Partage d'évangile quotidien
<

Croissez et multipliez

Ven. 25 Juillet 2014

Matthieu 13, 18-23 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Vous, donc, entendez la parabole du semeur : 

« Chez tout entendeur de la parole du royaume qui ne la comprend pas, vient le Mauvais, il ravit ce qui a été semé dans son cœur : tel est celui qui au bord du chemin est semé. Celui qui sur les pierrailles est semé, c'est l'entendeur de la parole qui aussitôt avec joie la reçoit. Il n'a pas de racine en lui-même, mais il est versatile : que survienne affliction ou persécution à cause de la parole, aussitôt il chute. Celui qui dans les épines est semé, c'est l'entendeur de la parole chez qui le souci de cette ère, l'appât de la richesse, asphyxie la parole : elle devient sans fruit. Celui qui sur la belle terre est semé, c'est l'entendeur de la parole qui la comprend : il porte du fruit, et fait l'un, cent, l'autre, soixante, l'autre, trente. » 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Parole de semeur, Moralité de l'histoire, Explication de texte, Milieux et cultures

Et voilà l'explication officielle ! Nous avons discuté ces deux derniers jours d'une autre façon de lire la parabole du semeur, à mon sens plus profonde, mais cela ne veut pas dire que celle-ci ne vaille rien ! En fait, il faut considérer une parabole comme un rêve. Les rêves n'ont jamais une seule signification, c'est tout leur intérêt que de pouvoir se prêter à de multiples interprétations, sur de nombreux niveaux. Ce qui va être important, alors, c'est si l'interprétation fait sens ou non pour le sujet. Il en va donc de même avec les paraboles. Elles ont toutes plus ou moins leur signification officielle. Pour celle-ci, et pour la suivante de Matthieu, c'est l'évangile qui la donne. Pour la plupart des autres, c'est une sorte de consensus de la tradition qui a défini quel était ce sens. Fort bien, si ces sens nous parlent ! mais sinon, nous sommes tout-à-fait en droit de les comprendre autrement. Ce qui importe, c'est ce qu'elles nous disent à nous, chacun, personnellement.

Sur la parabole du semeur et cette interprétation que nous avons aujourd'hui, je pense qu'il faudrait au moins éviter de chercher à se situer parmi les différentes catégories de terrain qui ont reçu la semence. Nous n'avons pas à nous identifier formellement avec le chemin, ni les pierres, ni les ronces, ni la bonne terre. Nous ne sommes jamais uniquement dans une de ces réceptions, ou non-réceptions, mais nous avons toujours de tous ces aspects en nous. Il y a toujours une part en nous qui ne veut rien savoir de tout ça, et une part qui y aspire ardemment ! Ne soyons donc pas empressés à nous dire : moi, je suis comme la bonne terre. Non plus : moi, je suis comme le chemin tassé. La semence trouve en nous toutes sortes de terrains, s'il y en a forcément qui trouveront de mauvaises conditions, il y en a aussi forcément d'autres qui trouveront de la bonne terre. Soyons donc confiants !

Il faudrait ensuite éviter aussi, toujours à mon avis, de ne méditer la parabole que sous l'angle des terrains. Une bonne partie de notre rôle dans la vie est aussi d'être semeurs ! même s'il ne s'agit pas nécessairement de semer la parole. Nous vivons avec d'autres personnes, nous en croisons dans nos vies, et certaines nous semblent plus rébarbatives, comme des pierres, ou agressives, comme des ronces, ou incompréhensibles, comme la terre battue du chemin. Suivons-nous l'exemple du semeur qui ne prend pas en compte ces considérations et sème sa semence sur tous les terrains, sans préjuger du résultat ? Restons-nous ouverts à tous, dans nos vies ? sans masochisme, mais voulant maintenir quand même une relation, aussi minime soit-elle. Ne serait-ce qu'un "bonjour !", une poignée de mains, une bise, selon les contextes. Sans nous faire d'illusions, mais nous ne pouvons pas savoir si un jour notre petit geste ne finira par rencontrer les bonnes conditions. Et ça ne nous coûte pas grand chose, au contraire, c'est une bonne chose pour nous que de pouvoir vivre ainsi d'humeur égale avec tous... nous en sommes les premiers bénéficiaires !

Nous pouvons, enfin, encore nous identifier avec la semence. Nous sommes nés, nous avons grandi, nous vivons encore, dans des contextes que nous n'avons pas choisis. Nous n'avons pas choisi nos parents, nous n'avons pas choisi nos frères et sœurs ou leur absence, nous n'avons pas choisi notre ou nos écoles, les éducateurs, notre ou nos paroisses, les prêtres, et même pour notre vie d'adultes, nous n'avons pas tout choisi, nous ne choisissons pas tout. Des événements surviennent, heureux ou malheureux, une maladie, une naissance, un licenciement, une promotion : est-ce que tout ceci change quelque chose à notre travail de petite graine ? Est-ce que dans les difficultés nous renonçons trop facilement à croître pour finir par donner quand même un fruit, quel qu'il soit ? Est-ce que dans les facilités nous ne sommes pas tentés de nous laisser porter, profiter comme la fleur épanouie au soleil, comme si nous étions arrivés ?

Je vais m'arrêter là pour cette fois-ci. J'espère que ces quelques suggestions vous auront ouvert des pistes, mais surtout, qu'elles ne vous ferment pas le pouvoir de la parabole. Le sens n'est pas clos, laissez l'histoire faire son chemin, faites-lui confiance, et n'hésitez pas à partager ce qu'elle vous dira ! ce qui fait sens pour vous peut le faire à d'autres. C'est aussi ça, la parabole du semeur et de la semence qui donne d'autres grains, qui à leur tour...