La coupe est pleine !
« Malheureux, vous, scribes et pharisiens ! Hypocrites ! Vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil, le cumin, et vous laissez ce qui a le plus de poids dans la loi : la justice, et la miséricorde, et la foi ! Ceci, il fallait le faire, et cela, ne pas le laisser ! Guides aveugles, qui filtrez le moucheron et engloutissez le chameau !
« Malheureux, vous, scribes et pharisiens ! Hypocrites ! Vous purifiez le dehors de la coupe et de l'écuelle, mais le dedans est rempli de rapine et d'intempérance ! Pharisien aveugle, purifie d'abord l'intérieur de la coupe, que son extérieur même devienne pur ! »
voir aussi : Et la fête continue, Coupe sombre, Commencements
Les deux malédictions suivantes, dans la série commencée hier, et, comme hier, nous devons nous méfier de tirer des conclusions hâtives sur comment se comportaient effectivement les pharisiens de l'époque de Jésus. La première des deux malédictions d'aujourd'hui, par exemple, voudrait nous faire croire qu'ils attachaient plus d'importance à la lettre des innombrables commandements qu'ils avaient décelés dans les Écritures (enrichis de tous ceux qu'ils avaient de plus extrapolés), qu'à l'esprit même de la Torah. Ce serait une erreur de notre part de prendre cette affirmation de Matthieu pour argent comptant ! Nous avons justement vu, juste avant que Matthieu se lance dans ce chapitre de règlement de comptes avec les pharisiens, qu'ils savaient très bien que l'amour de Dieu et du prochain viennent avant toute autre considération. Et nous n'avons pas de raison de douter qu'ils conformaient leur vie à ce principe.
La seconde des malédictions d'aujourd'hui peut être prise dans un sens assez similaire à la première : s'attacher à la lettre plutôt qu'à l'esprit, c'est accorder plus d'importance aux apparences qu'à l'essence, à l'extérieur qu'à l'intérieur. On peut penser ici à cet autre passage, à propos des règles de pureté, où Jésus dit que rien de l'extérieur ne peut venir souiller l'homme, mais que toute souillure vient de son intérieur. Mais un autre sens est encore possible, si on prend la coupe et l'écuelle comme simplement ces ustensiles dans lesquels on boit et mange. En ce cas, le dedans qui est plein de rapine et d'intempérance, c'est la nourriture, gagnée de manière malhonnête, en exploitant les autres sans retenue. C'est un reproche que Jésus a formulé à plusieurs reprises, mais plutôt à l'encontre des sadducéens, qui le méritaient assurément bien plus que les pharisiens. Les pharisiens courraient certainement plus ou moins après la reconnaissance sociale, les honneurs. Mais leur proximité du peuple ne pouvait pas s'accommoder d'une trop grande disparité de fortune. Retenons donc simplement une condamnation possible de plus de la richesse, de la part de Jésus.
Nous ne pouvons guère tirer grand chose de plus de ce passage. Matthieu est très à l'aise pour attribuer aux pharisiens des comportements qui sont le lot de tout un chacun à des degrés plus ou moins importants. À chacun, donc, de le prendre pour soi, mais ne nous imaginons surtout pas que les pharisiens étaient des champions toutes catégories de ces errances. Nous l'avons souvent rappelé : Jésus a reçu son éducation religieuse des pharisiens. C'était, il faut en prendre conscience, le mieux qui aurait pu lui arriver dans le contexte de son peuple et de son temps. Les pharisiens étaient beaucoup plus subtils et honnêtes dans leur démarche religieuse que les sadducéens, esséniens, et tout autre parti de l'époque. Ce n'est sûrement pas un hasard si eux seuls ont survécu pour perpétuer le judaïsme. On devrait cesser d'utiliser le mot pharisaïsme dans le sens, qui vient à l'origine uniquement de ce chapitre de Matthieu, d'hypocrisie. C'est une injure et un contre-sens contre ce qu'ils étaient.

