Partage d'évangile quotidien
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Bons plans

Sam. 1 Novembre 2014

Luc 14, 7-11 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il disait aux invités une parabole. Ayant remarqué comment ils élisent les premiers sofas, il leur dit : 

« Quand tu es invité par quelqu'un à des noces, ne t'attable pas au premier sofa de peur qu'un homme plus honorable que toi ait été invité par lui ; et celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : "Donne-lui la place !" Et alors tu commencerais avec honte à tenir la dernière place. Mais quand tu as été invité, va t'allonger à la dernière place, en sorte que ton hôte vienne et te dise : "Ami, monte plus haut !" Alors ce sera pour toi une gloire en face de tous tes commensaux. 

« Tout homme qui se hausse sera humilié et qui s'humilie sera haussé. » 

 

 

Regarde dans le ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : Plan de table, La valse des honneurs, Des hauts et des bas, Chaises musicales, Sous le regard des autres

Nous sommes dans le repas commencé hier, chez un "chef des pharisiens". Il est sous-entendu que ce chef a invité de nombreux pharisiens, qui composent l'assemblée qui "était à l'épier". Il n'est par contre pas question des disciples de Jésus, soit qu'ils n'aient pas été invités (peu probable, ce serait contre les coutumes de l'hospitalité), soit que Luc n'ait pas jugé bon de les mentionner simplement parce qu'ils ne jouent aucun rôle dans l'histoire, soit, le plus vraisemblable, parce que la scène est une invention entière de Luc, prétexte à placer quelques enseignements comme celui d'aujourd'hui. Jésus a donc remarqué comment chacun des convives s'était comporté en arrivant, cherchant à se placer le plus près possible du maître de maison et de son invité d'honneur, ce qui lui permet de sortir cette petite fable à propos de la recherche d'une reconnaissance sociale.

On peut se sentir un peu mitigés sur la morale de cette histoire. Prise au premier degré, elle nous recommanderait de faire semblant d'être humbles pour avoir la gloire de se faire distinguer publiquement par notre hôte ! On aurait le droit de préférer alors l'attitude sans fards de ceux qui s'installent d'eux-mêmes à la meilleure place, qu'ils la méritent ou non. Mais on aurait tort de s'arrêter à une telle lecture. Ce qui compte, à mon sens, ce n'est pas tant ce qui se passera une fois qu'on se sera installé à la dernière place, mais c'est le fait que, ce faisant, on reconnaisse qu'on n'est pas capable de se juger soi-même. C'est une attitude d'ouverture, qui s'en remet au jugement d'un autre, et peu importe en outre que ce jugement-là ne soit pas nécessairement plus éclairé. Car s'il est possible que l'hôte vienne nous faire "monter plus haut", ce n'est pas non plus une certitude. Et peut-être sera-ce 'injuste', mais injuste de quel point de vue ? ce ne peut être que par une prétention encore à nous juger nous-mêmes, et à juger aussi les autres... Bien sûr, l'hôte n'est pas plus apte que nous à juger en toute impartialité de qui que ce soit, mais après tout c'est lui l'hôte, c'est lui qui paye, on peut lui accorder ce petit privilège d'être celui qui imposera sa subjectivité, et puis voilà tout.

Concernant le jugement des personnes, nous sommes en fait dans une situation de dépendance complète les uns des autres. Sur nous-mêmes, nous sommes incapables de juger du bien que nous faisons ou croyons faire. Nous pouvons nous efforcer d'agir selon ce que nous pensons être le bien, mais ce qu'il en est réellement n'est pas de notre ressort. Nous ne pouvons prendre conscience, éventuellement, que du mal que nous faisons, ou qui fait obstacle en nous au bien que nous voudrions faire. Mais au sujet des autres, c'est l'inverse. Nous ne pouvons en aucun cas juger moralement à leur place du mal qu'ils font. Nous pouvons constater qu'ils nous font du mal, mais pas juger de leurs raisons d'y être entraînés. Par contre, nous pouvons apprécier, et valoriser, tout le bien dont ils sont capables, et les y encourager. Ce que je dis ici est sans doute un peu schématique, mais l'idée générale est là, d'une part nous ne pouvons pas faire notre salut tout seuls, il n'y a que les autres qui puissent nous y guider, et, d'autre part, nous ne pouvons pas exclure non plus qui que ce soit de ce salut. Le Royaume est destiné à absolument tout le monde, "nous irons tous au paradis", chacun à son rythme, mais personne ne sera laissé à la porte. Tel est aussi le sens de la communion des saints, que nous fêtons aujourd'hui, où tous sont solidaires de tous.