Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvrira.
« Lequel d'entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ? ou un serpent, quand il lui demande un poisson ? Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !
« Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l'Écriture : la Loi et les Prophètes. »
voir aussi : Programme commun, Mandez donc !, Que du nanan !
Qui doute que Dieu serait moins bon que nous ne savons l'être, nous-mêmes, parfois ? Nous l'admettons volontiers sur le principe. Parfois, parce que nous savons bien que, nous, nous ne sommes pas toujours bons, ou même que nous le sommes rarement, alors nous doutons de Dieu, bien que ce soit absurde. Mais alors, pourquoi avons-nous du mal à croire que vraiment il nous ouvre la porte dès que nous frappons, qu'il nous donne dès que nous demandons ? Nous avons l'impression qu'il se passe toujours un long temps avant que nous obtenions une réponse, si jamais nous en obtenons une, pire que si nous avions affaire à l'une de nos administrations d'aujourd'hui, avec leurs effectifs réduits à leur plus simple expression par les assauts conjugués de la crise et du libéralisme.
C'est là une première piste d'explication. C'est en tout cas celle que nous donne la conclusion du passage. Ce "donc faites pour les autres tout le bien que vous aimeriez recevoir" nous avait peut-être semblé décalé. Il était question de notre relation à Dieu, de l'amour de Dieu pour nous, et voilà qu'on conclue par notre amour pour les hommes. C'est un peu raccourci, comme raisonnement, mais en y réfléchissant, c'est effectivement le moyen ordinaire par lequel Dieu agit dans le monde, si ce n'est le seul. C'est très facile de s'apitoyer sur les misères qui défigurent notre humanité, sur les millions d'affamés, sur les victimes innocentes des guerres, mais si nous croyons que nous pouvons en être quittes par des prières, si nous ne comptons que sur une intervention miraculeuse du ciel, la misère a encore de beaux jours devant elle.
Et c'est là une seconde piste d'explication. À savoir que, si nous avons l'impression que Dieu ne nous répond pas, c'est peut-être surtout parce que nous ne connaissons pas notre vraie question. Par exemple, nous croyons que nous voudrions qu'il n'y ait plus de misère, mais en réalité ce que nous voudrions c'est de ne plus être gênés par cette misère. Ce n'est pas pour ceux qui souffrent que nous nous faisons vraiment du souci, sinon notre réaction ne serait pas de prier mais d'agir. Mais c'est bien pour nous que nous nous faisons du souci. Ah ! Seigneur, faites qu'il n'y ait plus de misère ! que je puisse dormir sur mes deux oreilles ! C'est bien notre demande qui est erronée, et non Dieu qui ne répond pas. Ou plutôt qui nous répond par son absence de réponse, qui est une invitation à nous interroger nous-mêmes.
Eh oui ! la prière n'est pas faite pour changer le monde sans nous changer d'abord nous-mêmes. Nous pouvons demander, mais nous ne savons pas ce que nous demandons, nous ne pouvons pas le savoir. Il faut que nous demandions, quand même, mais la réponse ne sera jamais ce que nous pensions. Il nous faut apprendre à ne pas attendre, à ne pas savoir ce que nous recevrons, pour être capables de l'obtenir. Tant que nous sommes aveuglés par ce que nous croyons savoir, nous ne pourrons pas découvrir ce qui ne nous semble pas imaginable. Comment Dieu pourrait-il nous surprendre si c'est nous qui le lui interdisons ? Alors oui, cela peut représenter un long chemin, mais quel autre pourrions-nous prendre ?


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