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L'ancien et le nouveau

Ven. 6 Septembre 2013

Luc 5, 33-39 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Ils lui disent : « Les disciples de Jean jeûnent fréquemment et font des implorations ; de même aussi ceux des pharisiens. Et les tiens mangent et boivent ? »  Jésus leur dit : « Les compagnons d'épousailles, pendant que l'époux est avec eux, pouvez-vous les faire jeûner ? Mais viendront des jours où l'époux leur sera enlevé. Alors ils jeûneront, en ces jours-là. » 

Il leur disait aussi une parabole : « Nul ne déchire un ajout à un vêtement neuf pour l'ajouter à un vêtement vieux ; sinon, bien sûr, et le neuf est déchiré, et avec le vieux ne s'harmonisera pas l'ajout tiré du neuf Nul ne met vin nouveau en outres vieilles. Sinon, bien sûr, le vin, le nouveau, crèvera les outres, et lui sera répandu, et les outres seront perdues. Mais qu'on mette vin nouveau en outres neuves ! 

« Nul, buvant du vieux, ne veut du nouveau. Car il dit : ""Le vieux est excellent"". » 

 

 

L'arche de Noé, par He-Qi

 

 

voir aussi : Jeunes tout fous et vieux réacs, Jeûne nouveau, Les anciens et des modernes

Ce passage est commun aux trois synoptiques, à l'exception de la dernière sentence, qui est propre à Luc seul. Il y a deux manières de comprendre cette dernière sentence. On peut la voir comme contredisant ce qui la précède. L'image du vin tend à nous aiguiller dans ce sens. Les vins vieillis sont effectivement, en général, plus prisés que les vins jeunes. Cependant, c'est parce que nous vivons dans des pays tempérés, où il est possible d'avoir des caves qui maintiennent le vin à une température suffisamment basse pour qu'il se bonifie en vieillissant. Ceci n'est pas le cas en Israël, pas avant l'apparition de nos technologies modernes et des caves artificielles... Ce n'est donc pas ce que dit la sentence. En y regardant de plus près, nous pouvons remarquer qu'elle ne parle pas de la qualité comparée des vins vieux et nouveau, mais de ce qu'en pensent certaines personnes. On nous parle, en fait, de gens qui n'ont jamais bu que du vieux, et on nous dit que ceux-là, parce qu'ils ne connaissent que le vieux, le trouvent excellent. Ils sont contents comme ça ! Cette sentence est plutôt un reproche contre un manque de curiosité, une volonté un peu autiste d'en rester au Dieu et au 'catéchisme' de notre enfance, c'est la peur du changement.

Ce changement, apporté par Jésus, est-il si important que ça ? Si on doit s'en tenir aux images des vêtements et du vin dans les outres, on aura tendance à considérer qu'effectivement c'est une révolution. À vin nouveau, outres neuves : pour la nouveauté de l'enseignement de Jésus, les usages de la religion ancienne ne sauraient convenir, il va les faire éclater. C'est ce qui s'est effectivement passé. Le christianisme peut se réclamer à bon droit d'un certain héritage du judaïsme – principalement de ses Écritures – il n'en reste pas moins qu'il a développé une pratique rituelle, liturgique, qui lui est bien propre, tout comme de grands pans de son interprétation des textes de la première Alliance. L'idée est la même pour le morceau de tissu neuf qu'on voudrait utiliser pour rapiécer le vieux vêtement. Ces deux images font donc le constat de cette évolution ultérieure du christianisme, de la rupture opérée à partir de l'héritage. Mais si on regarde la première question et sa réponse, on a déjà un autre son de cloche. La nouveauté, ici, ne serait pertinente que pour le temps de la vie publique de Jésus, après quoi tout serait censé revenir en ordre ? Les disciples de Jésus ne pratiquent pas de jeûnes réguliers hebdomadaires, mais ils s'y remettront. Et pourquoi pas continuer : ils ne respectent pas le sabbat, mais ils y reviendront. Ils ne se soucient pas des règles de pureté, mais ils y viendront, etc... Et ceci est effectivement ce qui s'est aussi passé, du moins dans le judaïsme chrétien majoritaire des premiers temps. Alors qui a raison, qui a tort ? Les juifs chrétiens du premier siècle qui défendaient l'intégralité de l'héritage, ou le christianisme paganisé des communautés issues de Paul qui a assumé la rupture ?

Que pouvait en penser Jésus lui-même ? Nous pouvons déjà être certains que ce n'est pas lui qui a prédit que "viendrait un temps où l'époux leur serait enlevé", en tout cas pas dans ces débuts de la période galiléenne, où sa fin n'est pas à l'ordre du jour. Et puis, d'une manière générale, Jésus ne se souciait pas de construire une organisation, de définir une structure, d'établir des règles ! Il ne pratiquait pas de jeûne régulier, il ne se soumettait pas aux innombrables minuties régissant le sabbat, ne parlons pas des sacrifices au Temple : tout ceci, pour lui, était secondaire. Non pas qu'il les condamnait dans l'absolu, non pas qu'il recommandait de jeter aux orties toute pratique liturgique, tout exercice de piété, mais que là n'était pas l'essentiel selon lui. En ce sens, je dirais personnellement que, tant les juifs chrétiens que les chrétiens paganisés, tous avaient raison de se réclamer de lui, et tous l'ont trahi ! Parce que là n'est pas le fond, là n'est pas le sens de ce qu'il vivait et voulait nous faire vivre. On en revient toujours à la même question, mais comment en serait-il autrement : Jésus vivait une relation personnelle avec celui qu'il appelait son Père et ne souhaitait qu'une chose, que nous la vivions nous aussi. Si le judaïsme chrétien peut nous y mener, faisons-nous juifs chrétiens. Si c'est le christianisme paganisé de la plupart de nos Églises actuelles, restons-y. Peu importent les chemins, pourvu qu'ils mènent, non à Rome ou à Jérusalem, mais bien au Père.

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A
Dans les textes du christianisme naissant, je crois qu'on trouve les deux tendances extrêmes : de celle qui voudrait assumer l'intégralité de l'héritage juif (mais que signifie exactement cet héritage étant donné l'extrême diversité du judaïsme de l'époque telle qu'on la découvre maintenant) à celle qui va jusqu'à qualifier YHWH de démon et toute l'histoire de la première alliance de duperie perpétuelle. On trouve aussi bien sûr tout un éventail de positions intermédiaires.<br /> Je crois que les gnostiques ont tort de qualifier YHWH de faux dieu (pour les moins virulents). Je crois que Jésus ne considérait pas que le Père était un Dieu différent de YHWH. Le Père de Jésus était le YHWH qu'il avait reçu, mais quand même sous un aspect qui n'avait pas encore été franchement découvert par le judaïsme dans son ensemble.<br /> On ne trouve guère que le psaume 131 :<br /> YHWH,<br /> mon cœur n'est pas ambitieux<br /> ni mes yeux arrogants<br /> et je ne cherche pas monts et merveilles.<br /> Non, mon âme demeure égale et silencieuse,<br /> tout contre sa mère,<br /> tout contre,<br /> mon âme.<br /> Aies foi en YHWH, Israël,<br /> maintenant et toujours.<br /> et quelques autres passage très épars pour témoigner d'un Dieu très proche de chacun, avec lequel on puisse avoir une relation personnelle et intime. Encore ces quelques témoignages sont-ils mis dans la bouche de prophètes, c'est-à-dire qu'ils témoignent que ce genre de relation à Dieu est possible, mais seulement pour quelques élus. Jésus par contre dit que son Père est aussi notre Père, ce qui signifie bien que cette relation est pour tout un chacun. Est-ce une rupture ou une évolution ?
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O
Par ce texte ,on assiste à une tentative de non-judaïsation du christianisme des premiers siècles . Jésus était juif, les apôtres aussi et le christianisme à ses débuts , était une sorte du variante du judaïsme , un mouvement en plus .<br /> <br /> Cette tentative me fait penser à Marcion artisan de la rupture entre christianisme et judaïsme : le Dieu de Jésus ne serait plus celui de l'ancien testament .<br /> Paul ,Luc , Marcion développent cette rupture que je ne peux m’empêcher de trouver regrettable : le christianisme ,une religion nouvelle ...coupée de ses racines juives .<br /> Concernant Marcion ,voir :<br /> <br /> http://www.universalis.fr/encyclopedie/marcion/
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