Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Monuments littéraires

Jeu. 18 Octobre 2012

Luc 11, 47-54 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Malheureux êtes-vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que vos pères les ont tués. Ainsi vous témoignez que vous approuvez les actes de vos pères, puisque eux, ils ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C'est pourquoi la Sagesse de Dieu elle-même a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, ils tueront les uns et en persécuteront d'autres. 

« Ainsi cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la création du monde, depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui a péri entre l'autel et le sanctuaire. Oui, je vous le déclare : cette génération devra en rendre compte. 

« Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui essayaient d'entrer, vous les en avez empêchés. » 

Après que Jésus fut parti de là, les scribes et les pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement, et ils le harcelaient de questions ; ils étaient à l'affût pour s'emparer d'une de ses paroles. 

 

 

L'enfant Jésus au Temple, par He-Qi

 

 

voir aussi : Ça coince !, Complicité et obstruction, Déclaration de guerre

Il convient de reprendre la fin du passage d'hier pour comprendre celui d'aujourd'hui. Là où Matthieu s'était répandu en sept longues malédictions contre les pharisiens, Luc pour sa part n'en prononce que six, trois contre les pharisiens et trois contre les scribes. Et le découpage liturgique a commis ici l'erreur de présenter la première malédiction contre les scribes dans le texte d'hier, et les deux dernières aujourd'hui. Revoyons donc cette première malédiction contre les scribes.

"vous chargez les gens de fardeaux que vous-mêmes ne touchez pas du petit doigt" : voilà l'essentiel de ce que l'on peut reprocher aux gens comme moi, blogueur ; très forts pour les paroles, et rien dans les actes. C'était effectivement la spécialité des scribes, qui, chez les juifs, n'étaient pas de simples copistes comme chez les Égyptiens, mais bien des docteurs de la Loi, comme ils sont parfois appelés dans les évangiles en d'autres passages. Ces gens consacraient leur vie à étudier et connaître les Écritures. Et comme la religion juive s'était focalisée sur la Torah depuis l'exil à Babylone, ils étaient en fait les théologiens de l'époque. C'est eux qui disaient ce qu'il fallait croire et ne pas croire, faire et ne pas faire ... conformément aux écritures !

Quand une religion en vient à sacraliser ainsi ses textes, il est certain qu'elle est sur une pente fatale, parce que c'est le passé qui devient la norme indépassable. L'écrit devenu norme absolue se met à bloquer tout surgissement nouveau de la vie, toute spontanéité, toute inspiration de l'Esprit. Les tombeaux (littéraires, bien sûr) construits aux prophètes d'autrefois, sous les apparences de réhabilitations, ne sont finalement qu'un moyen de les assassiner une seconde fois.

Jésus est très bien placé pour en savoir quelque chose, lui qui est justement mû par cet Esprit, et qui tente de faire valoir l'originalité de sa relation à Dieu, ce qu'on peut aussi considérer comme le message que Dieu lui a chargé de transmettre. Il est certain que c'est cette fixation sur une révélation, une alliance, figée sous sa forme historique, qui empêche les scribes, ainsi que les pharisiens d'ailleurs, de comprendre quelque chose à ce dont il essaie de leur parler, là où les petites gens, pour leur part, sont au moins prêts à lui donner crédit pour les signes qui s'accomplissent pas son intermédiaire.

Mais il nous faut une fois de plus faire le parallèle avec notre époque. Serait-il incongru d'imaginer que la désertification de nos églises puisse avoir un rapport avec un dogmatisme archaïque ? Il serait faux de prétendre que les masses qui se sont déchristianisées l'ont fait pour suivre les sirènes du matérialisme et du consumérisme. Ça, ce sont plutôt les conséquences, lorsqu'ils ne savent plus vers qui se tourner, parce que ceux qui détiendraient les clefs mais qui n'entrent pas, préfèrent empêcher aussi les autres d'entrer, plutôt que de s'avouer leur propre impuissance.

La moisson est abondante, en réalité. La personne de Jésus fascine toujours les foules, le moindre récit romancé et quelque peu frelaté se vend comme des petits pains, mais qui ne satisfont évidemment pas leur faim. Quels seront donc les nouveaux intendants, de quelle race nouvelle ? Comment pouvons-nous inventer une nouvelle fidélité au galiléen qui n'en finit pas de nous accompagner sur nos chemins ?

Commenter cet évangile