Partage d'évangile quotidien
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dieu qui se cache : Envoi (5)

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La nature humaine et la nature divine sont comme la chaleur et la lumière d'un même feu. En disant cela, bien sûr, se pose la question de ce qu'est ce feu, alors, et si Dieu en fait partie, est-il encore Dieu ? Si Dieu n'est pas au moins le tout, il n'est pas Dieu, certes ! mais en quoi ce qui, en Dieu, nous est à jamais inaccessible, inconcevable, inconnaissable, nous concerne-t-il ? On peut affirmer tout et son contraire à ce sujet, personne ne pourra le confirmer ni le contredire. Si nous pouvons dire quelque chose de sensé sur Dieu, c'est uniquement à condition qu'il soit en partie en nous. Non pas confondu avec notre nature, mais présent en elle : pas séparé non plus par un gouffre infranchissable. L'image de la lumière et de la chaleur, qui vient d'un symbole de l'Église arménienne, est donc pertinente. La lumière et la chaleur ne sont pas de même nature : essayez d'aller vous réchauffer avec de la lumière pure, essayez d'y voir quelque chose avec de la chaleur pure... et pourtant, un seul et même feu, non seulement les unit, mais mieux, tient d'elles seules sa vie.

Encore : ce qui définit réellement un cercle, ce ne sont ni son centre, ni sa circonférence, mais c'est tout ce qu'il y a entre le centre et la circonférence. Un cercle défini par son centre et sa circonférence est un cercle imaginaire, un tel cercle n'existe pas. Le centre et la circonférence sont deux lieux absolument impossibles à définir avec exactitude, seul existe ce qui se tient entre ces deux lieux, ce qu'on pourrait donc appeler le mi-lieu du cercle. Il en va de même avec notre monde, celui dans lequel nous avons l'existence et vivons, qui s'étend entre son centre, Dieu, et sa circonférence, la matière brute, et qui n'ont, eux non plus, pas d'existence réelle. Il n'existe pas de matière strictement inerte, purement mécanique, même si elle peut en avoir les apparences, selon des points de vue partiels et incomplets. L'Esprit est présent en toutes choses, selon des modalités diverses et variables. Et cet Esprit pur que nous appelons Dieu n'existe pas non plus vraiment, en tout cas pas pour nous. Dieu ne nous est accessible nulle part ailleurs que dans sa création. Dieu est en chacun de nous, mais aussi, différemment, dans les espèces animales, et dans la sphère végétale, et dans les planètes et autres corps célestes, partout.

Il y a des mots savants pour désigner cette conception de Dieu. On parle de 'panthéisme', ou de 'panenthéisme'. Ce sont des mots assez récents, qui semblent indiquer que l'idée est nouvelle, une avancée moderne de la pensée. C'est vrai en un sens. Par rapport au monothéisme transcendental qui a régné hégémoniquement sur l'occident pendant des siècles, la redécouverte qu'on pouvait concevoir Dieu autrement a pu faire figure d'innovation. Pourtant, le symbole de l'Église arménienne date des premiers siècles après Jésus-Christ. Quant à celui du milieu du cercle, il est encore plus ancien, puisqu'il nous vient de la tradition druidique. Il ne faut pas confondre le panthéisme avec le polythéisme : dans le polythéisme, il y a de nombreux dieux et déesses, autant que de catégories qu'on veuille recenser dans la nature. Pour le panthéisme, il n'y a qu'un seul Dieu, c'est un monothéisme au plein sens du mot. La différence essentielle avec le monothéisme judéo-christiano-islamique, le monothéisme des fils d'Abraham, est que ce dernier est strictement transcendental : Dieu est radicalement séparé, en-dehors, du monde. Tel est du moins le monothéisme majoritaire qui a prédominé. Le panthéisme, pour sa part, se situe plutôt à l'exact opposé : Dieu n'est nulle part ailleurs que dans le monde, Dieu n'est qu'immanence. Le panenthéisme, enfin, tout en soutenant la présence de Dieu en toute chose, considère qu'il ne se réduit pourtant sans doute pas à la seule création, mais qu'il la déborde et la dépasse, sans qu'on puisse pour autant en dire guère plus.

Un point commun à toutes les traditions spirituelles : la découverte de notre nature divine. Entendons bien par là une découverte de l'ordre de l'expérience, pas un savoir théorique enseigné. Les traditions orientales parlent ici plutôt de l'Éveil. Dans le judéo-christianisme, on devrait parler de la venue de l'Esprit, pour respecter le vocabulaire théologique de cette tradition (pas seulement du christianisme, du judaïsme aussi). Mais l'expression est trompeuse, parce qu'elle est chargée d'un sens qui ne correspond pas à l'expérience. Elle est effectivement associée à ce que Luc décrit dans son récit de la Pentecôte, et aux manifestations auxquelles Paul fait allusion à plusieurs reprises dans ses lettres. Tous ces événements sont de la catégorie des miracles, des manifestations extraordinaires. Ce sont, dans le meilleur des cas, des épiphénomènes de la véritable venue de l'Esprit, et dans le pire, de pures fantaisies fantasmagoriques. Le véritable Éveil, la véritable venue de l'Esprit, ne sont pas, à de rares exceptions près, des événements extraordinaires dans ce sens là. C'est un événement extraordinaire parce qu'il va changer réellement toute notre vie, mais progressivement, et sa survenue se produit dans le cours normal de notre vie, de manière presque anodine. C'est un événement qui est comme la graine de moutarde, la plus petite des semences du potager...

On peut caractériser la différence entre démarche religieuse et démarche spirituelle par la place accordée dans l'une et l'autre à ces fameux miracles. Entendons par 'miracle' tout événement qui semble incompatible avec les lois naturelles, telles que constatées empiriquement par tout un chacun et de génération en génération, et telles qu'explorées par les sciences. Dans la démarche religieuse, ces événements sont plutôt mis en valeur, sinon recherchés. Avec toute la prudence qu'impose l'esprit rationaliste de notre siècle, qui voudrait imposer sa loi à notre humanité, les autorités religieuses, sans nécessairement encourager leurs fidèles à les espérer, ont quand même tendance à s'en réjouir, lorsqu'ils se produisent. La démarche spirituelle, pour sa part, se méfie des miracles, et les considère plus comme un mal, nécessaire (?), qu'autre chose. Les miracles existent, mais, lorsqu'ils se produisent, ils aveuglent et trompent inéluctablement le chercheur sincère de Dieu. Toutes les traditions spirituelles mettent en garde solennellement leurs disciples contre le danger pernicieux que représentent les miracles et autres manifestations extraordinaires.

Un autre terme pour parler de la découverte de notre nature divine, emprunté cette fois au seul christianisme, est celui de "seconde naissance". Sur le fond, dans la religion chrétienne, il désigne exactement la même chose que la "venue de l'Esprit", tout en étant moins connoté charismatiquement. Mais ce terme a justement tendance à tomber alors dans l'excès inverse. Il est utilisé pour parler du simple baptême ordinaire, tel qu'administré à des millions d'exemplaires, et dont il est évident qu'il ne suffit pas à lui seul à donner à la personne qui le reçoit une réelle conscience, expérientielle, de sa filiation divine. Mais, si on se reporte à sa source scripturaire, le dialogue avec Nicodème dans l'évangile de Jean, tout y est dit très clairement. La découverte de notre véritable nature est comme une seconde naissance. Il n'y a pas lieu d'opposer notre première nature, celle qui n'est pas consciente de notre divinité, à l'autre. Il ne s'agit d'ailleurs pas vraiment de deux natures, mais de deux états de la seule et même nature, lesquels deux états ne pourraient pas exister l'un sans l'autre. Nous ne pourrions pas prendre conscience de notre divinité si nous n'en avions pas d'abord été inconscients. Et nous demeurerons éternellement dans ce double état : jamais nous ne deviendrons totalement et en permanence conscients de notre divinité. Le chemin sur lequel nous marchons s'étend jusqu'à l'infini.