Ce que Père veut
Jésus, lui, affirmait avec force : « Celui qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé ; et celui qui me voit voit celui qui m'a envoyé.
« Moi qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. Si quelqu'un entend mes paroles et n'y reste pas fidèle, moi, je ne le jugerai pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. Celui qui me rejette et n'accueille pas mes paroles aura un juge pour le condamner. La parole que j'ai prononcée, elle le condamnera au dernier jour.
« Car ce que j'ai dit ne vient pas de moi : le Père lui-même, qui m'a envoyé, m'a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer ; et je sais que son commandement est vie éternelle. Donc, ce que je déclare, je le déclare comme le Père me l'a dit. »
voir aussi : Porte-parole, Porte-voix, Lumière et jugement
Nous avons dans ce passage deux sortes d'assertions. D'une part, nous avons des assertions sur Jésus, sa nature, ou, plus précisément, son mode d'existence, et d'autre part, des assertions sur différentes façons de se positionner par rapport à lui. Donc, d'un côté Jésus, de l'autre tous les hommes, pour lesquels trois positionnement possibles nous sont décrits. Mais cette description des positionnements possibles est en fait comme prise en sandwich entre deux tartines d'assertions sur Jésus. Cette construction est voulue. Le schéma général est : voici qui est Jésus, ce dont il découle que voici les trois façons possibles d'y réagir, puisque Jésus... L'effet est que, puisque le raisonnement est revenu à son point de départ, c'est donc que les assertions qui ont été faites entre-temps sont vraisemblablement exactes. Bien sûr, ceci ne joue pas au niveau de la logique pure, c'est plus subtil, juste un coup de pouce plutôt dans le domaine de l'inconscient. Mais c'est diablement efficace si le texte est juste entendu. Il n'y a, comme nous le faisons ici, que par la lecture que cet effet peut être mis à jour. Voyons donc déjà les deux catégories d'assertions.
De Jésus, on nous dit d'abord qu'il est complètement transparent devant le Père : "celui qui m'a envoyé". Si effectivement quand on croit en Jésus, quand on le regarde, c'est au Père qu'on croit, c'est le Père qu'on contemple, cela signifie bien que la personnalité de Jésus s'est complètement effacée devant le Père, ou fondue en Lui, ce qui lui permet cette affirmation : "je suis la lumière". Cet effacement, ou cette fusion, c'est certainement ce que Jésus s'efforçait de vivre, c'était son seul but et objectif. De là à affirmer qu'il y était arrivé de son vivant, ça c'est le message de Jean, c'est le principe de sa théologie, ce qu'il nous serine à longueur de son évangile, mais c'est bien sûr une rétroprojection après coup, c'est la stature du ressuscité qu'il plaque rétrospectivement de force sur l'homme de son vivant. C'est dommage parce que cela nous donne un Jésus complètement désincarné, qui ne nous permet pas vraiment de nous attacher à lui, mais c'est le chois de Jean. Voilà en tout cas pour l'affirmation initiale. Et sans surprise, la conclusion du passage revient à la même affirmation, même si cette fois on n'est plus dans le domaine du visuel mais dans celui de la parole : Jésus ne dit que ce que le Père lui dit de dire, donc ce qu'il dit, c'est comme si c'était le Père lui-même qui le disait, c'est bien le même principe d'effacement, ou de fusion, complet(e)s.
Maintenant, examinons les trois positionnements possibles pour les hommes. En premier, il y a ceux qui croient. Ceux-là, donc, puisqu'ils croient, voient bien le Père à travers Jésus, et logiquement, ils viennent dans la lumière : "ils ne demeurent pas dans les ténèbres". Ensuite, il y a ceux qui ont entendu Jésus, mais qui "n'y restent pas fidèles". C'est ici une traduction qui nous aiguille sur une fausse piste, tendant à décrire des personnes qui auraient cru un moment avant de se renier, alors que ce n'est pas ce que dit le texte. Il s'agit en fait juste de personnes qui ont effectivement entendu, qui ont donc eu un contact avec jésus (direct ou indirect), mais qui n'ont pas compris, elles n'ont tout simplement pas accroché, ça leur passe au-dessus ou à côté, elles ne voient pas de quoi il parle. On comprend alors pourquoi, pour ces personnes, il n'y a pas de condamnation : elles ne sont pas fautives d'aucune manière. Jésus n'est pas venu juger le monde, mais y apporter la lumière. Ceux qui ne sont pas capables de voir cette lumière resteront simplement dans le monde, jusqu'à ce qu'ils aient développé cette capacité. Enfin, il y a ceux qui ont entendu Jésus et qui ont compris ce qu'il dit, mais qui "n'accueillent pas ses paroles". Ici encore malheureusement la traduction est un peu déficiente. Il s'agit plutôt de personnes qui ont compris quelque chose, donc, mais qui ne veulent pas en tenir compte, qui occultent volontairement ce qu'elles ont compris, quelle que soit leur raison d'adopter ce comportement. Ces personnes-là sont donc dites "rejeter" Jésus, mais puisque les paroles de Jésus sont celles du Père, le commencement et la fin de tout, eh bien ! fatalement elles finiront par leur revenir en pleine 'poire', n'est-ce pas ?
Bien sûr, Jean n'envisage pas la quatrième possibilité : ceux qui n'ont même jamais entendu parler de Jésus... cela n'existe pas dans sa perspective, ce n'est pas son propos. Et puisque maintenant nous ne pouvons plus nous ranger dans cette quatrième catégorie (!), demandons-nous comme ça, sans réfléchir, dans laquelle des trois nous nous situons spontanément ? Personnellement, et très honnêtement, je suis incapable d'en choisir une. La première ? oui, bien sûr, je crois que je comprend quand même un peu quelque chose, à Jésus, et j'espère bien que je suis plutôt en train d'avancer vers la lumière, mais je serais bien prétentieux d'affirmer que j'en suis sûr ! La seconde ? oui, certainement il me reste encore beaucoup de choses à comprendre, mais ça ne veut pas dire que ce que je crois comprendre serait complètement erroné, du moins je l'espère. La troisième, alors ? oui aussi, je sais bien que je ne fais pas la moitié de ce que je pourrais, que je me laisse toujours et toujours entraîner sur la pente de la facilité, mais ce n'est pas que de la mauvaise volonté, non plus. Bon ! ben voilà ! il y a de tout ça en nous, c'est tout mélangé, et je crois que ça le sera toujours. Mais je crois que c'était pareil pour Jésus, et ça ne l'a pas empêché d'avancer tant bien que mal, de faire ce qu'il pouvait pour aller dans ce qui lui semblait être le bon sens. Et puis après, c'est au Père de se débrouiller avec ça. Voilà, donc ! ma foi, c'est ce que je vais essayer de faire aussi, et pour le reste, c'est à Lui, là, le Père, d'en faire ce qu'il veut, non ?


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