Partage d'évangile quotidien
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Châteaux de sable ?

Sam. 12 Septembre 2015

Luc 6, 43-49 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Il n'est pas d'arbre beau qui fasse fruit pourri. Pas plus qu'arbre pourri qui fasse de beau fruit. Car chaque arbre à son propre fruit se connaît : sur des épines ne se ramassent pas des figues, ni sur un buisson, raisin ne se vendange. L'homme bon, du bon trésor du cœur, produit du bon. Le mauvais, du trésor mauvais, produit du mauvais. Car d'un trop-plein de cœur parle sa bouche. 

« Pourquoi m'appelez-vous : "Seigneur, Seigneur !" Et vous ne faites pas ce que je dis ? Qui vient vers moi, entend mes paroles et les fait, je vais vous suggérer à qui il est semblable : Il est semblable à un homme qui bâtit une maison. Il creuse, il va profond, il pose une fondation sur la pierre. Une crue survient, le torrent se rue sur cette maison, et n'est pas assez fort pour l'ébranler, parce qu'elle est bellement bâtie. Mais qui entend, et ne fait pas, est semblable à un homme qui bâtit une maison sur la terre, sans fondation. Sur elle se rue le torrent : aussitôt elle s'effondre. Et la ruine de cette maison est grande ! » 

 

 

L'appel de saint Paul, par He-Qi

 

 

voir aussi : La chasse au trésor ?, Rocker un jour..., Travaux pratiques, Du cœur à l'ouvrage, Bonnes intentions

La parabole des deux maisons se trouve chez Matthieu en conclusion du sermon sur la montagne, comme ici, chez Luc, en conclusion du sermon dans la plaine. Chez les deux, il s'agit donc d'avertir l'auditoire qu'avoir de l'estime, ou de l'admiration, pour les paroles entendues ne saurait suffire. Cette concordance entre les deux évangélistes permet de supposer que cette parabole s'était déjà vue assigner ce rôle dans la tradition commune dont ils se sont inspirés, la source Q, cette collection de sentences et embryon d'évangile qui nous parle d'une première époque où il n'y avait pas encore de communauté de chrétiens, pas de vraie organisation ni de hiérarchie ; une époque où il n'était pas encore question de vouloir s'établir, fonder quelque chose pour la durée. Il n'y avait alors que des hommes pris dans un élan pour partager ce qu'ils avaient découvert, le Royaume, comme état de vie, et non comme théorie, encore moins comme théologie, ou autres savoirs coupés du réel.

On peut dire, oui, que ces gens comprenaient très bien la parabole des deux maisons, qu'ils le savaient par expérience, qu'ils connaissaient cet ancrage dans le roc dont elle parle, ce sentiment, qui est en même temps certitude, d'un enracinement, d'un fondement, indestructibles, mais qui n'ont rien d'une fixation, d'un attachement rigide et finalement mortifère, mais qui, bien au contraire, libèrent et donnent toute souplesse et capacité d'évolution. Et justement parce qu'ils connaissaient cet ancrage dans le roc, ce n'est pas à eux que serait venue l'idée de créer une institution à partir de là, une certaine église paraît-il fondée sur un certain Pierre (Matthieu 16, 18). On voit très bien comment le passage de l'un à l'autre a pu se faire, ce n'était pas très compliqué de détourner la parabole et de l'appliquer à l'un des disciples judicieusement renommé pierre, mais les deux options sont en fait incompatibles. il n'y a qu'en soi qu'on puisse trouver le roc ; mettre son espérance dans l'autre, c'est tomber forcément dans le reproche initial qui introduit la parabole : dire Seigneur ! Seigneur ! mais pas faire ce qu'il dit, pas vivre soi-même ce qu'il vivait, et que vivaient ces gens de la toute première génération, ceux d'avant l'institutionnalisation.

C'est le même mouvement qui va amener à faire de Jésus un Dieu, radicalement différent de nous par nature, le maître dont il serait impossible de devenir comme lui. Entendons-nous, il ne s'agit pas d'entrer dans des évaluations de qui est le plus et qui est le moins ; il n'y a pas photo de ce point de vue, en tout cas pour moi. Mais il s'agit de cette histoire de nature spéciale que Jésus seul aurait eue, alors que lui s'en est toujours défendu. C'est bien le même mouvement qui a amené à transformer un roc intérieur en pierre extérieure, et qui nous a fait perdre le sens de cette parole de Luc que nous avions hier : tout-un-chacun peut devenir son maître. Le roc est en effet un maître en nous, et il n'est alors plus besoin d'interroger tel maître, tel chef, tel père, tel directeur de conscience. Telle devrait être la seule raison d'être d'une éventuelle église : aider, s'il est possible, chacun à trouver le roc. Être une éveilleuse, mener chacun à devenir son propre maître, ce qui signifie qu'ensuite son rôle est terminé. Le seul but d'une église authentique ne peut être que de permettre à ses ouailles de la quitter, et non de les tenir captives dans ses rets. Mais le problème, pour cela, c'est qu'il faudrait déjà que ceux qui sont dans cette église — et à plus forte raison ceux qui prétendent la diriger — le connaissent, le roc. Sinon on est dans l'histoire des aveugles qui prétendent guider des aveugles : les plus aveugles sont encore ceux qui ne croient pas l'être, si certains de posséder la vérité.

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