Partage d'évangile quotidien
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Amour trahi

Mar. 16 Juillet 2013

Matthieu 11, 20-24 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Alors il commence à fulminer contre les villes où tant de ses miracles ont été faits, parce qu'elles ne se sont pas converties. 

« Malheureuse, toi Chorazin ! Malheureuse, toi, Bethsaïde ! Si à Tyr et Sidon avaient été faits les miracles faits chez vous, depuis longtemps, sous sac et cendre, elles se seraient converties ! Aussi bien je vous dis : pour Tyr et Sidon, le jour du jugement sera plus supportable que pour vous ! 

« Et toi, Capharnaüm, jusqu'au ciel te hausseras-tu ? Jusqu'en Shéol tu descendras ! Si à Sodome avaient été faits les miracles faits chez toi, elle serait restée jusqu'aujourd'hui ! Aussi bien, je vous dis : pour la terre de Sodome, le jour du jugement sera plus supportable que pour toi ! » 

 

 

David et Saül, par He-Qi

 

 

voir aussi : Renégats et mécréants, Nul prophète en son pays, Désillusions

Nous sommes surpris par ces invectives mises dans la bouche de Jésus contre trois agglomérations de Galilée. Nous ne savons pas grand chose sur cette Bethsaïde, encore moins sur Chorazin, on suppose généralement qu'il s'agit de bourgades assez proches de Capharnaüm. On ne voit en tout cas pas pourquoi Jésus se serait ainsi mis en colère contre elles, alors qu'il y a certainement été bien accueilli, qu'elles ont été les témoins des débuts enthousiastes de son ministère. Peut-être plus tard, lorsqu'il monte à Jérusalem ? cela supposerait un retournement important de son assise galiléenne, mais le plus vraisemblable est qu'il s'agit d'invectives de Matthieu et de sa communauté, lorsqu'ils se heurtent à la synagogue, qui finira par les rejeter hors du judaïsme. Certains affirment que ces trois villes avaient chacune leur synagogue, et qu'il faut mettre cet épisode en relation avec celui que nous verrons demain, où Jésus rend grâces à Dieu d'avoir caché le Royaume aux "sages et savants", parce que ces "sages et savants" serait une expression désignant couramment les rabbis pharisiens qui enseignaient dans les synagogues. Cette explication a au moins le mérite d'être cohérente, et de donner un sens à l'enchaînement des deux épisodes.

Si on prend la peine de se mettre à la place des premiers disciples, ceux qui ont connu les débuts pleins d'effervescence de Jésus dans ces bourgades de Capharnaüm, Chorazin et Bethsaïde, puis qui les ont vues, quelques dizaines d'années après, retourner leur veste en se solidarisant du mouvement d'éviction des chrétiens, on comprend alors pourquoi cette condamnation est si sévère. C'est une véritable trahison. Et ainsi se comprend aussi que ce soit Capharnaüm, où Jésus avait établi son 'camp de base' pour la Galilée, qui soit la plus vilipendée encore des trois : promise au "Shéol", aux enfers. C'est leur ville natale ! André, Pierre, Jacques, Jean sont nés là, leurs familles y résident, c'est dans la maison de Pierre qu'ils s'étaient installés. Ce sont les notables de Capharnaüm qui avaient intercédé auprès de Jésus pour qu'il guérisse le fils du centurion prosélyte, ce sont les pharisiens de Capharnaüm qui avaient prévenu Jésus que Hérode voulait le faire arrêter. Il y a eu une complicité, pendant tout un temps, qui unissait tous les habitants de la région, autour de Jésus, contre les autorités religieuses de Jérusalem, et voilà qu'ils ont fini par se ranger dans le parti de ces mêmes autorités !

Nous voyons donc à quel point il est impossible de lire les évangiles comme s'ils étaient un reportage ou une biographie de Jésus. Si nous reprenons par exemple Matthieu, depuis le début de son ouvrage jusqu'ici, nous y avons eu successivement : les récits de l'enfance, qui sont de l'invention, du mythe. Ce n'est pas de la falsification, il faut le redire, c'est un procédé usuel et admis de l'époque, que de donner aux grands personnages une origine merveilleuse. Ce qui y est dit nous renseigne simplement sur les conceptions théologiques des auteurs, nous dit ce qu'ils ont compris de Jésus. Après l'enfance, il y a eu l'introduction du ministère de Jésus que sont la prédication de Jean le Baptiste, le baptême de Jésus et sa retraite au désert. Là, c'est un passage encore très marqué théologiquement (mais ce sont tous les évangiles qui le sont), mais basé sur des faits historiques. Puis est venu le sermon sur la montagne. C'est un ensemble de paroles attribuées à Jésus. Il ne les a sûrement pas prononcées ainsi toutes à la suite des unes des autres, c'est une collection 'compilée' par Matthieu. Il peut y en avoir qui viennent des débuts de sa vie publique, et d'autres de la fin. Un bon nombre d'entre elles sont vraisemblablement authentiques ou proches, d'autres plus ou moins extrapolées ou mal interprétées, voire parfois inventées. Après le sermon, nous avons eu une série de dix miracles. Il est important de noter que Jésus a vraiment été un thaumaturge renommé, mais par ailleurs l'enchaînement tempête sur la mer et expulsion d'un troupeau de démons dans des cochons a toutes les apparences d'un mythe pur et simple. Enfin, après les miracles, un second sermon, 'missionnaire', dont le contexte est l'antagonisme entre la synagogue et les chrétiens, donc postérieur à Jésus.

Impressionnant, non ? Est-ce à dire qu'il n'est pas possible de lire les évangiles à moins d'être un intellectuel de niveau universitaire élevé ? C'est effectivement là une question importante. Elle est le plus souvent émise par des gens qui ont les capacités d'entrer dans ce travail à faire, mais qui savent que cela les obligera à remettre en cause des présupposés sur lesquels ils ne veulent pas revenir, par paresse ou par peur irraisonnée. C'est donc en fait pour eux une objection prétexte, mais ceci dit, la question est quand même là, réelle. Mais existe-t-il vraiment des gens qui lisent les évangiles entièrement au premier degré (à part les fondamentalistes, qui le revendiquent) ? Bien sûr que non. Tout le monde lit à partir de la culture religieuse qu'il a reçue par ailleurs. Tout le monde utilise des filtres qui sont ni plus ni moins que le résultat des exégèses plus anciennes. Il est donc absolument légitime, et même nécessaire et indispensable, que le travail gigantesque accompli ces derniers siècles se poursuive, et que tout un chacun tâche de s'informer des résultats les mieux établis de ce travail, chacun selon ses capacités. Ceci signifie aussi l'importance que se lèvent des vulgarisateurs, qui mettent à la portée de chacun ces travaux, en ciblant différents publics selon ces mêmes capacités.

L'exégèse historique des évangiles n'est certes pas l'essentiel. Ce qui a été premier dans la rédaction des évangiles n'était pas l'exactitude scientifique des faits et gestes de Jésus, mais de transmettre la réalité profonde de sa personne. L'exégèse historique ne permet pas de dire qui était Jésus, cela reste du domaine de la foi. Mais l'exégèse historique permet de dire, de mieux en mieux au fur et à mesure qu'elle progresse, ce que Jésus n'était pas. Et ça, personne qui prétend honnêtement fonder sa vie sur Jésus, ne peut se permettre de dire que ça ne l'intéresse pas.

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M
Ok
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A
Merci ! vous pouvez développer un peu ?