Partage d'évangile quotidien
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Frères et sœurs

Mar. 26 Mai 2015

Marc 10, 28-31 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Pierre commence à lui dire : « Voici, nous, nous avons tout laissé et nous te suivons. » 

Jésus dit : « Amen, je vous dis, il n'est personne qui laisse maison, ou frères ou sœurs, ou mère ou père ou enfants, ou champs, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sans recevoir au centuple, maintenant, en ce temps-ci, maisons, et frères et sœurs, et mères et enfants, et champs, — avec des persécutions. Et dans l'éternité qui vient, une vie éternelle. 

« Beaucoup seront, premiers, derniers, et les derniers, premiers ! » 

 

 

Moïse bénit Israël, par He-Qi

 

 

voir aussi : Lots de consolation, À quitte ou double ?, Famille recomposée, Famille nombreuse, Placement exceptionnel

L'affirmation de Pierre "nous, nous avons tout laissé et nous te suivons" fait évidemment référence à ce que Jésus vient de demander à l'homme riche : "Va ! Ce que tu as, vends, donne aux pauvres ! Et viens, suis-moi !". Il est cependant certain, pour commencer, que les disciples n'avaient pas "beaucoup de possessions" : Pierre peut bien dire qu'ils ont "tout" laissé, leurs avoirs ne représentaient quand même pas non plus grand chose. Il est vrai que ce n'est sans doute pas la valeur absolue de nos biens qui changera notre attachement, mais on peut remarquer ensuite qu'on ne parle pas ici de vendre la maison, la femme et les enfants, mais seulement de les avoir laissés, ce qui pourrait même être considéré plutôt comme une fuite de ses responsabilités (les avoir abandonnés) que comme un acte de haute moralité. Enfin, nous avons vu tout du long de l'aventure galiléenne, que régulièrement toute la troupe revenait "à la maison", c'est-à-dire justement dans la maison de Pierre à Capharnaüm, et il est évident que chacun retrouvait alors sa famille... D'ailleurs, après la mort de Jésus, les disciples galiléens retourneront naturellement "chez eux", et reprendront leur première vie.

Par rapport aux exigences exprimées à l'homme riche, il semble bien que nous ne parlions pas exactement de la même chose. Il y a cette même promesse, d'obtenir "une vie éternelle", ce qui était la demande initiale de l'homme riche, mais, d'une part, on parle ici de quitter sa famille — ce qui est un thème très différent de celui de vendre ses biens et donner le produit aux pauvres —, et, d'autre part, il est promis qu'on recevra "au centuple, dès maintenant, dans cette vie-ci" tout ce qu'on aura laissé... si on lui avait dit ça, serait-il parti tout dépité ? En fait, ce texte nous parle des premières communautés chrétiennes, où, effectivement, ceux qui avaient dû s'extraire de leur milieu familial, opposé à leur foi en Jésus comme Messie, trouvaient une nouvelle "famille", spirituelle, communautés qui, de plus, pratiquaient la mise en commun des biens, en sorte que à nouveau, ceux qui n'avaient rien ou presque rien, étaient au moins assurés de manger à leur faim. On peut même dire qu'en un sens chacun possédait les biens de toute la communauté, puisqu'ils étaient à tous, étant entendu que, tout en en ayant la propriété, comme en indivision, il n'en avait pas pour autant la jouissance pour lui tout seul.

Avons-nous alors affaire à une publicité quelque peu mensongère, ou au moins en trompe-l'œil ? Ce n'est pas si simple. Cet idéal — car c'est quand même un idéal — de la vie communautaire a été poursuivi au long des siècles, le plus souvent associé à un engagement dans le célibat, mais pas seulement. Or, même si on peut trouver que ce n'est pas aussi radical que la pauvreté absolue — et on sait que certains ordres monastiques ne se sont pas privés d'accumuler les richesses "communautaires", ce qui est une perversion de l'objectif —, si on excepte de telles dérives, le fait de lier son destin financier à un groupe, à la bonne volonté des uns et des autres — avec ceux qui chercheront à se défiler et ceux qui au contraire se défonceront — n'est pas si facile à faire. Quant aux frères et sœurs, c'est comme dans tout groupe humain, même si on est rassemblés autour d'un même idéal, la vie quotidienne fait aussi ressortir des détails concrets, qui n'ont rien à voir apparemment avec de si hautes ambitions, mais qui sont bien là, agaçants, et avec lesquels il faut apprendre à composer. C'est exactement ce qui peut se passer dans un couple, aussi, mais multiplié par autant de membres qu'il y a dans la communauté....

Mais tel est bien le chemin de la vie éternelle.