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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Avant-Propos

Avant-Propos
 

Les anciens manuscrits hébreux et grecs ne comportaient pas la dualité, à laquelle nous sommes habitués depuis l'invention de l'imprimerie, entre les lettres majuscules et les lettres minuscules. Certains manuscrits étaient écrits en lettres minuscules, d'autres en lettres majuscules. Mais dans les manuscrits écrits en minuscules, les noms propres ne sont pas inaugurés par une majuscule. Ils ne comportaient pas non plus de signes de ponctuation. Nous avons fait comme eux. Nous avons supprimé les majuscules et les signes de ponctuation. Nous laissons aux mots le soin d'exprimer et de manifester toute leur puissance, sans leur adjoindre cet élément d'emphase inutile qui est la première lettre majuscule.

La disposition typographique que nous avons adoptée est celle des plus anciens manuscrits en langue latine de la vieille traduction des livres du Nouveau Testament, celle qui a précédé la révision de saint Jérôme. Et cette disposition, cette présentation des phrases dans ces anciens manuscrits latins, reproduit évidemment la disposition qui était celle des manuscrits en langue grecque, que les inconnus qui ont traduit le Nouveau Testament, du grec en latin, avaient sous les yeux. C'est la disposition rationnelle : proposition par proposition. Elle dispense d'utiliser les signes de ponctuation que les anciens manuscrits ne connaissaient pas.

Les inconnus qui ont traduit la sainte Bibliothèque hébraïque de l'hébreu en grec, aux ive, iiie et iie siècles avant notre ère, ont voulu suivre pas à pas, mot à mot le texte hébreu inspiré et saint. Cette traduction était destinée aux frères et aux sœurs des synagogues de la Diaspora, dispersées ou parsemées sur tout le pourtour de la mer Méditerranée, et qui ne connaissaient plus suffisamment la langue hébraïque pour lire les livres saints directement et sans l'aide de cette traduction, que nous appelons la traduction des Septante, à cause d'une histoire, à cause d'une légende racontée par la Lettre d'Aristée à Philocrate, au iie siècle avant notre ère.

Les inconnus qui ont traduit de l'hébreu en grec les documents qui ont donné nos Évangiles de Matthieu, de Jean, de Luc et de Marc, ont procédé de même. Ils ont voulu suivre pas à pas, mot à mot, le document hébreu qu'ils avaient sous les yeux. Et leurs traductions ont été destinées, tout d'abord et en premier lieu, aux frères et aux sœurs des synagogues du pourtour de la Méditerranée qui avaient reçu le message qui venait de Jérusalem, la besorah, l'heureuse nouvelle. Ils ont utilisé le même lexique, le même système de correspondance entre l'hébreu et le grec, que les inconnus qui avaient traduit la Bibliothèque hébraïque de l'hébreu en grec. Et lorsque Schaoul-Paul dicte ses lettres — directement en grec ? en hébreu ? — il se sert lui aussi de ce lexique hébreu-grec traditionnel.
Nous avons fait comme les inconnus qui ont traduit les documents hébreux qui ont donné nos Évangiles de Matthieu, de Jean, de Luc et de Marc. Nous avons suivi notre texte mot à mot, pas à pas, en sorte que nous retrouvons l'ordre et le rythme de la phrase hébraïque, qui se trouve sous notre document grec, qui est lui-même une traduction de l'hébreu.

Dans la sainte Bibliothèque hébraïque tout entière, les propositions se succèdent reliées entre elles le plus souvent par la particule we qui signifie et, mais qui selon les cas et les occasions peut comporter une fonction logique.
Les inconnus qui ont traduit la sainte Bibliothèque des Hébreux, de l'hébreu en grec, ont préféré, dans des milliers et des milliers de cas, remplacer la première proposition d'une phrase hébraïque qui commence par un verbe à l'indicatif, par une proposition grecque qui commence par un participe.

EXEMPLES :

Genèse 8,9 : Et elle ne trouva pas, la colombe, du repos pour la plante de son pied, et elle retourna vers lui dans l'arche...
Les traducteurs en langue grecque ont rendu : Et n'ayant pas trouvé, la colombe, du repos pour ses pieds, elle retourna vers lui dans l'arche.

Genèse 16,5 : Et elle vit qu'elle était enceinte, et je deviens légère à ses yeux [je deviens moins que rien à ses yeux]...
Traduction grecque : Ayant vu qu'elle tenait dans le ventre, je fus méprisée à ses yeux...

Genèse 18, 2 : Et il leva les yeux et il vit, et voici trois hommes...
Traduction grecque : Ayant levé les yeux, il vit et voici trois hommes...

Genèse 18, 16 : Et ils se levèrent de là, les hommes, et ils regardèrent la face tournée vers Sodome...
Traduction grecque : S'étant levés de là, les hommes regardèrent vers la face de Sodome...

Genèse 18, 27 : Et il répondit, Abraham, et il dit...
Traduction grecque : Et répondant, Abraham dit...

Genèse 19, 10 : Et ils envoyèrent [ils étendirent] les hommes, leurs mains, et ils firent venir Loth vers eux dans la maison...
Traduction grecque : Ayant étendu, les hommes, leurs mains, ils firent venir Loth vers eux dans la maison...

Genèse 22, 4 : Au troisième jour, il leva, Abraham, ses yeux, et il vit le lieu, de loin...
Grec : Le troisième jour, ayant levé les yeux, Abraham, il vit le lieu, de loin...

Genèse 22, 13 : Et il leva, Abraham, ses yeux, et il vit, et voici un bélier...
Grec : Et ayant levé les yeux, Abraham, il vit et voici un bélier...

Genèse 23, 7 : Et il se leva, Abraham, et il se prosterna devant le peuple du pays...
Grec : S'étant levé, Abraham, il se prosterna devant le peuple du pays...

Genèse 24, 16 : Et elle est descendue à la source et elle a rempli sa cruche et elle est remontée...
Grec : Étant descendue à la source, elle a rempli sa cruche, et elle est remontée...

Genèse 24, 28 : Et elle a couru, la jeune fille, et elle a raconté (tout cela) à la maison de sa mère...
Grec : Et ayant couru, la jeune fille, elle a annoncé (tout cela) dans la maison de sa mère...

Genèse 24, 63 : Et il a levé les yeux et il a regardé et voici des chameaux qui arrivent...
Grec : Et ayant levé les yeux, il a vu des chameaux qui arrivent...

Genèse 28, 1 : Et il a appelé, Isaac, Jacob, et il l'a béni...
Grec : Ayant appelé, Isaac, Jacob, il l'a béni...

Genèse 29, 1 : Et il a levé, Jacob, ses pieds et il s'en est allé au pays des fils de l'Orient...
Grec : Et ayant levé, Jacob, les pieds, il s'en est allé au pays de l'Orient...

Genèse 31,17: Et il s'est levé, Jacob, et il a soulevé ses fils et ses femmes sur les chameaux...
Grec : S'étant levé, Jacob, il a élevé ses femmes et ses fils sur les chameaux...

Genèse 32, 23 : Et il s'est levé dans cette nuit-là, et il a pris ses deux femmes...
Grec : S'étant levé, cette nuit-là, il a pris ses deux femmes...

Genèse 37, 31 : Et ils ont pris la tunique de Joseph, et ils ont sacrifié un bouc, et ils ont trempé la tunique dans le sang...
Grec : Ayant pris la tunique de Joseph, ils ont sacrifié un bouc, et ils ont trempé la tunique dans le sang...

Et ainsi de suite, des milliers et des milliers de fois, dans toute la sainte Bibliothèque hébraïque. Les traducteurs inconnus de la sainte Bibliothèque hébraïque ont préféré remplacer la première proposition, gouvernée par un verbe à l'indicatif, par une proposition grecque gouvernée par un participe.

Les inconnus qui ont traduit de l'hébreu en grec les documents qui ont donné nos Évangiles de Matthieu, de Jean, de Luc et de Marc, ont fait de même. Ils ont constamment remplacé la première d'une série de propositions qui se suivaient en hébreu simplement reliées par we : et — et qui étaient gouvernées par des verbes à l'indicatif — par une proposition gouvernée par un participe.

EXEMPLES :

Matthieu 3,15 : Répondant, Ièsous lui dit...
Ce qui correspond à l'hébreu : Et il lui répondit, Ieschoua, et il lui dit

Matthieu 8,1 : Lui, descendant de la montagne, l'accompagnaient des foules nombreuses...
Hébreu : Et il descendait de la montagne, et l'accompagnaient des foules nombreuses...

Matthieu 8,1 : Et voici qu'un lépreux s'avançant se prosterna devant lui...
Hébreu : Et voici qu'un lépreux s'avança, et il se prosterna devant sa face...

Luc 1, 39 : S'étant levée, Mariam dans ces jours-là, elle alla...
Hébreu : Et elle se leva Mariam, dans ces jours-là, et elle alla...

Et ainsi de suite, constamment, dans le tissu du texte grec des quatre Évangiles.
Le même système de traduction est adopté par le traducteur en langue grecque de l'Évangile de Jean.
Nous avons donc à notre tour et systématiquement restauré la construction hébraïque qui se trouve sous le texte grec, et remis des propositions commandées par des verbes à l'indicatif là où le texte grec nous offre une construction dans laquelle la première proposition est régie par un participe. Cela allège d'ailleurs sérieusement la traduction.

Nous avons laissé en hébreu, dans notre texte français, les mots hébreux qui n'ont pas été traduits par les traducteurs en langue grecque des documents hébreux qui ont donné nos Évangiles de Matthieu, de Jean, de Luc et de Marc, mais qui ont simplement été transcrits, en caractères grecs. Et nous avons restauré le mot hébreu exact, là où cette transcription en caractères grecs s'éloignait de l'original hébreu.
Nous avons expliqué en note le sens de ces termes que le traducteur en langue grecque du document hébreu n'a pas lui-même traduit. Nous demanderons ainsi à notre lecteur d'apprendre quelques rares mots hébreux : meschiah, Torah, pesah, perouschim, schabbat, etc.
Nous avons restauré les noms propres hébreux qui avaient été plus ou moins déformés par la transcription en caractères grecs.
Nous avons mis entre crochets [ ] les mots français qui ne se trouvent pas dans le texte grec de notre Évangile, mais qui sont indispensables pour que la phrase française tienne debout et soit intelligible.
Il ne faut jamais oublier lorsqu'on lit l'Évangile de Jean, que nous avons affaire à des notes prises sur le vif en hébreu, puis traduites en langue grecque. Ces notes sont bien entendu incomplètes par rapport à la réalité dont elles prennent des extraits, par rapport aux propos tenus, par rapport aux enseignements donnés, et cela est encore plus sensible dans les controverses et les discussions. Celui qui a noté les propos tenus par les uns et par les autres a relevé quelques-uns de ces propos. Nous avons donc affaire à un extrait. Il nous faut donc souvent nous efforcer de reconstituer la logique de la discussion, la logique des arguments qui sont mis en avant, à partir de ces quelques notations qui nous ont été conservées. Et de plus, lorsque deux propos du Seigneur se trouvent l'un à la suite de l'autre dans notre texte, il ne faut pas s'imaginer pour autant que ces deux propos ont forcément été tenus ou prononcés immédiatement l'un après l'autre. Ce sont des notes ou notations qui se suivent. Entre les deux, il a pu se passer divers événements.
Nous utiliserons largement les blancs, afin d'avertir le lecteur que les propos sont disjoints.

Il est vraisemblable que la traduction de l'hébreu en grec qui a abouti à notre Évangile de Jean s'est faite selon la méthode qui avait déjà été celle de ces anciens traducteurs de la Bible hébraïque que par convention, et par respect pour la vieille légende, on appelle les Septante. Divers indices permettent de supposer qu'un lecteur lisait tout haut le texte hébreu de la Torah, des prophètes ou de tout autre livre de la sainte Bibliothèque des Hébreux. Il lisait sans doute, proposition par proposition. Un compagnon, qui était bilingue, traduisait le texte de l'hébreu en grec. Nous ne savons pas pour l'instant, et peut-être ne saurons-nous jamais, si le traducteur était aussi le scribe, mais cela est sans doute de peu d'importance. Ce que le traducteur en langue grecque entendait de la bouche de son compagnon, qui lisait tout haut le texte hébreu, il le traduisait en grec. Il est vraisemblable que les évangiles ont été traduits de la même manière, c'est-à-dire que deux personnes au moins, et peut-être trois s'il faut compter un scribe capable de former les caractères grecs, entrent en jeu dans une telle traduction. Quelques indices laissent supposer qu'il en a été de même pour la traduction en langue grecque, à partir d'un original hébreu et non pas araméen, des œuvres de Flavius Josèphe.

Dans le texte grec de notre Évangile de Jean, nous distinguons donc au moins deux mains.
1. Celui qui a noté en hébreu et rédigé les propos et les actes du Seigneur. Il est le disciple qui ne veut pas dire son nom et qui se désigne lui-même par les périphrases : « l'autre disciple », « le disciple que Jésus aimait ».
2. Le traducteur en langue grecque du document hébreu, qui a ajouté son point de vue et sa marque, comme nous le verrons en traduisant à notre tour ce texte grec en langue française.
Il n'est même pas certain que le traducteur du document hébreu en langue grecque ait tout traduit, ait communiqué dans sa traduction la totalité du document hébreu qu'il avait sous les yeux, ou bien que Jean lui-même lui dictait. Il est très possible qu'il ait laissé de côté certains passages, certains faits, certains actes, qui étaient notés dans le document hébreu, et qui ne se retrouvent plus dans la traduction grecque, car cette traduction grecque pouvait tomber entre les mains des païens, et même des autorités romaines.

Il est évident qu'une traduction qui va de l'hébreu au grec, puis du grec au français, ou tout simplement de l'hébreu au français, ne peut être qu'une approximation. Il n'est pas possible d'espérer trouver un mot français qui corresponde exactement au mot hébreu sous-jacent. Même pour des termes aussi simples que le pain, le vin et l'eau, les termes français ne sont pas égaux aux termes hébreux, tout simplement parce que le pain d'aujourd'hui, dans notre expérience d'hommes des villes de cette fin du xxe siècle, n'est pas le pain que mangeaient les Hébreux au temps d'Abraham. Le mot est le même, la chose n'est plus la même.

Il est évident encore que dans le passage de l'hébreu au grec, du grec au latin, du latin au français ou aux diverses langues modernes, à partir principalement du xvie siècle, l'information diminue et l'entropie du système augmente. Des contresens, des non-sens, des faux sens s'accumulent, et le texte qui résulte de ces diverses traductions est de plus en plus chargé d'erreurs. L'effort pour retourner à l'hébreu est tout simplement l'effort pour retourner à la source, ou origine de l'information, et remonter autant que faire se peut l'inévitable pente de l'entropie. La traduction d'un texte hébreu en langue grecque ne peut être qu'une approximation plus ou moins réussie, plus ou moins heureuse. La traduction de ces textes grecs, qui sont eux-mêmes déjà des traductions, est une seconde approximation, elle aussi plus ou moins réussie. En s'efforçant de retrouver le texte hébreu initial, on s'efforce de diminuer la part inévitable d'approximation.

Une traduction qui va de l'hébreu au français, directement ou en passant — ce qui est le cas ici pour notre Évangile de Jean — par l'intermédiaire d'un texte grec qui est déjà lui-même une traduction, est une approximation ou une série d'approximations qui peut se comparer, pour chaque terme, pour chaque expression, à une zone de probabilités que l'on s'efforce de resserrer le plus possible autour du mot hébreu qu'il s'agit de rendre en français. Pour établir cette zone de probabilités, pour dessiner cette nuée de sens possibles qui entourent le mot hébreu, un peu comme une nuée d'électrons entoure le noyau de l'atome, on peut user de cette méthode qu'a souvent pratiquée saint Paul, ou plus précisément son traducteur : lorsqu'un mot grec ne suffit pas à rendre exactement et complètement un mot hébreu, on en prend deux. Puisque pistis ne suffit pas à rendre l'hébreu émounah, on met pistis et alètheia : la certitude de la vérité.
Nous ferons usage nous aussi de cette méthode lorsque le besoin s'en fera impérativement sentir.

Lorsque le texte grec de notre Évangile est incorrect du point de vue de la grammaire grecque, nous n'avons pas cru devoir le dissimuler dans notre traduction française. On verra que ces incorrections proviennent de ce que le traducteur a suivi de très près, de trop près si l'on veut, son texte hébreu.

Lorsqu'on lit pour la première fois l'Évangile de Jean, dans une traduction française ou autre, on est souvent sensible à la beauté du texte, qui se présente un peu comme une somptueuse draperie, parfois un peu floue, dans les traductions... Mais lorsqu'on regarde le texte de près, à la loupe et puis au microscope, — le texte grec bien entendu — alors on est de plus en plus effrayé par la difficulté de ce texte, par l'obscurité d'un grand nombre de propositions, par la complexité inextricable du tissage. Cette extraordinaire complexité et difficulté tient à ce que nous sommes en présence d'un texte grec qui est déjà lui-même une traduction d'un texte hébreu antérieur. Pour comprendre exactement chaque proposition de notre texte grec, il faudrait reconstituer le texte hébreu dont notre traducteur est parti. Cela n'est possible bien évidemment, dans l'état actuel des choses, que par conjecture, en étudiant la manière dont les inconnus, qui avaient traduit la sainte Bibliothèque hébraïque de l'hébreu en grec, avaient procédé.

Nous avons découpé les propositions dans la mise en page de notre traduction, en sorte qu'un lecteur qui lit à haute voix puisse reprendre son souffle, après chaque proposition, et que celui qui entend ait le temps de penser à ce qu'il entend et d'assimiler la nourriture intelligible qui lui est communiquée. Il est très possible, il est même vraisemblable que, lorsque le texte hébreu a été dicté, il a été dicté proposition par proposition, au compagnon qui était chargé de le traduire en langue grecque. Il est vraisemblable que la traduction se faisait ainsi proposition par proposition. On remarquera que les propositions sont toutes très brèves, et qu'on ne trouve jamais de longue période, comme c'est le cas chez les prosateurs latins ou chez les écrivains classiques de langue française.

La Bible hébraïque est écrite dans une langue populaire, une langue simple, une langue de paysans, de bergers, d'artisans, d'ouvriers. Il convient donc que la traduction en langue française de la Bible hébraïque soit lisible, elle aussi, par et pour des hommes de la terre et des champs. La même remarque est valable pour une traduction en langue française des livres de la nouvelle alliance. Elle doit être intelligible pour un enfant. Elle ne doit pas être écrite dans une langue faite de mots qui sont des décalques de mots grecs et de mots latins, puisque d'ailleurs les langues grecque et latine sont de moins en moins enseignées dans les écoles de France.

Le quatrième Évangile est constitué de tableaux, ou de scènes, qui se suivent sans nécessairement se rattacher les unes aux autres. Une grande partie de ces tableaux ou de ces scènes se situe à Jérusalem, plus précisément dans la grande enceinte sacrée que nos textes grecs appellent le hieron, la grande enceinte sacrée, l'ensemble des constructions, avec ses grands espaces, ses portiques, ses salles, dans lequel était construit le Temple proprement dit, en grec le naos, en hébreu le heikal. Quelqu'un était là, qui a observé, écouté, et noté. C'est le disciple préféré, le disciple par excellence, qui ne donne pas son nom. Il avait ses raisons.

Titre : de la bouche de... Peut-être l'hébreu al pi, sur la bouche de... Genèse 45, 21 ; Exode 17, 1 ; 38, 21 ; Nombres 3, 16 ; 3, 39 ; 3, 51 ; etc. Il est très possible que Jean ait dicté le texte hébreu de son Évangile, comme Jérémie a dicté ses oracles, Jérémie 36, 1 : Et il advint, dans l'année quatrième de Joachim, fils de Josias, roi de Juda, elle fut, cette parole, adressée à Jérémie de la part de YHWH, pour dire : Prends pour toi un rouleau de livre, hébreu megilat sepher, et tu écriras sur lui toutes les paroles que je t'ai dites, au sujet d'Israël et au sujet de Juda et au sujet de toutes les nations, depuis le jour où je t'ai parlé, depuis les jours de Josias, et jusqu'aujourd'hui... Alors il appela, Jérémie, Baruk fils de Neriia, et il écrivit, Baruk, de la bouche de Jérémie, hébreu mi-pi iremeiahou, toutes les paroles de YHWH, qu'il lui avait dites, sur un rouleau de livre...

Nous sommes dans un milieu ethnique de savants, de lettrés, d'hommes qui savent lire et écrire, depuis des siècles, d'hommes du Livre. Nous ne sommes pas dans un milieu ethnique de type oral. L'information est conservée dans des rouleaux, ce qui n'empêche personne d'apprendre par cœur ce qui est écrit dans les rouleaux de la Torah, des prophètes, des psaumes, etc. On remarque que Jérémie n'écrit pas lui-même. Il dicte. On peut se demander comment Paul écrivait ses lettres, et si ce n'était pas selon le même procédé, la dictée. Nombre d'indices permettent de supposer que la Bibliothèque hébraïque a été traduite selon le système suivant : 1. Un lecteur hébreu lit le texte sacré. 2. Un compagnon bilingue traduit oralement le texte hébreu en langue grecque. 3. Un scribe qui sait écrire le grec, écrit la traduction sous la dictée. Certaines erreurs dans la traduction grecque de la Bible hébraïque, que nous appelons par convention les Septante, ne s'expliquent que par ce procédé. Il est très vraisemblable que Flavius Josèphe a fait traduire son œuvre de la même manière, à partir de l'original hébreu, et non pas araméen. C'est ainsi que s'explique, par exemple, la faute célèbre de traduction de la Guerre des Judéens, V, 272 : Les Romains de la dixième légion envoyaient sur les défenseurs de Jérusalem des pierres d'environ 40 kilos avec des machines. Ces pierres étaient blanches. On les voyait venir de loin et on les entendait aussi siffler. Des guetteurs qui étaient postés sur les tours, avertissaient les patriotes qui défendaient Jérusalem chaque fois qu'une des machines romaines envoyait une de ces énormes pierres. Les guetteurs criaient dans leur langue paternelle, la langue de leurs pères, tè patriô glôssè, nous dit la traduction en langue grecque de l'ouvrage de Flavius Josèphe : ho huios erchetai, traduction littérale en langue française : le fils arrive ! Cette expression qu'on lit dans le texte grec de Flavius Josèphe a donné du souci aux interprètes et éditeurs du texte. L'explication de l'énigme est simple et a été aperçue depuis longtemps : en hébreu, le fils se dit : ha-ben. La pierre se dit ha-eben. Le lecteur du texte hébreu de Flavius Josèphe a lu ha-eben, la pierre. Celui qui effectuait la transformation du texte hébreu en grec a entendu ha-ben, le fils. Et il a dicté au scribe : le fils arrive ! Cela prouve que bien évidemment les Judéens, au temps de la grande guerre contre Rome, parlaient hébreu entre eux, comme l'attestent d'ailleurs, beaucoup plus tard, les lettres autographes de Schiméon ben Kôseba, de l'année 135, découvertes il y a quelques années. Cela prouve que la traduction se faisait selon le système que nous avons indiqué, car sur un texte écrit la confusion était difficilement explicable. Et cela prouve enfin que Flavius Josèphe n'a pas relu attentivement la traduction grecque de son œuvre.