... et deux et trois et caetera
Jésus était entré à Capharnaüm ; un centurion de l'armée romaine vint à lui et le supplia : « Seigneur, mon serviteur est au lit, chez moi, paralysé, et il souffre terriblement. »
Jésus lui dit : « Je vais aller le guérir. » Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Ainsi, moi qui suis soumis à une autorité, j'ai des soldats sous mes ordres ; je dis à l'un : 'Va', et il va, à un autre : 'Viens', et il vient, et à mon esclave : 'Fais ceci', et il le fait. »
A ces mots, Jésus fut dans l'admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n'ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et prendront place avec Abraham, lsaac et Jacob au festin du Royaume des cieux, et les héritiers du Royaume seront jetés dehors dans les ténèbres ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et le serviteur fut guéri à cette heure même.
Comme Jésus entrait chez Pierre, il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre. Il lui prit la main, et la fièvre la quitta. Elle se leva, et elle le servait. Le soir venu, on lui amena beaucoup de possédés ; il chassa les esprits par sa parole et il guérit tous les malades. Ainsi devait s'accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe : Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies.
voir aussi : Extension du domaine de la lutte
L'auditoire de Matthieu, la communauté au sein de laquelle et pour laquelle il a composé son évangile, est juif d'origine. Il est donc remarquable que le deuxième récit de guérison qu'il rapporte concerne un païen, un gentil, un goy. On peut même remarquer que, dans sa version de l'épisode, Luc fait intervenir les notables de Capharnaüm comme intermédiaires entre le centurion et Jésus. Et ces notables le justifient devant Jésus en expliquant qu'il est un sympathisant qui a, de plus, financé la construction de la synagogue.
Matthieu gomme, ou ignore, ces circonstances qui font du centurion un quasi juif par conversion. Le "je ne suis pas digne" qu'il profère, montre seulement qu'il sait que les juifs observent des règles de pureté vis-à-vis des non-juifs, et notamment qu'ils répugnent à entrer dans une de leurs maisons. La remarque du centurion ne signifie pas nécessairement qu'il adhère à cette vision des juifs. C'est juste qu'il suppose que cela sera un obstacle à la guérison, et il en propose une solution : Jésus devrait bien être capable de guérir sans entrer en contact direct avec le malade !
Nous avions hier, avec le lépreux, un signe fort contre toute exclusion sociale. Nous avons aujourd'hui un signe fort contre tout rejet sur la base d'origines religieuses, nationales, ou raciales. Il faut cependant noter, sur ce dernier point, que tous les évangélistes s'accordent pour décrire un Jésus qui n'envisageait pas que le cadre de sa mission puisse s'étendre au-delà du peuple juif. L'initiative vient toujours d'un étranger : ce centurion, ou la syro-phénicienne qui réclamait d'avoir au moins autant que les petits chiens sous la table.
Jésus a, de fait, eu suffisamment à faire, déjà, pour se faire entendre, en tant que Galiléen, par les Judéens ! Toutes ses forces ont été mobilisées dans ce premier combat, dont on peut dire, d'un certain point de vue, qu'il fut un échec, et sa mort a été la conséquence de son incapacité à convaincre les autorités religieuses de Jérusalem. Mais rien ne permet non plus de rejeter l'historicité de ces épisodes d'ouverture. Si vraiment Jésus avait été un nationaliste raciste borné, ses disciples seraient restés sur les mêmes bases.


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