Partage d'évangile quotidien
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Points de vue différents

Jeu. 12 Juin 2014

Matthieu 5, 20-26 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Car je vous dis : Si votre justice n'a pas plus de profusion que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas au royaume des cieux. 

« Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : “Tu ne tueras pas ! Qui tuera sera passible de jugement.” Or moi je vous dis : Tout homme en colère contre son frère sera passible de jugement. Qui dira à son frère : ‘racaille !’ sera passible du sanhédrin. Qui lui dira : ‘fou !’ sera passible de la géhenne du feu. 

« Si donc tu offres ton présent à l'autel, et si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton présent, devant l'autel, et va ! d'abord réconcilie-toi avec ton frère ! Et alors, viens, offre ton présent. 

« Mets-toi d'accord avec ton adversaire, vite, tant que tu es avec lui sur le chemin : pour que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et tu serais jeté en prison. Amen, je te dis : tu ne sortiras de là que tu n'aies rendu le dernier quart de sou. » 

 

 

La femme surprise en adultère, par He-Qi

 

 

voir aussi : Plus blanc que blanc, Le justicier démasqué, Les racines du mal, Qui vole un œuf, Frères avant tout, Education sentimentale, Frères ennemis, Conversion

Matthieu entame ici une série de "il a été dit... et moi je vous dis..." qui correspondent assez bien à ce qu'il disait hier : Jésus n'abolit rien, au contraire, il invite à des comportements infiniment plus difficiles que ce que demandent la Loi ou la tradition. C'est certainement dans cet aspect des choses que s'enracine une mauvaise interprétation de ce qui a pu sembler du laxisme de la part de Jésus. Car, lorsqu'il prétend s'affranchir du repos du sabbat, par exemple, c'est sa position qui est en réalité beaucoup plus difficile à observer. Car il ne dit pas qu'on puisse faire n'importe quoi, ce jour-là, et ses 'transgressions' ne consistent pas non plus à faire n'importe quoi. Et il est certainement plus facile de dire : "le jour du sabbat, on ne fait rien", que de dire : "le jour du sabbat, on n'a le droit de faire que du bien". Nous y reviendrons quand nous en serons aux passages sur le sabbat, mais retenons déjà que c'est là une constante des enseignements de Jésus : ce qu'il demande est en réalité toujours plus exigeant que de simplement se référer à des règles extérieures fixes.

Ceci est très clairement le cas dans ce que nous avons aujourd'hui au sujet de "tu ne tueras pas !". Il est évident que la Loi ne se limitait pas à interdire le meurtre, en sous-entendant qu'on pouvait à part ça faire n'importe quoi à n'importe qui sous n'importe quel prétexte, pourvu que la mort ne s'en ensuive pas ! La Loi comprend de nombreuses règles incitant à limiter les atteintes corporelles. Mais ce n'est pas dans ce sens que Jésus veut nous inviter à réfléchir. S'il part de "tu ne tueras pas !", ce n'est pas pour aborder tout le spectre des agressions physiques possibles et imaginables, mais pour nous faire sortir du seul domaine corporel, et remonter en nous aux racines de la violence. Nous sommes invités à passer de l'acte de violence au sentiment de violence, pour nous interroger sur son bien fondé. Et, parallèlement, nous passons aussi d'un tribunal extérieur, symbole de la justice des hommes, tel le sanhédrin, au tribunal intérieur de notre conscience, symbole de la justice de Dieu, évoqué par la géhenne citée dans le dernier exemple.

Il y a une double cohérence dans cette démarche à laquelle Jésus nous convie. Le Dieu qu'il est venu nous révéler est un Dieu qui n'est plus extérieur aux hommes mais proche d'eux, et même en eux. S'ouvrir à ce Dieu implique donc aussi de passer d'une notion de justice toute extérieure, basée sur des règles qui s'imposent publiquement à tous, à une justice intérieure, où nous nous examinons nous-mêmes à la lumière de ce Dieu en nous qui nous y éclaire. Mais parallèlement, aussi, la découverte de Dieu en nous nous amène à comprendre qu'il est forcément en tous, pas seulement en nous, et que le respect de ce même Dieu présent en tous nous force encore à sanctuariser l'autre, à ne jamais oublier qu'en voulant nous en prendre à lui, c'est à Dieu que nous nous en prenons. C'est ce second aspect qui justifie la maxime suivante à propos des offrandes à l'autel. Car ici, la démarche franchit encore une étape. Cette fois, il n'est même plus question que nous ayons du ressentiment contre notre frère, mais que ce soit lui, seul, qui en ait contre nous. Et Jésus dit : si quelqu'un a quelque chose contre vous, même si vous n'y êtes pour rien, vous ne pouvez pas vous présenter ainsi devant Dieu.

De fait, nous nous approchons donc maintenant très près de l'amour des ennemis, qui est, à mon sens, le summum de l'enseignement de Jésus, et que nous verrons bientôt. La dernière sentence nous fait retomber un peu plus bas, en invoquant la crainte de la prison pour nous inciter à faire des efforts pour nous entendre avec les autres : nous sommes très loin des vraies raisons qui peuvent nous mener à aimer jusqu'à ceux qui nous haïssent ! Le seul fondement de l'enseignement de Jésus, c'est le Dieu Père de chacun, c'est sa présence en toute personne, laquelle devient par là-même sacrée. Ce qui ne veut évidemment pas dire que ce soit facile ! Oui, je suis bien convaincu que Dieu est en tous et en chacun(e), mais quand l'un ou l'autre a un comportement agressif à mon égard, j'ai bien sûr comme tout le monde envie de lui rendre "œil pour œil et dent pour dent". Ceci restera vrai tant que la présence de Dieu en nous ne sera pour nous qu'une conviction et non une expérience. C'est bien pour cette raison que la première démarche à faire est de nous tourner vers nous-mêmes, d'apprendre à nous connaître, de 'prier', c'est-à-dire de savoir entrer dans le silence intérieur, condition indispensable pour qu'Il puisse se révéler à nous.

Une dernière précision, pour éviter un contre-sens sur lequel beaucoup trébuchent. Aimer n'est pas approuver n'importe quel comportement. Aimer n'est pas dire au meurtrier que c'est bien qu'il ait commis son meurtre, ni à celui qui m'injurie que je suis content qu'il m'injurie... Mais aimer est vouloir trouver en l'autre Dieu, qui est sa réalité plus profonde que son injure, et aimer est vouloir aider l'autre à le trouver, lui aussi, en lui.

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