Petit c'est beau
Une autre parabole qu'il leur sert ! Il dit : « Le royaume des cieux est semblable à une graine de moutarde qu'un homme prend et sème dans son champ. Elle est certes plus petite que toutes les semences. Qu'elle croisse, elle est plus grande que les plantes : elle devient arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent faire leur nid dans ses branches. »
Une autre parabole ! Il leur parle encore : « Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme prend et cache dans trois panerées de farine, jusqu'à ce que tout ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles. Et, sans parabole, il ne leur disait rien, pour accomplir le mot dit par le prophète : “J'ouvrirai ma bouche en paraboles, je proclamerai des choses cachées depuis la fondation.”
voir aussi : Silence, ça pousse !, Secrets bien gardés, Révélations secretes
"La plus petite des semences, la plus grande des plantes" : même si d'un point de vue strictement scientifique cette affirmation sur les graines de moutarde n'est sans doute qu'une approximation, l'idée est là et reste valable : le Royaume commence par de toutes petites choses. C'est sans doute ce qui fait toute la difficulté pour le trouver. Ce mot, 'royaume' est un gros mot, il nous évoque spontanément de grands rêves et de grands desseins, mais ce n'est pas comme ça qu'on le trouve et y entre. Le Royaume n'est pas compliqué, il ne nécessite pas d'avoir ni la tête d'un Einstein, ni la force d'un Hercule, ni d'être un champion du Kama-Sutra, ni d'aucun exercice de piété. Le Royaume commence dans notre vie de tous les jours, dans nos gestes les plus banaux, ces mille petits riens que nous accomplissons quotidiennement sans même plus y penser tellement ils se sont ancrés en nous depuis notre plus tendre enfance. La question est juste de savoir le remarquer, en prendre conscience, s'en émerveiller, et remercier.
Oui, c'est tout petit au début, de tout petits riens, et on pourrait douter parfois. Alors, comme pour le levain dans la pâte, il faut savoir faire confiance. Si la femme qui l'a enfoui dans la farine se mettait en tête de rester là à regarder sa pâte et d'observer la levée, elle se découragerait vite, en viendrait à se dire que "ça ne marche pas", et serait tentée de jeter le tout à la poubelle. Oui, il faut y croire. Le Royaume croît spontanément en nous, de lui-même, à partir de ces tout petits riens, mais justement parce que c'est de lui-même qu'il le fait, nous ne pouvons pas observer directement sa croissance. Là aussi, c'est un don. Il faut être patients, confiants, tenaces, nous faire sourds parfois, mais, finalement, un nouveau signe nous sera donné. Chaque jour nous apportera sa petite note différente, si nous savons la recevoir. Mais pourquoi aussi voudrions-nous que tout aille vite, quel besoin aurions-nous de bottes de sept lieues ? Quand chaque instant nous introduit à l'éternité, quelle raison aurions-nous de chercher en des contrées exotiques ce qui est en nous ?
Car c'est de là que tout naît. Les 'fondations', les 'origines', la 'création', ce n'est pas un événement unique quelque part dans le temps, dans le passé, à un moment donné. Chaque instant que nous vivons est le commencement du monde, de chaque instant dépendent tous les passés, tous les avenirs, et tous les univers, et cela se passe très précisément là, en chacun de nous. C'est caché, si on veut, mais il ne dépend que de nous de le révéler. Ce n'est pas la peine d'attendre des apocalypses, des retours glorieux à la fin des temps. On risque même d'attendre longtemps, dans ce cas. L'enseignement de Jésus est, a toujours été, restera toujours, le même : Dieu est en chacun de nous, en chacune de ses créatures, en toute création, c'est là que nous le trouverons, c'est là seulement que nous pouvons apprendre à le connaître personnellement, et ça commence toujours par de très, très, très, petites choses. Normal aussi, puisque nous sommes vraiment très, très, très, petits, non ?

