Partage d'évangile quotidien
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Les bases

Jeu. 11 Juin 2015

Matthieu 5, 20-26 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Car je vous dis : Si votre justice n'a pas plus de profusion que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas au royaume des cieux. 

« Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : “Tu ne tueras pas ! Qui tuera sera passible de jugement.” Or moi je vous dis : Tout homme en colère contre son frère sera passible de jugement. Qui dira à son frère : ‘racaille !’ sera passible du sanhédrin. Qui lui dira : ‘fou !’ sera passible de la géhenne du feu. 

« Si donc tu offres ton présent à l'autel, et si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton présent, devant l'autel, et va ! d'abord réconcilie-toi avec ton frère ! Et alors, viens, offre ton présent. 

« Mets-toi d'accord avec ton adversaire, vite, tant que tu es avec lui sur le chemin : pour que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et tu serais jeté en prison. Amen, je te dis : tu ne sortiras de là que tu n'aies rendu le dernier quart de sou. » 

 

 

David et Saül, par He-Qi

 

 

voir aussi : Au nom de la Loi, Points de vue différents, Plus blanc que blanc, Le justicier démasqué, Les racines du mal, Qui vole un œuf, Frères avant tout, Education sentimentale, Frères ennemis, Conversion

Notre "justice", c'est le fait de nous comporter droitement, dans les clous, par rapport à la Loi. Qu'elle ait plus de "profusion" : le mot grec peut être pris dans un sens quantitatif (il s'agirait alors de pratiquer plus souvent), mais il peut aussi avoir un sens qualitatif, et c'est en fait surtout dans ce sens que vont être développées les demandes de Jésus, introduites par une série de "on vous a dit... , mais moi je vous dis...", dont nous voyons aujourd'hui la première. "Il a été dit" : tu ne tueras pas ! "Or moi je vous dis" : tu ne te mettras pas en colère, tu n'injurieras pas, tu ne mépriseras pas. On passe de l'interdiction de la seule manifestation la plus extrême d'antagonisme, celle qui est absolument irréversible dans ses conséquences, le meurtre, à l'interdiction de toute expression violente, même verbale. Il s'agit bien d'un accroissement d'abord qualitatif de l'exigence. Il s'agit d'apprendre à traquer en nous la ou les sources de la violence, d'apprendre à la débusquer là où elle s'enracine.

Il ne suffit effectivement pas de la contenir seulement lorsqu'elle atteint un point de non-retour. C'est déjà bien, évidemment, c'est une première étape ; il n'y a pas de vie sociale possible sans cela, sans des limites. Mais ce n'est pas ce qui intéresse Jésus, le minimum vital pour une société ; lui, ce qu'il vise, c'est le Royaume... C'est peut-être dans ce genre d'enseignements qu'on sent le mieux qu'il s'agit de tout autre chose que d'une simple sagesse ou raison. Une société peut fonctionner même s'il y a des frictions, même si elles peuvent être rudes, mais ce n'est alors qu'une société, pas une communauté. Ce que Jésus propose va beaucoup plus loin. Ce ne sont pas des règles à mettre en œuvre institutionnellement ! elles s'adressent à tous, mais cela ne sert à rien d'y contraindre qui ne voudrait pas y souscrire. C'est à chacun de voir avec soi-même si cela l'intéresse ou pas. Quand je cède à ma colère, au-delà du soulagement ponctuel que j'ai pu ressentir, est-ce que je n'ai pas aussi le sentiment d'avoir loupé quelque chose ?

C'est donc, d'une manière générale, à une démarche d'introversion que nous invitent les "mais moi je vous dis" de Jésus, à apprendre à nous connaître, à connaître nos sentiments et nos passions, et à ne pas les laisser décider à notre place. Ceci ne veut pas dire "réprimer" ; notre colère a quelque chose à nous dire, mais ce n'est pas en agissant sous sa seule direction que nous changerons quoi que ce soit à ce qui la suscite. On pourrait dire que, dans le fond, il n'y a rien d'extraordinaire à cette démarche. Effectivement, c'est ce que propose aussi toute philosophie, toute sagesse, que ce soit celle des grecs, ou celles d'orient. Oui ! et alors ? comment pourrait-il en être autrement ? Oui, toute démarche spirituelle commence par un b. a. ba, et toujours le même pour tous : éduquer son comportement moral, le purifier et le porter toujours plus haut, et on peut dire que ce travail est toujours à faire et approfondir, jusqu'à la fin de notre vie. La "morale" n'est pas qu'un gros mot, un épouvantail ; mais il est certain qu'elle ne peut pas s'imposer, seulement se proposer.

Notons quand même pour finir que nous avons ici quelque chose qui va un peu plus loin. "Si ton frère a quelque chose contre toi", va te réconcilier avec lui. Il n'est pas dit "si j'ai quelque chose contre lui", si c'est moi qui lui en veux de quelque chose, mais bien si c'est lui qui m'en veut, y compris si je n'y suis pour rien. C'est-à-dire que nous ne sommes pas seulement invités à désamorcer notre propre violence, mais aussi à nous soucier de la violence des autres, et de les aider à la désamorcer, la leur. C'est une première esquisse de l'amour des ennemis, vers lequel culmine l'ensemble des "on vous a dit..., mais moi je vous dis..." ; nous y reviendrons donc à ce moment-là, mais retenons déjà qu'on dépasse par là le seul comportement moral individuel, centré sur soi, pour accéder à du collectif, mais à un collectif qui n'est pas non plus seulement de l'institutionnel, un collectif qui se soucie de l'autre, sans intérêt ni pour le groupe ni pour soi, seulement pour lui ; bref, on passe au niveau de la communion. Nous y reviendrons...