Fils de
Il parle encore aux foules, voici : sa mère et ses frères se tiennent dehors, ils cherchent à lui parler. Quelqu'un lui dit : « Voici : ta mère et tes frères se tiennent dehors, ils cherchent à te parler. »
Il répond et dit à celui qui lui parle : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » Il tend sa main vers ses disciples et dit : « Voici ma mère et mes frères : Car celui qui fait la volonté de mon père qui est dans les cieux, lui est pour moi frère, et sœur, et mère ! »
voir aussi : Secrets de famille, De père connu, Esprit de famille, Famille adoptive, Famille recomposée
Filiation divine "contre" filiation biologique ? Depuis que Marie est devenue la mère d'un Dieu — comme conséquence inévitable de la divinisation de Jésus, et sans même encore entrer dans l'histoire de la conception virginale —, cet épisode, avec ses parallèles en Marc (3, 31-35) et Luc (8, 19-21), est devenu fort embarrassant. Tant que Jésus n'était encore que le Messie, ce personnage dont certains disaient que nul ne saurait d'où il viendrait, peu importaient alors ses parents biologiques, et peu importait que, comme nous le voyons ici et comme nous pouvons le déduire de leur absence tout du long du ministère public, ces derniers ne croyaient pas en lui, voire cherchaient à s'opposer à son action. Alors, et malgré le passage de Marc (3, 21) qui dit clairement qu'ils le considéraient comme fou, on argumente que, ce n'est pas parce que Jésus dit que sa vraie famille ce sont ses disciples, que ceci exclurait ses parents et frères et sœurs du lot... Dans l'absolu, sur le principe, c'est certain ! étant tous enfants de Dieu, il n'y a pas de raison que nos proches par la chair ne le soient pas eux aussi — ils le sont, bien sûr, enfants de Dieu. Dans la pratique, concernant Jésus et sa famille, outre la remarque de Marc déjà mentionnée, la structure de cet épisode est quand même fondée sur un contraste, ce qui ne peut pas s'expliquer si ces derniers avaient réellement fait partie du fan club !
Ceci dit, cette histoire se déroule plutôt dans les débuts du ministère, dans une période, donc, où Jésus se fait encore des illusions sur les raisons qui poussent les foules, et ses disciples, à le suivre. De tous ceux qu'il appelle aujourd'hui ses frères, bien peu seront encore là au dernier moment. Pour l'instant, oui, ceux-là l'accompagnent, quand sa mère et ses frères et sœurs biologiques cherchent au contraire à lui mettre des bâtons dans les roues (leur intention était précisément de le "kidnapper", de le ramener à Nazareth, et de l'y séquestrer ; "pour son bien", certainement), mais demain il n'y aura plus personne. À partir du moment où on ne pourra plus se faire guérir "miraculeusement", où il ne faudra plus espérer se rassasier le ventre d'un pain "tombé du ciel", où il ne sera plus question d'aller prendre le pouvoir à Jérusalem et de devenir les ministres du nouveau gouvernement, où tout ceci se dirigera vers un fiasco évident à s'offrir comme un agneau dans la mâchoire du loup, il n'y aura alors effectivement plus personne pour croire encore en Jésus et son enseignement. Faire la volonté du Père, eh oui, c'est autre chose que de s'accrocher à une vedette et de se laisser porter dans son sillage ; Jésus montre un chemin, mais c'est un chemin qu'il ne peut pas faire à notre place : notre filiation divine nous est absolument propre à chacun, il n'y a que nous qui puissions vivre la nôtre, personnelle, spécifique, particulière.
Alors oui, bien sûr que la mère et les frères et sœurs de Jésus sont, eux aussi, ses frères et sœurs "spirituels", en théorie, tout comme l'est tout un chacun pour tout un chacun. Mais il y en a quand même certains qui le sont plus que d'autres, dans la pratique : ceux qui "font la volonté" du Père. Il ne s'agit pas ici, d'abord, de morale, de bien agir ou de mal agir. Elle est pourtant nécessaire, indispensable, même, il faut qu'elle soit devenue comme une évidence intangible, quelque chose qu'il nous semblerait incongru de remettre en cause ; mais c'est après que cela se joue, au-delà, et c'est là qu'il n'y a plus à proprement parler de règles qui s'imposeraient ou pourraient guider. C'est alors qu'il y a la vraie liberté, celle de construire le Royaume, mais un Royaume qui n'est pas défini à l'avance, un Royaume qui est notre participation à l'acte créateur, notre concours à une entreprise qui vient d'au-delà de nous mais dont nous devenons pourtant les architectes. Il y a en effet ici un paradoxe qui ne s'explique pas, mais qui se constate pourtant ainsi : la créature devient le créateur, le fils engendre le père, l'esprit naît de la matière, et la matière naît à son tour de l'esprit. C'est le grand paradoxe de Dieu, qu'il n'y a pas vraiment lieu d'expliquer, mais simplement de vivre, puisque telle est sa réalité.


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