Partage d'évangile quotidien
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L'organe et le besoin

Sam. 8 Décembre 2012

Matthieu 9, 35 - 10, 8 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, il eut pitié d'elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. » 

Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d'expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité. Voici les noms des douze Apôtres : le premier, Simon, appelé Pierre ; André son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d'Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélote et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. 

Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « N'allez pas chez les païens et n'entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Gestion des ressources humaines, Chaîne du don, Délégation de pouvoirs

Voici un discours bien construit ! On énonce d'abord le problème : des foules à l'abandon, sans berger. Puis la solution : l'investiture des douze. Enfin, les objectifs et les moyens. Cela semble réglé comme du papier à musique, parfaitement logique, cela tombe sous le sens, comment n'y avait-on pensé plus tôt ? Après ça, plus personne ne doit douter que les douze ont bien été voulus par Jésus pour diriger la moisson, et cette mission vaut tant qu'il y aura des foules à l'abandon, sans berger.

Il faut cependant se rendre compte que cette belle construction est propre à Matthieu. Il est déjà le seul à avoir la première partie, l'énoncé du problème, sous cette forme aussi structurée. Et il est le seul à avoir rassemblé ainsi ces trois parties, chez Marc et Luc elles ne se trouvent pas réunies à la suite. C'est donc un effet qu'il a voulu spécialement obtenir, et qu'on ne retrouve pas chez les autres. C'est Matthieu seul qui attache de l'importance à un groupe de douze dirigeants, cela fait partie de sa façon de voir les choses.

En réalité, si on examine l'institution des douze dans les trois évangiles (Jean est ici, comme souvent, à part : il n'en parle pas du tout), on trouve que leur raison principale est d'être ce nombre, douze, avant tout. À l'époque, tout le monde comprend ce que cela veut dire, sans qu'il y ait besoin d'explications. Douze, c'est le nombre des tribus d'Israël. Que Jésus ait choisi un groupe de douze "pour être avec lui" – c'est là la première raison donnée par Marc et omise par Matthieu – signifie simplement que son ministère s'adresse à tout Israël, sans excepter personne.

Tout Israël, donc, mais aussi seulement Israël. C'est Matthieu qui nous livre ici une des clefs de l'histoire, puisqu'il est encore le seul (mais cette fois nous lui en sommes redevables) à préciser cette exclusion des païens et des Samaritains du champ de cette mission. Et effectivement, la communauté de Matthieu n'était composée que de juifs, n'envisageait d'aucune façon que le salut apporté par Jésus puisse concerner d'autres personnes que les juifs. La communauté de Matthieu n'était tournée que vers la conversion du plus grand nombre possible de leurs coreligionnaires avant le retour définitif de Jésus. La suite des événements montrera qu'ils se trompaient : Jésus n'est pas revenu, Jérusalem a été rasée, et les communautés de la sensibilité de Matthieu ont à peu près complètement disparu de la scène de l'histoire.

Le christianisme qui va perdurer au travers des vicissitudes du temps, au moins jusqu'à nos jours, c'est celui des communautés comme celle de Luc, c'est-à-dire les communautés issues du ministère de Paul. Ces communautés ne peuvent pas, objectivement, se réclamer de l'héritage des douze. Luc les mentionne quand même, mais il restreint leur rôle à ce qu'il était en réalité, un symbole — fort, du vivant de Jésus –, mais qui ne fait plus sens dans sa perspective où le champ de la mission s'est étendu au monde entier, et non plus au seul Israël. C'est pourquoi, très vite, dans le récit des Actes des Apôtres, le groupe de douze disparaît. On n'en parle plus.

On voit donc que le symbole des douze, que certaines églises tiennent comme signe de leur légitimité, d'une chaîne de transmission qui remonterait à Jésus lui-même via l'institution par Jésus de ces douze, ne tient pas la route. Se prétendre 'apostolique', au sens d'héritière des douze 'apôtres', est une imposture. Ce qui ne veut pas nécessairement dire que ces églises ait trahi Jésus. Ce serait plutôt un péché véniel de jeunesse, un orgueil mal placé. En vérité, un héritage spirituel ne peut se justifier par une généalogie, fut-ce une généalogie symbolique comme l'est la 'tradition apostolique'. Il n'y a que l'Esprit qui puisse nous justifier.

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