Partage d'évangile quotidien
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Y es-tu, entends-tu ?

Jeu. 23 Juillet 2015

Matthieu 13, 10-17 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Les disciples s'approchent et lui disent : « Pourquoi est-ce en paraboles que tu leur parles ? »  Il répond et leur dit : « À vous, est donné de connaître les mystères du royaume des cieux. À eux, ce n'est pas donné. C'est ainsi : qui a, il lui sera donné et il aura du surplus. Qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera pris ! 

« Aussi je leur parle en paraboles : c'est qu'ils regardent sans regarder, entendent sans entendre ni comprendre ! Elle s'accomplit en eux la prophétie d'Isaïe qui dit : “Pour entendre, vous entendrez — et ne comprendrez pas ! Pour regarder, vous regarderez — et ne verrez pas ! Car s'est épaissi le cœur de ce peuple, d'oreilles dures ils entendent, leurs yeux ils bouchent, de peur que des yeux ils voient, des oreilles entendent, du cœur comprennent, qu'ils soient retournés, — et je les rétablirais !” 

« Pour vous, heureux vos yeux : ils regardent ! Et vos oreilles : elles entendent ! Amen, je vous dis : de nombreux prophètes, des justes, ont désiré voir ce que vous regardez, et n'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et n'ont pas entendu ! » 

 

 

L'arche d'alliance, par He-Qi

 

 

voir aussi : Droit au cœur, Voir sans savoir, Pas de pire sourd, L'express et l'omnibus, Les yeux du coeur

Il est vrai que souvent nous faisons notre propre malheur, que, littéralement, nous ne voulons pas voir ce qui est pourtant sous nos yeux ni entendre ce qu'on nous dit pourtant à l'oreille. Nous sommes dans ces cas incapables d'en prendre conscience. Cette incapacité peut prendre des formes plus ou moins graves, de la simple inattention ponctuelle, qui pourra éventuellement être corrigée par un léger effort d'attention, à la pure oblitération des sens, contre laquelle seul un long travail de fond, ou une intervention de la Grâce, sauront remédier. C'est que notre conscience n'est que la faible partie émergée d'un vaste continent qui a ses propres règles et objectifs qui nous déterminent beaucoup plus sûrement que ce que nous nous plaisons à croire être notre "libre arbitre", ou notre "volonté" : l'inconscient.

Précisons cependant tout de suite que l'inconscient dont nous parlons ici n'est pas celui de Freud, l'inconscient composé d'éléments dont nous avons été conscients à un moment et dont nous avons volontairement choisi de les empêcher de s'intégrer à notre passé. Rien que cette définition de l'inconscient freudien nous dit d'ailleurs déjà que l'inconscient est bien plus vaste que cela seul qui a été refoulé. Car enfin, tout ce que nous avons vécus dans notre vie n'est pas présent en permanence à notre conscience, et constitue donc bien à proprement parler une autre partie, en général déjà beaucoup plus "volumineuse", de ce même inconscient. Il y a certes une différence, c'est que le non-refoulé nous est accessible, en principe, "librement", alors que le refoulé, par définition, nécessiterait de mettre en œuvre de coûteux moyens, pour que nous puissions y accéder de nouveau. Mais tout ceci ne constitue encore que les éléments de notre inconscient dont nous avons été, à un moment ou l'autre de notre histoire, conscients.

Car au-delà de ces éléments, il y en a encore toute une quantité d'autres — et ceux-là à nouveau représentent un volume beaucoup plus important — dont nous n'avons pas été au sens strict conscients, des éléments auxquels nous n'avons pas choisi d'accorder la moindre attention, mais qui sont pourtant passés quelque part par nous, que nous avons enregistrés inconsciemment. Ce sont là tous les signaux qui sont parvenus à nos sens, mais sur lesquels nous n'en sélectionnons jamais qu'un infime partie pour en "prendre conscience", pour les examiner ne serait-ce qu'un fragment d'instant, et tenter de leur donner une signification quelle qu'elle soit. Tous ces signaux dont nous n'avons jamais été conscients sont pourtant en nous, dans ce qu'on peut donc considérer comme le véritable grand réservoir de notre inconscient, et ils y mènent eux aussi une certaine vie. Cet inconscient-là, que notre psychologie "moderne" connaît si peu encore, a pourtant lui aussi ses règles, son organisation, et pour le dire sans artifices : sa vie, et laquelle est tout sauf indépendante de la vie de ce que nous appelons notre conscience.

C'est à cet inconscient-là que s'adressent les paraboles, comme, d'une manière générale, toute communication, toute technique, qui vise à nous toucher au-delà de notre pensée discursive, en ce lieu où nous comprenons sans entendre et voyons sans regarder. Car c'est par des images, par des sons, des odeurs, bref, par tout ce qui touche les sens, qu'on "parle" à cet inconscient, qu'on le nourrit, et même qu'on l'édifie, ou, au moins, qu'on l'oriente et le mobilise. Mais le plus important n'est pas là, car en réalité cet inconscient va très bien, de son seul point de vue. Ce qui pose problème, en nous, c'est notre conscience et la coupure, pour ne pas dire la déchirure, qu'elle entretient entre elle et lui. En sorte que les paraboles, comme ces différentes autres techniques du même ordre, agissent surtout en nous permettant de jeter un pont entre les deux, et, dans ce processus, c'est bien plus notre conscience qui va se trouver entièrement remodelée, jusque et y compris cette zone si minuscule, mais à l'influence parfois si désastreuse sur tout le reste de notre être, que Freud avait nommé l'inconscient "refoulé", mais qui est justement au contraire et en toute rigueur du "conscient" refoulé.

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