Partage d'évangile quotidien
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Qu'est-ce qu'on attend ?

Mar. 21 Octobre 2014

Luc 12, 35-38 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Que vos reins soient ceints et que vos lampes brûlent ! Et vous, semblables à des hommes qui attendent leur seigneur à son retour des noces, pour, quand il viendra et toquera, aussitôt lui ouvrir ! 

« Heureux ces serviteurs-là que le seigneur en venant trouvera à veiller ! Amen je vous dis : il se ceindra, les installera et passera les servir. S'il vient à la deuxième, si à la troisième veille, et qu'il les trouve ainsi, heureux ceux-là ! » 

 

 

Les vierges sages, par He-Qi

 

 

voir aussi : Nuit de folie, Nuit de noces, Le monde à l'envers, Maîtres et valets, La tenue de serviteur

Le découpage liturgique nous a fait sauter quelques développements complémentaires dans la suite du texte d'hier. Après avoir rappelé que les biens matériels sont au service de la vie, et non son but, l'évangéliste est allé jusqu'à affirmer que nous devrions même ne nous faire aucun souci pour notre nourriture et nos conditions de vie, et ne nous préoccuper que de "chercher le Royaume, le reste vous sera donné par surcroît". C'est un développement qui provient certainement de la première période du ministère de Jésus, celle où il pensait que le Royaume était en cours d'instauration. Le texte d'hier, avec la parabole de l'homme riche, reste plus réaliste, qui reconnaît qu'il est légitime de penser à se procurer ce dont nous avons besoin pour vivre, mais qui demande seulement que nous n'en fassions pas le tout de notre vie.

Quel que soit le degré de priorité que nous accordions à la recherche du Royaume, le thème que nous abordons maintenant, et dans les jours qui vont suivre, nous fait cependant basculer de contexte et de perspectives. Ici, ce n'est, en effet, plus le Royaume qui est l'objet de nos recherches, mais le retour définitif de Jésus, sa parousie, qui est l'objet de nos attentes. Ça change quand même beaucoup de choses ! Jésus, le premier, évolua dans ses conceptions sur le Royaume. Après l'avoir pensé à la manière des espérances de ses coreligionnaires, comme un événement collectif qui était en cours de réalisation, et qui serait en quelque sorte comme la fin du monde et de l'histoire, il dut évoluer vers un Royaume qui se révèle à chacun, auquel on accède, ou n'accède pas, individuellement, chacun selon son histoire et à son rythme. Mais les disciples, eux, ne l'avaient pas du tout suivi dans cette évolution. Restés sur leurs conceptions 'classiques', d'un Royaume qui venait pour tout le monde en même temps. La mort de Jésus a d'abord été pour eux la fin de ces espérances, avant que les événements qu'ils ont rapportés sous les termes de la résurrection de Jésus et de la venue de l'Esprit, leur donnent à penser que cette fois, ça y était, ce Royaume-là était bien là. Et ils n'ont jamais vraiment renoncé à cette conception. Quand ils ont commencé de constater que ça tardait quand même à venir, c'est là qu'ils ont développé le thème du futur retour de Jésus qui marquerait cet avènement définitif du Royaume.

Ces questions sont importantes, car elles changent toutes les perspectives de ce qu'on entend par être chrétien. Dans cette idée d'un Royaume qui adviendrait à un moment donné dans l'histoire en concomitance avec le retour de Jésus, on entre effectivement dans une attente, comme celle dont nous parle le texte d'aujourd'hui, d'un événement extérieur à nous, sur lequel nous n'avons en réalité aucune influence. La grande affaire est de rester prêts, ce qui sous-entend qu'on estime plus ou moins mériter déjà d'accéder au Royaume, et qu'il s'agit seulement de se maintenir dans ce mérite. Il y a un aspect loterie, on n'en sait rien dans le fond, on espère, on fait son possible à un niveau moral, forcément seulement moral, et on prie (qui ?) que "ça suffira". Au niveau institutionnel, on a des sacrements auxquels on attribue un pouvoir quasi magique, forcément aussi, puisque tout ça finalement ne dépend pas que de nous, il faut bien que ça vienne d'ailleurs... Et au niveau théologique, on a un Jésus qui a fait pour nous, à notre place, quelque chose qu'aucun de nous ne pouvait faire, on a le rédempteur, le sauveur, la victime sacrificielle, le Christ, le Fils unique de Dieu. Mais tout ceci se base sur une conception du Royaume que Jésus lui-même avait pourtant dépassée...

Il est donc difficile de maintenir cette fiction du retour futur de Jésus, et du Royaume comme d'un événement universel et futur dans l'histoire, de la résurrection finale, de l'avènement de cieux nouveaux et d'une terre nouvelle, du jugement dernier, de l'apocalypse de la fin des temps, etc..., etc... Et attendre cet événement ne peut que nous faire manquer l'essentiel, le vrai, Royaume, celui qui est "au milieu de vous" de tous temps et pour tous les temps, accessible à chacun aujourd'hui, ici et maintenant. Il ne s'agit plus d'attendre, il s'agit de chercher et de trouver. Il ne s'agit plus d'espérer qu'après notre mort, dans un autre monde, avec un peu de chance..., il s'agit de savoir, d'être sûrs, avec la certitude que donne l'expérience vécue.