Partage d'évangile quotidien
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Dur, dur

Lun. 17 Août 2015

Matthieu 19, 16-22 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

En voici un qui s'approche de lui et dit : « Maître, que ferai-je de bon, pour avoir la vie éternelle ? »  Il lui dit : « Pourquoi me questionnes-tu sur le bon ? Unique est le Bon ! Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. » Il lui dit : « Lesquels ? » Jésus dit : « Les : “Point ne tueras. Point n'adultèreras. Point ne voleras. Point ne témoigneras à faux.  Honore le père et la mère.” Et : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” »  Le jeune homme lui dit : « Tout cela, j'ai observé ! Que me manque-t-il encore ? »  Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tes biens et donne aux pauvres, et tu auras trésor en cieux ! Et viens, suis-moi ! » 

Le jeune homme entend. Il s'en va, attristé : car il avait beaucoup de possessions… 

 

 

Le bon samaritain, par He-Qi

 

 

voir aussi : Du bon usage de la Loi, Presque parfait, Étalon or, Ordre supérieur, Du bon et des biens

Par rapport à Marc (10, 17-22) et Luc (18, 18-23), Matthieu a ajouté à la liste des quelques commandements choisis issus du décalogue (ne pas tuer, ne pas voler, etc.), celui de l'amour du prochain comme soi-même. Ce "commandement" là n'est pas du même ordre, et je ne suis pas sûr que Matthieu ait bien fait de le rajouter ainsi, en fin d'énumération. On peut dire en effet que l'amour du prochain récapitule tous les autres commandements rappelés ici (comment tuer quelqu'un qu'on aimerait autant que soi-même ?, ou le voler, ou le tromper, ...), mais en même temps qu'il va plus loin, puisqu'il ne s'épuisera pas, par aucun recensement d'actions à éviter. Ce "commandements" est le principe même de tous les autres commandements, et d'encore une multitude d'autres, innombrables, qu'il serait vain de vouloir tous formuler, car c'est à chacun de découvrir comment il va le mettre en œuvre dans sa vie, à quoi il l'appelle lui, personnellement, quels sont ses obstacles propres, en lui-même, qui l'empêchent d'aimer tout un chacun comme lui-même.

Une chose semble en tout cas certaine : on peut difficilement avoir "beaucoup de possessions" et prétendre en même temps qu'on aime, et qu'on a toujours aimé "depuis sa jeunesse" (comme le dit l'homme chez Marc et Luc), ses prochains "comme soi-même". Comment affirmer sérieusement qu'on aime celui qu'on laisse mourir de faim à sa porte quand soi-même on peut faire bombance tous les jours de la semaine (voir par exemple la parabole du pauvre Lazare) ? Ce n'est quand même pas par pur arbitraire, sous l'impulsion d'une lubie subite qui lui serait passée par la tête, que Jésus l'invite ainsi à "vendre ses biens et donner aux pauvres", mais c'est bien simplement la cohérence de l'amour du prochain qui nous amène, inévitablement, à partager, à ne pas pouvoir garder pour nous seul, des "biens" qui, de plus, nous sont absolument inutiles. Tout ce qui est thésaurisé, par définition, ne sert à rien... Quant à la soi-disant jouissance, c'est alors justement toute la question : en quoi consiste cette vie éternelle que demande cet homme ? est-ce en une éternité de délices dans le confort et l'aisance matérielles, ou ne serait-elle pas plutôt proche d'une aisance qui ne dépendrait pas de ces conditions ?

On peut donc se demander si Matthieu avait bien compris ce que signifie réellement l'amour du prochain. On peut noter aussi une autre différence marquante, entre lui et les deux autres synoptiques : la question du "bon". Chez Marc et Luc, ce "bon" est un qualificatif donné par l'homme à Jésus : "Bon maître, que ferai-je pour avoir la vie éternelle ?" La notion de "bon" évoquée par le mot grec utilisé est cependant particulière ; ce "bon" désigne tout ce qui vient de Dieu, tout ce qui est donné par lui. Le mot est assez fréquent chez Matthieu et Luc — ce qui indique qu'il vient de la source Q — et très rare tant chez Marc (c'est en fait le seul passage où on le trouve chez lui) que chez Jean. Appeler Jésus "Bon maître", c'est donc d'une certaine façon le considérer comme proche de Dieu, comme agissant en son nom. Sa réaction peut alors surprendre, et c'est sans doute la raison pour laquelle Matthieu a préféré déplacer le qualificatif, quitte à rendre la réponse "nul n'est bon sinon Dieu" quelque peu à côté de la plaque. C'était sans doute trop, pour Matthieu, d'envisager un Jésus qui ne se considérait pas comme entièrement bon lui-même, ou, du moins, tenant à s'effacer devant celui dont il tenait toute la bonté qui pouvait se manifester par lui.

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