Vocation précoce
Marie se lève en ces jours-là. Elle va vers le haut-pays, en hâte, dans une ville de Juda. Elle entre dans le logis de Zacharie, et salue Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entend la salutation de Marie, l'enfant tressaille dans son ventre, et Élisabeth est remplie d'Esprit saint. Elle élève la voix avec un grand cri et dit : « Bénie es-tu parmi les femmes, et béni le fruit de ton ventre ! D'où cela, à moi, que vienne vers moi la mère de mon Seigneur ? Car voici : Comme la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles, il a tressailli d'exultation, l'enfant, dans mon ventre ! Heureuse celle qui a cru que serait accompli ce qui lui fut dit de la part du Seigneur ! »
voir aussi : L'esprit frappeur, Reconnaissance du ventre !, Grenouille de bénitier ?, L'Esprit, déjà
Voilà cinq mois qu'Élisabeth rumine et tourne en rond dans sa tête avec cette histoire de grossesse à son âge ! Bien sûr que c'est ce qu'ils ont attendu et espéré pendant si longtemps, toute leur vie, avec son Zacharie, mais maintenant c'est trop tard, ça va être un fils de vieux, le pauvre, ils n'y comprennent plus rien à la jeunesse d'aujourd'hui. Et puis, si elle est enceinte maintenant, c'est donc que ce n'est pas elle qui était stérile, et les voisins, qu'est-ce qu'ils vont penser, qu'elle a eu une aventure en-dehors du lit conjugal ? la médisance est de tous temps, et ils auraient bien quelques excuses en plus. Non, cette grossesse ne rend pas vraiment Élisabeth pleine de joie, c'est le moins qu'on puisse dire.
Et puis voilà, il y a la cousine Marie qui arrive, et cette bouffée d'un coup, cette lumière, ce souffle qui s'emparent d'elle. C'est venu de l'enfant, certainement, mais de plus loin aussi, de l'autre enfant, de celui qui n'est même pas encore une crevette dans le ventre de Marie, et de plus loin encore, et maintenant ça les dépasse tous, c'est une révélation, Élisabeth sait, elle comprend. Oh ! elle ne comprend pas tout, vraiment, elle ne voit ni le comment ni le pourquoi de tout ça, mais elle sait au moins qu'il y a celui-là qui naîtra de Marie et qui était attendu de tous temps, et que le sien aura un rôle à jouer dans cette histoire. Elle comprend au moins ça, Élisabeth, et bien sûr cela la libère enfin de tous ses fantômes. Maintenant elle sait pourquoi Dieu lui a joué ce tour, elle sait qu'il y a un sens à ce qui leur est arrivé. "Heureuse celle qui a cru ce qui lui fut dit de la part du Seigneur" : c'est à Marie qu'elle adresse ces paroles, et c'est aussi un remerciement pour elle-même, parce que c'est la foi de Marie qui lui a permis de croire, elle aussi.
On peut imaginer encore que c'est là la principale raison qui a poussé Marie à effectuer ce voyage, non négligeable, pour permettre à sa cousine d'entrer elle aussi dans l'espérance et la foi. Luc est le grand spécialiste de l'action de l'Esprit, omniprésent dans ces récits des commencements, accompagnant Jésus tout du long de son ministère, et bien sûr aussi à l'origine de l'Église dans son récit des Actes des Apôtre. Il ne le dit pas expressément ici, mais cela lui semble sans doute évident. Normalement, dans sa situation de jeune femme non mariée se retrouvant enceinte, l'urgence pour Marie aurait été de prendre le temps de s'accorder avec Joseph sur ce qui lui, ou leur, arrivait, et de construire leur couple. Mais, comme nous l'avons déjà vu ces jours-ci, Joseph est le grand absent du récit de Luc. Tout juste est-il mentionné comme celui auquel Marie est fiancée, et la raison pour laquelle ils durent se déplacer à Bethléem. Luc ne nous dit rien, dans tout son évangile, de cet homme, de ce qu'il peut penser, en sorte que si nous n'avions pas Matthieu, Joseph ne serait pour nous qu'un nom sans visage.


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