Partage d'évangile quotidien
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Debout, devant le fils de l'homme

Sam. 28 Novembre 2015

Luc 21, 34-38 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Défiez-vous de vous-mêmes, que vos cœurs ne s'alourdissent dans l'orgie, l'ivresse, les soucis de la vie, et que ce jour-là ne se présente sur vous à l'improviste,  comme un piège. Car il surgira sur tous ceux qui sont assis sur la face de toute la terre. 

« Mais chassez le sommeil ! En tout temps implorez afin d'être plus forts pour échapper à toutes ces choses qui doivent arriver, et pour vous tenir debout devant le fils de l'homme ! » 

Les jours, il était dans le temple à enseigner. Les nuits, il sortait camper au mont appelé des Oliviers. Tout le peuple venait dès l'aube à lui, dans le temple, pour l'entendre. 

 

 

Le Seigneur ressuscité, par He-Qi

 

 

voir aussi : Sans cesse, Lendemain de cuite ?, Menace permanente, Attention !, Incessamment, Vie de prière

Et voici la conclusion de ce discours apocalyptique que nous avons parcouru pratiquement tout du long de cette semaine, conclusion dont nous pouvons retenir les recommandations, même si nos motivations ne sont pas exactement celles auxquelles pensait l'auteur du texte. S'il nous est, en effet, difficile à notre époque de croire encore à cet événement, la venue du fils de l'homme, en tant qu'événement unique dans l'espace et le temps, en tant qu'événement marquant la fin de l'univers et de son histoire, en tant qu'événement s'imposant de l'extérieur à un moment donné à tous, il n'en reste pas moins qu'on peut bien dire que l'aventure spirituelle nous invite, en quelque sorte, à rencontrer cette figure mythique du fils de l'homme — même si c'est une rencontre toute intérieure —, et que cette rencontre ne peut guère se faire par un pur hasard mais seulement si nous y avons tendu de tout notre être — même s'il reste au final une certaine dimension à l'événement qui nous semblera aléatoire, inévitable par le fait que c'est quand même Lui qui se révèle à nous, et non nous qui le débusquons et le forçons à se révéler.

Mais le plus signifiant de cette expression du "fils de l'homme" — la seule, d'après le témoignage implicite des évangiles, que Jésus se soit appliquée à lui-même — est précisément que, selon la sémantique hébraïque d'où elle est issue, elle nous parle d'un être humain — profondément, radicalement, indubitablement, humain —, et non d'une quelconque figure plus ou moins divine. Je ne pense pas que ce soit un hasard si c'est cette figure que Jésus s'était choisie, si c'est celle qui lui est le plus souvent attribuée dans les évangiles, infiniment plus souvent que "Messie" ou encore "fils de Dieu". Le mouvement qui a fait de Jésus ce qu'il est devenu dans le christianisme institué provient de cette même logique qui l'a empêché de renoncer à ses attentes d'un Royaume à la mode ancienne. Pour un Royaume compris comme un ensemble de conditions extérieures, il faut effectivement un Dieu extérieur, et l'intervention de figures extérieures, Messie ou Fils unique de Dieu. Mais le Dieu dont Jésus a essayé de témoigner est exactement à l'inverse d'un tel Dieu. Le Dieu de Jésus est un Dieu tout intérieur, à tel point qu'on peut même dire qu'il est un Dieu homme (et je ne parle évidemment pas ici du seul Jésus...), même s'il ne faudrait pas non plus le limiter seulement à ça.

Le Dieu de Jésus est en effet un Dieu tellement peu extérieur à sa "création", que c'est en elle et nulle part ailleurs que nous avons les meilleures chances de le rencontrer, à commencer bien sûr par cette toute petite portion de la création que nous sommes, nous-même. C'est en nous que nous pouvons le mieux Le découvrir, et ensuite, évidemment, en chacun de nos frères et sœurs en humanité, et ensuite et enfin, en tout ce qui est. Il y a quelque chose de très surprenant, quand nous découvrons pour la première fois cette Présence en nous, à la fois Autre en ce qu'elle dépasse notre connaissance ordinaire de nous-même, qu'elle échappe à toute saisie que nous voudrions opérer sur elle, et Présence que nous ressentons pourtant en même temps comme étant notre être le plus profond, notre seule véritable nature et origine : nous-même au plus intime de nous-même. Oui, c'est une expérience vraiment extraordinaire que cette rencontre du fils de l'homme comme fils de Dieu, mais d'un extraordinaire sans aucun tambour ni trompettes, un extraordinaire sans éclairs ni tonnerre, un extraordinaire sans aucun bouleversement de la course ni de la lune ni des étoiles. Un extraordinaire tout intérieur, qui ne change rien dans l'immédiat dans nos vies, mais qui a pourtant tellement déjà tout changé qu'on sait d'une certitude absolue qu'il y avait eu jusque là l'avant, et qu'il y aura désormais l'après, le nouveau ciel et la nouvelle terre, le Royaume.

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Ici se termine l'année liturgique ; dès demain nous entrerons dans le temps de l'avent et une nouvelle préparation à Noël, puis viendra le carême et la préparation à Pâques, puis la Pentecôte, etc. Cela fait maintenant six années entières que je me suis plongé, chaque jour, dans l'évangile proposé par la liturgie catholique, six années de méditation et de recherche sur ces textes, sur ce qu'ils nous disent de cet homme qui a vécu il y a deux mille ans, sur ce qu'ils nous disent aussi et en même temps, indissociablement, de comment il a été compris à l'époque par ceux qui l'ont connu, six années de découvertes riches et fructueuses, six années de maturation et d'évolution, et il est temps, pour moi, de passer à une autre étape de mon cheminement spirituel. Ce billet est donc le dernier, je pense qu'il ne serait pas judicieux que je parcoure une septième fois ce même parcours, qu'il vaut mieux que je respecte ce vieux principe, qui nous vient du judaïsme, qu'est l'année sabbatique. Une année de jachère, en somme, pour avancer vers d'autres horizons, renouvelés.

L'ensemble de ces six années de réflexion restera disponible sur internet à l'adresse du blog de base qui m'a vu commencer cette aventure : http://evangile-partage.over-blog.net/, du moins aussi longtemps que cette plate-forme restera gratuite (et bien que je regrette que depuis un an elle se soit mise à nous imposer de la pub). Sur cette même adresse, je le dis surtout pour ceux qui m'ont suivi ces derniers temps sur Mediapart (https://blogs.mediapart.fr/anon/blog) ou LaVie (http://www.lavie.fr/blog/anon43/), il est aussi possible d'enregistrer tout ou partie des billets au format pdf, pour ceux qui en trouveraient la lecture ainsi plus confortable. Je resterai bien sûr ouvert à toute discussion, échange, partage, sur l'un ou l'autre de ces blogs : ce n'est pas que je prenne ma "retraite", juste que je dois avancer maintenant vers d'autres formes pour répondre, fondamentalement, au même appel, à la même soif, qui me fait devenir toujours plus moi et autre. Et, pour l'immédiat, je nous souhaite, à chacun et chacune, une bonne et heureuse nouvelle année !