Partage d'évangile quotidien
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Parole pour aujourd'hui

Lun. 29 Août 2011

Luc 4, 16-30 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l'habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : 

L'Esprit du Seigneur est sur moiparce que le Seigneur m'a consacré par l'onction.Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres,et aux aveugles qu'ils verront la lumière,apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaitsaccordée par le Seigneur. 

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit. » 

Tous lui rendaient témoignage ; et ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. Ils se demandaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays !' » 

Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays. En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie n'a été envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien à une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. » 

A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin. 

 

 

Élie et le corbeau, par He-Qi

 

 

voir aussi : Manifeste

Il ne suffit pas de dire "c'est aujourd'hui ..." pour que ce soit vrai. Encore fallait-il qu'il y ait déjà eu des preuves de ce qu'il disait. Cette réputation qui était censée l'avoir précédé avant qu'il retourne à Nazareth était là pour appuyer le propos. Sauf que.

Sauf que, dans la manière dont Luc agence les matériaux de la tradition, Jésus n'a encore accompli aucun signe public avant notre scène d'aujourd'hui. L'allusion à "ce qui s'est passé à Capharnaüm" se rapporte sans doute à ce qui va suivre immédiatement, et qu'on appelle, dans le parallèle de Marc, la journée inaugurale. Jésus commence par y exorciser un possédé, dans la synagogue, puis il guérit la belle-mère de Pierre, enfin il passe toute la nuit à guérir et exorciser la population du bourg. On a le sentiment d'une opération de nettoyage à fond, d'assainissement complet d'un territoire : un bastion emporté sur l'ennemi.

Pourquoi donc Luc a-t-il inversé la chronologie, au risque de faire tomber à plat l'épisode Nazareth ? Si Capharnaüm n'a pas eu lieu, l'aujourd'hui de la prophétie d'Isaïe reste dans le domaine de la théorie, et les compatriotes de Jésus n'ont plus de raison de lui en vouloir de ne pas faire autant pour son village natal que pour le bourg du lac.

La raison la plus vraisemblable, à mon sens, est que Luc veut souligner, dès avant l'inauguration de la mission de Jésus, sa portée universelle. C'est l'idée force qui ressort des deux exemples de la veuve de Sidon et du lépreux syrien. Et on sait que Luc, à travers le second volume de son œuvre, les Actes des apôtres, va s'attacher à décrire justement l'extension du christianisme aux nations païennes. C'est sans doute cette visée ultérieure, celle de la prédication post-pascale, qu'il prépare déjà ici, dès le début de la première période, celle du vivant de Jésus.

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