Initiation
« Quand vous priez, ne bredouillez pas comme les païens : ils croient être exaucés à flots de paroles. Ne leur ressemblez donc pas : votre père sait de quoi vous avez besoin avant que vous lui demandiez. Vous donc, priez ainsi : Notre père dans les cieux, sanctifié soit ton nom ! Vienne ton royaume ! Ta volonté soit faite, comme au ciel, sur terre aussi ! Notre pain de la journée donne-nous aujourd'hui. Remets-nous nos dettes comme nous aussi avons remis à nos débiteurs. Ne nous fais pas entrer dans l'épreuve, mais libère-nous du Mauvais.
« Car si vous remettez aux hommes leurs fautes, il vous remettra à vous aussi, votre père du ciel. Mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre père non plus ne remettra pas vos fautes. »
voir aussi : Prier, mode d'emploi, La prière de Jésus, Les plus courtes..., Ça dit tout, Tout en un, Prière mère, La prière, Papa !
La version de Matthieu de cette prière est la plus longue. Luc nous en propose une version plus courte, qui n'a ni "que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel", ni "mais délivre-nous du mal", et quelques autres nuances. La version de Matthieu est donc plus élaborée. Si on l'étudie de plus près (voir autres billets sur ce blog, Matthieu 6, 7-15 et Luc 11, 1-4), on se rend compte qu'elle est aussi mieux structurée, presque à l'excès. C'est une version qui est le fruit d'une longue maturation liturgique et théologique, Luc étant sans doute resté plus proche de la version originale donnée par Jésus. Les contextes, aussi, diffèrent chez les deux évangélistes. Évidemment parce que Matthieu a construit son évangile par grandes tranches rassemblant du matériau plus ou moins apparenté, telle celle où nous nous trouvons aujourd'hui, et qu'on appelle généralement le "sermon sur la montagne". Luc, n'ayant pas la même organisation, ne pouvait donc pas situer le "Notre Père" dans le même cadre. Mais les deux contextes ont chacun leur intérêt.
Matthieu, donc, introduit le texte de la prière proprement dit par ces considérations : "ne rabâchez pas..., pas de flot de paroles..., votre Père sait à l'avance..." Ces indications sont importantes, elles nous disent certainement le sens dans lequel Jésus voulait orienter ses disciples. Elles visent à réduire à son strict minimum l'activité d'énoncé de la prière. "Ne rabâchez pas" : ce n'est pas la peine de refaire sans cesse la même demande, ce n'est pas de la répéter à l'infini qui lui donnera une chance d'être exaucée. "Pas de flot de paroles" : ce n'est pas la peine non plus de faire d'innombrables demandes, en se disant que dans le lot il y en aura bien au moins une qu'il entendra ! Car il n'y a en réalité qu'une seule demande dont nous ayons besoin, c'est celle de nous retrouver en présence du Père. Toute la problématique est là : le Père, lui, nous est présent, et il nous connaît, c'est nous qui nous éloignons de lui sans cesse, et notre seul vrai besoin est de revenir à lui. Et ceux qui connaissent la présence du Père le savent bien : lorsqu'on se rend de nouveau présent à lui, ce n'est plus le lieu des mots... C'est ce vers quoi Jésus aurait voulu amener les disciples, en leur donnant cette prière minimaliste, apprendre à raccourcir au mieux l'étape où nous nous exprimons, pour arriver au plus vite à celle où nous recevons.
Le contexte dans lequel Luc situe l'enseignement du Notre Père vient éclairer, sinon confirmer, cet aspect des choses : "Jésus se trouvait quelque part, à prier. Quand il a fini, un des disciples lui demande : 'Apprends-nous à prier. Jean l'a fait, lui aussi, pour ses disciples'" La formulation peut nous donner l'impression d'une sorte de jalousie des disciples de Jésus à l'égard de ceux de Jean, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Nombre des disciples de Jésus l'ont d'abord été de Jean, raison pour laquelle ils savent si bien que Jean apprenait à ses disciples à prier... Non, s'ils posent ici la question, c'est parce qu'ils voient bien que Jésus ne prie pas du tout de la même manière qu'eux tous, et même que Jean. Jésus, d'abord, s'isole, généralement, quand il veut prier, ce qui n'est pas la façon dont ils ont coutume de procéder (voir l'évangile de mercredi dernier). Ensuite, Jésus reste parfois (souvent ?) longtemps en prière. Mais ce qui les déconcerte encore le plus, c'est que, comme ils ont pu le constater en l'observant parfois à la dérobée, même dans ces cas là il ne remue pas les lèvres ! Qu'est-ce qu'il fait donc, alors ? Comment fait-il pour rester si longtemps sans absolument rien faire ? C'est donc ce mystère là qu'ils aimeraient percer, quand ils lui demandent de leur apprendre à prier.
Je dirais alors, personnellement, que le Notre Père est une très belle prière pour la liturgie, pour une proclamation commune en assemblée. Que, pour la prière personnelle, elle peut être aussi d'une grande aide si nous sommes dans une situation perturbée : récitée en ce cas, mentalement, en prenant tout notre temps pour bien nous pénétrer de chaque mot, de chaque phrase, qui la compose, elle nous aidera à nous pacifier. Mais, dans les autres cas, n'hésitons pas à nous en passer pour aller directement au cœur à cœur avec notre Père, là où il est, "dans le secret".


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