Partage d'évangile quotidien
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Commencements

Jeu. 9 Juillet 2015

Matthieu 10, 7-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« En allant, clamez, dites : “Proche est le royaume des cieux !” 

« Les infirmes, guérissez-les ! Les morts, réveillez-les ! Les lépreux, purifiez-les ! En pur don, vous avez reçu : en pur don, donnez ! Ne possédez or ni argent, ni billon pour vos ceintures,  ni besace pour le chemin, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton. Car l'ouvrier est digne de sa nourriture. 

« En quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous : qui y est digne. Et là, restez jusqu'à ce que vous sortiez. En entrant dans la maison, saluez-la : “Paix !” Et si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ! Mais si elle n'est pas digne, que votre paix revienne vers vous ! Si quelqu'un ne vous accueille pas, et n'entend pas vos paroles, en sortant hors de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds.  Amen, je vous dis : le jour du jugement sera plus supportable pour la terre de Sodome et Gomorrhe que pour cette ville ! » 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Et on y va !, Feuille de route, Chez l'habitant, Protocole, Vade-mecum

Voici donc la première partie du discours missionnaire de Matthieu ; c'est à peu près la partie qu'il partage avec le discours missionnaire de Marc (6, 7-13) et les deux discours missionnaires de Luc (9, 1-6 et 10, 1-9 ; Luc a deux envois en mission pour d'autres raisons que ce qui nous occupe ici). Nous sommes donc dans la partie proprement missionnaire de ce discours de Matthieu, tandis que la suite que nous verrons à partir de demain provient de ce qui, chez Marc et Luc, est situé vers la fin du ministère de Jésus et qu'on appelle plutôt le discours eschatologique. Ces distinctions peuvent nous sembler subtiles, pour nous, deux millénaires plus tard. Il est certain que, de toutes façons, ces deux discours ne proviennent pas de Jésus lui-même. Même s'ils peuvent contenir quelques éléments qui remontent à lui, leurs compositions sont le fait des premiers chrétiens, et plus précisément des tout premiers, ces prédicateurs itinérants dont témoigne la source Q. À travers ces deux discours, ils nous témoignent de leur expérience, de ce qu'ils vivent : c'est ce qu'ils font, dont ils nous parlent, et ils sont suffisamment assurés en leur for intérieur qu'en agissant ainsi ils font ce que Jésus aurait voulu qu'ils fassent s'il avait été encore là, qu'ils nous le racontent comme si c'était Jésus lui-même qui leur avait donné cette mission de son vivant.

Ceci dit, si nous avons deux discours différents (du moins chez Marc et Luc, puisque Matthieu, pour sa part, a pioché dans les deux pour celui-ci), aux tonalités elles aussi différentes, c'est parce qu'ils correspondent à deux moments différents de l'activité missionnaire de ces tout premiers chrétiens. Le premier discours correspond à une première période de leur activité où ils n'ont pas rencontré d'opposition franche. Le pire était ce qui nous est dit ici à la fin, simplement qu'on ne les accueille pas, qu'on ne soit pas ouvert à ce qu'ils avaient à proposer. À partir de demain, dans ce qui correspond donc au discours eschatologique, l'ambiance va devenir très différente, nous allons avoir affaire cette fois à de l'hostilité franche, des persécutions, emprisonnement, jugement : ceci correspond à une période ultérieure, où les relations de ce parti juif que sont les premiers chrétiens avec d'autres partis juifs se sont envenimées, peut-être parce que ces juifs "chrétiens" commencent à peser d'un poids non négligeable (à avoir un nombre important d'adeptes) alors que jusque là ils étaient encore marginaux. Le récit des Actes des Apôtres nous donne l'impression que l'hostilité des autorités juives vis-à-vis des chrétiens se serait manifestée dès la mort de Jésus, à l'encontre d'une communauté chrétienne déjà bien organisée et nombreuse. Les évangiles synoptiques nous parlent donc d'une autre histoire, où le "christianisme" a commencé petitement, d'abord exclusivement en Galilée (on ne parle pas ici de la communauté johannique, dont l'histoire est quasiment indépendante), avant d'acquérir en quelque sorte "pignon sur rue" et de venir s'installer à Jérusalem avec les frères de Jésus à sa tête.

Nous voyons donc aujourd'hui ce que faisaient ces tout premiers chrétiens, ces prédicateurs de la source Q, sillonnant la Galilée, proclamant que le Royaume est proche, et guérissant et exorcisant. Dans le fond, c'est purement et simplement ce qu'avait fait Jésus dans la première partie de son propre ministère, qui lui avait valu une popularité certaine, mais popularité qu'il avait ensuite perdue lorsqu'il avait tout arrêté après la multiplication des pains, lorsqu'il s'était rendu compte qu'il était en train de devenir à con corps défendant la figure de proue d'une insurrection populaire à dimensions essentiellement politiques. Ces tout premiers chrétiens vont donc, en quelque sorte, à la reconquête du marché. Il est généralement admis que des "signes" se sont effectivement produits par leur intermédiaire, comme il s'en était produit par l'intermédiaire de Jésus ; il y a eu des guérisons et autres libérations d'esprits impurs, et c'est ce qui leur a donné un certain succès, eux aussi. Par contre, ils avaient appris la leçon de la fin de l'histoire telle qu'elle s'était produite pour Jésus, il n'a pas été question pour eux de se rassembler à plusieurs milliers pour marcher sur Jérusalem et faire sauter le sanhédrin ! et c'est ce qui les a menés à, peu à peu, s'organiser en "parti" au sein du judaïsme, un parti similaire à de nombreux autres "partis" (sadducéens, pharisiens, ...).

Telle est donc l'histoire "vraie" des débuts du judéo-christianisme : un parti, comme il y en a beaucoup d'autres à l'époque, qui gagne peu à peu en influence au sein de la population, sans faire vraiment trop de vagues. Il n'y a pas eu de persécutions immédiates, dès la mort de Jésus, de la part des autorités religieuses contre ce parti, pour la bonne raison que ce parti n'existait pas. À sa mort, il est vraisemblable que Jésus n'avait plus guère comme partisans que les "douze", c'est-à-dire en réalité un tout petit groupe, qui s'en est retourné la queue basse dans sa Galilée natale. La mort de Jésus était un point final à une aventure de toutes façons déjà moribonde, et la "résurgence" ne s'est faite que très progressivement. Le discours missionnaire nous parle de cette première période de croissance, tandis que le discours eschatologique, dont est issu la suite que nous verrons à partir de demain, nous parle de quelques décennies plus tard, quand le "parti de Jésus" est devenu plus important et commence alors, par le fait même, à devenir un ennemi (concurrent) gênant.

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