Partage d'évangile quotidien
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Le retour du héros

Ven. 14 Juillet 2023

Changement d'ambiance sans crier gare : jusqu'ici, le "discours missionnaire" de Matthieu envisageait seulement que les disciples puissent, au pire, ne pas être accueillis, qu'on ne leur ouvre pas la porte, peut-être simplement parce qu'on ne comprendrait pas de quoi ils parlent... mais maintenant, il est question de persécutions, de prison, de sévices, d'être pourchassés ! le contexte n'est plus le même. On est passé d'une mission du temps de Jésus, de son vivant, alors qu'il n'avait pas encore suscité d'hostilité de la part des autorités religieuses, au contexte pour le moins tendu d'après sa mort, où ces mêmes autorités, après l'avoir éliminé, combattent aussi ses disciples, en se faisant éventuellement aider du bras armé des romains.

Matthieu est le seul à évoquer ce contexte d'après la mort de Jésus si tôt dans le récit de son évangile. On retrouve des thèmes similaires chez Marc et Luc, mais uniquement dans ce qu'on appelle le "discours eschatologique", un discours censé être tenu par Jésus très peu de temps avant sa mort, à un moment, donc, où il est déjà plus plausible qu'il ait pu prévoir que l'hostilité du sanhédrin à son égard se prolongerait d'une telle hostilité à l'égard de ses disciples. Plausible ne signifie pas certain, mais en tout cas il n'est cette fois pas plausible du tout que Jésus ait tenu de tels propos ainsi, aux tout débuts de son activité publique. Matthieu écrit ici pour sa communauté, à une époque où elle subit déjà de telles persécutions.

Le thème de la "venue du fils de l'homme", mettant fin à de telles persécutions, le dit d'ailleurs sans ambiguïté. Cette expression, "fils de l'homme", est celle par laquelle Jésus aimait à se désigner lui-même : jamais il ne s'est revendiqué lui-même comme "fils de dieu", non plus comme "messie" (christ), mais quand il parlait de lui-même, il utilisait volontiers cette formule, fils d'homme (ou fils de l'homme : on trouve les deux variantes). On sait, d'une part, que cette expression est un sémitisme qui signifie simplement "un homme, un être humain", et même qu'elle peut être utilisée dans le sens de "je" avec emphase, un peu comme en français nous dirions "moi, je". Par exemple : "le fils de l'homme n'a même pas une pierre pour reposer sa tête" signifie vraisemblablement et simplement "moi, je n'ai même pas..."

Ainsi, la plupart du temps, quand Jésus utilise cette formule, c'est juste une façon de souligner son propos, et il n'y a pas lieu, dans ces cas-là, d'aller chercher la prophétie de Daniel avec sa figure plus ou moins mystérieuse d'un être "comme un fils d'homme". Par contre, dans les quelques cas où il est question de "la venue du fils de l'homme", là oui, il est difficile de ne pas faire le lien, puisque c'est ce dont parle cette prophétie, de "la venue" de comme un fils d'homme. Maintenant, toute la question est de savoir si c'est Jésus lui-même qui a évoqué ce thème, ou si ce sont les premiers chrétiens.

Ici, quand il est question de la fin des persécutions avec la venue du fils de l'homme, on est clairement dans le cadre dans lequel vivaient les premiers chrétiens : on parle du retour de Jésus après sa résurrection et la fin de ses apparitions, retour qu'on pense être proche sinon imminent. Jésus, de son vivant, avait-il pensé tout ça ? Dans la prophétie de Daniel, le "comme un fils d'homme" n'est pas censé mourir avant de triompher des bêtes qui le précèdent et qu'il vainc ! tout indique alors que cette assimilation de Jésus au "comme un fils d'homme" de Daniel est bien une relecture des premiers chrétiens, désarçonnés de ce que le "royaume" ne soit pas déjà définitivement là après la mort et la résurrection de leur héros, et qui, pour cette raison, créent ce concept de son retour à venir "sur les nuées, comme il est parti" (Actes des Apôtres 1, 9-11).

 

 

Voici, moi, je vous envoie
    comme des brebis au milieu de loups,
devenez donc rusés comme les serpents
    et innocents comme les colombes :
méfiez-vous donc des hommes,
en effet ils vous livreront à des sanhédrins,
    et dans leurs synagogues ils vous fouetteront,
et devant des gouverneurs aussi, et des rois, vous serez amenés
    à cause de moi,
en témoignage, pour eux et pour les nations.

Quand ils vous livreront,
    ne vous inquiétez pas de
comment et que dire,
car cela vous sera donné à cette heure-là,
    quoi dire,
car ce n'est pas vous qui parlerez,
    mais l'Esprit de votre père qui parlera par vous.

Le frère livrera son frère à la mort,
    et le père son enfant,
et se lèveront les enfants contre leurs parents,
et les feront mourir,
et vous serez haïs par tous
    en raison de mon nom,
mais qui persévérera jusqu'à la fin,
    celui-là sera sauvé :
donc, quand ils vous persécuteront dans cette ville,
    fuyez dans la suivante !
amen, je vous dis :
vous n'aurez pas fini toutes les villes d'Israël
    que ne soit venu le fils de l'homme.

(Matthieu 10, 16-23)

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