Partage d'évangile quotidien
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Comme le maître

Mer. 24 Septembre 2014

Luc 9, 1-6 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il convoque les douze. Il leur donne puissance et autorité sur tous les démons et pour guérir des maladies. Il les envoie proclamer le royaume de Dieu et rétablir les infirmes. 

Il leur dit : « Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent, ni avoir chacun deux tuniques. En quelque maison que vous entriez, là, restez, et de là, sortez. Et ceux qui ne vous accueillent pas ? En sortant de cette ville-là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux ! » 

Ils sortent, ils passent par les villages : ils annoncent la bonne nouvelle et guérissent en tout lieu. 

 

 

L'appel de saint Paul, par He-Qi

 

 

voir aussi : À la grâce de Dieu, Pleins pouvoirs, Voyagez léger !, Vitesse supérieure

Le découpage liturgique nous a fait sauter un enchaînement de séquences qui voit Jésus, fuyant la foule, partir en barque de Capharnaüm avec les disciples, pour aller au pays des Géraséniens, traversée perturbée par une tornade, puis exorcisme d'un homme possédé de nombreux démons, expulsés dans un troupeau de porcs qui se précipitent pour se noyer dans la mer, et retour à Capharnaüm, où une femme est guérie de pertes de sang, et une jeune fille ramenée des portes de la mort. Il est vrai que cet enchaînement de séquences, sans doute très ancien dans la tradition, avant même la mise par écrit des évangiles, est déjà lu au cours de l'année liturgique dans sa version marcienne, ainsi que dans ses parallèles matthéens ! On trouve ensuite, chez Marc, la scène du retour de Jésus dans son village natal, mais que Luc a pour sa part située au tout début du ministère, et on arrive alors à l'envoi des douze en mission, que nous avons aujourd'hui.

Nous avons évoqué à plusieurs reprises ces derniers jours le fait qu'il est peu vraisemblable que les douze aient eu, du vivant de Jésus, les qualités requises pour effectivement guérir et exorciser. Il est de plus en plus considéré que ce qui nous est dit, dans les évangiles, de cette mission ('ces' missions chez Luc, qui en décrit une seconde, que nous verrons dans une semaine, avec cette fois soixante-dix envoyés), raconte plutôt ce qu'ont réellement fait les premiers chrétiens, après la résurrection, ceux dont témoigne la source Q. Les recommandations que donne ici Jésus nous parlent en effet d'une opération de longue durée. Il s'agit de gens qui partent à l'aventure, sans savoir quand ils reviendront, si jamais ils reviendront, à leur point de départ. Aucune indication ne nous est donnée sur la durée de cette mission. Aucune indication non plus ne nous sera donnée sur des événements précis qu'ils auraient vécus au cours de cette mission, ce qui est curieux. Si elle avait effectivement eu lieu, ils auraient certainement parlé longuement entre eux de ce qui leur serait arrivé aux uns et aux autres, et il y aurait eu au moins un ou deux événement plus importants que les autres, qui auraient émergé et qui nous seraient parvenus. Ajoutons que les évangélistes ne nous disent rien de ce qu'aurait pu faire Jésus pendant tout ce temps, comme s'il avait réussi à se soustraire aux foules qui ne cessent, à cette époque, de le harceler du matin au soir...

Ceci étant posé, on ne peut qu'admirer l'état d'esprit de ces premiers chrétiens, vivant ce qu'on a appelé un "radicalisme itinérant". Confiants dans la providence pour leurs besoins matériels, donnés entièrement à ce qu'ils considéraient comme leur vocation en fidélité à leur maître, ils étaient persuadés, comme Jésus dans la première période de son ministère, que le Royaume était en cours de réalisation, au travers des signes qui se produisaient par leur intermédiaire. Et peut-on le leur reprocher ? que ferions-nous, nous-mêmes, si des infirmes retrouvaient la santé par nos soins, par notre prédication, qu'en conclurions-nous ? C'est ce qui leur est arrivé. Avec ce qui a été appelé la venue de l'Esprit, ils ont découvert que, comme pour Jésus dans son ministère galiléen, les malades guérissaient, les possédés étaient exorcisés... Ils étaient toujours restés nostalgiques de ces débuts avec lui, dans leur province. Ils n'avaient pas suivi, pas compris, l'évolution ultérieure de leur rabbi, pourquoi il s'était comme suicidé en allant se jeter dans la gueule du loup, à Jérusalem. Ils étaient toujours sur une conception du Royaume très terrestre et politique, ils considéraient que la mort de Jésus n'était qu'une sorte de contre-temps, que le temps qu'ils vivaient n'était que la dernière ligne droite, celle au cours de laquelle ils devaient préparer le plus de monde possible pour ce grand jour de son retour définitif.