Presque parfait
En voici un qui s'approche de lui et dit : « Maître, que ferai-je de bon, pour avoir la vie éternelle ? » Il lui dit : « Pourquoi me questionnes-tu sur le bon ? Unique est le Bon ! Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. »
Il lui dit : « Lesquels ? » Jésus dit : « Les : “Point ne tueras. Point n'adultèreras. Point ne voleras. Point ne témoigneras à faux. Honore le père et la mère.” Et : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” »
Le jeune homme lui dit : « Tout cela, j'ai observé ! Que me manque-t-il encore ? » Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tes biens et donne aux pauvres, et tu auras trésor en cieux ! Et viens, suis-moi ! »
Le jeune homme entend. Il s'en va, attristé : car il avait beaucoup de possessions…
voir aussi : Étalon or, Ordre supérieur, Du bon et des biens
"Avoir la vie éternelle" : cette expression est synonyme de "entrer dans le Royaume" ou encore "ressusciter". Mais il faut voir que la résurrection à laquelle croient une partie des juifs du temps de Jésus (principalement les pharisiens) n'a pas les mêmes caractéristiques que celle à laquelle nous croyons. Pour eux, lorsque viendront les temps, apparaîtra le Messie, qui rétablira la souveraineté d'Israël sur ses terres, pour un Royaume éternel ; la mort n'existera plus, et ceux qui étaient morts auparavant et qui le méritent seront ressuscités. La vie éternelle que souhaite le jeune homme est donc une vie terrestre sans fin, on y mange, on y boit, on y fait l'amour, on profite de tous les mêmes plaisirs, spirituels, intellectuels, esthétiques, mais aussi charnels, sensuels, que dans notre vie actuelle. C'est une espérance qui se défend : quel serait l'intérêt d'une vie éternelle sans charmes ? pourquoi devrait-on y renoncer aux agréments de cette vie-ci ? sinon, la résurrection serait plus une punition qu'une récompense.
Jésus, pour sa part, ne pense pas ainsi. Dans une discussion avec des sadducéens (qui ne croient pas à la résurrection) qui aura lieu plus tard, à Jérusalem, il le dira clairement : quand on est ressuscités, on est comme des anges (Matthieu 22, 30, Marc 12, 25). Il considère de plus que les morts n'ont pas à attendre la résurrection de la fin des temps, que ceux qui, tels Abraham, Isaac et Jacob, ont mérité de ressusciter le sont déjà. La vie éternelle a déjà commencé pour eux, le Royaume est déjà là. Pourtant, nous rencontrons rarement au coin de la rue ses habitants, c'est donc qu'il ne s'identifie pas à une simple extension éternelle de ce monde-ci. Particulièrement, c'est ce que nous dit l'épisode d'aujourd'hui, Jésus affirme que, dans le Royaume, les notions de possession n'ont plus cours. Posséder ne fait pas partie des phénomènes possibles, dans le Royaume. Ceux qui veulent donc se préparer à y entrer feraient bien de s'y entraîner.
Dans sa version de cet épisode, Marc a, entre autres, une petite notation que Matthieu n'a pas reprise. C'est après que le jeune homme ait déclaré avoir observé tous les commandements depuis sa jeunesse : Jésus alors "le regarde et l'aime". Cet homme lui plait, il le juge honnête avec lui-même, un homme juste, qui a effectivement observé sérieusement la Loi, avec un désir sincère de plaire à Dieu. Cet homme est tout prêt du Royaume. Il ne lui manque qu'une chose ...se détacher de ce monde. Il lui suffit de faire ce tout petit pas, et le Royaume s'ouvrira à lui. C'est ici un critère très important, on pourrait le considérer comme le onzième commandement selon Jésus : tu te détacheras des richesses. Il n'y a là rien de surprenant. Jésus est venu parler d'un Dieu qui n'est plus extérieur à l'homme mais en lui, il nous entraîne dans une démarche d'intériorisation. Ceci nous amène logiquement à nous libérer aussi de ces liens qui nous mettent, littéralement, hors de nous : nos 'biens', nos possessions, nos 'avoirs'. Puisque Dieu est en nous, nous avons en nous tout ce qu'il nous faut pour notre bonheur. Nos richesses sont des illusions, des miroirs de ce que nous ne sommes pas vraiment au fond de nous-mêmes, de l'accessoire et du secondaire qui nous détournent du seul bien qui compte vraiment.


Commenter cet évangile