Partage d'évangile quotidien
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Le premier pas

Lun. 15 Avril 2024

Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et été rassasiés. Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour la nourriture qui demeure pour la vie éternelle !

J'ai toujours du mal quand, dans les évangiles, Jésus est censé parler de lui en se désignant comme l'être unique, irremplaçable, que le christianisme a fait de lui par la suite. Pour simplifier, peut-être, je n'arrive pas à concevoir que l'homme Jésus ait parlé de lui-même comme s'il était Dieu. D'abord parce que, dans la culture hébraïque, c'est absolument inconcevable. Mais plus profondément, parce que, si tel avait été le cas, si Jésus avait vraiment eu conscience de sa pleine divinité, je ne peux plus alors le considérer comme ayant été vraiment homme.

Comment le prendre pour modèle s'il parle de lui-même comme s'il était Dieu ? il me faudrait alors le faire moi aussi, moi aussi je serais amené un jour à parler de moi-même comme si j'étais Dieu ? je ne crois pas un instant que je pourrais jamais le faire, ce n'est pas ce que me dit l'expérience que je peux en avoir, et comme le disaient aussi les premiers "Pères de l'Église" : si "Dieu est présent en moi comme le plus intime de moi-même", ce plus intime reste en même temps autre que moi. Je ne pourrai donc jamais dire, comme a peut-être cru pouvoir le faire maître Eckhart, "je suis Dieu". Dieu est moi (et s'il est moi il n'y a pas de raison qu'il ne soit pas tout ce qui est), mais moi je ne suis pas Dieu...

Quand alors Jésus est censé se donner une place centrale, un passage obligatoire, du genre hors de moi pas de salut, comme ici avec ce "c'est lui, le fils de l'homme, que le Père, Dieu, a marqué d'un sceau" : ou bien c'est l'évangéliste qui lui attribue cette phrase, mais qui n'est en réalité que la théologie développée par lui, l'évangéliste ; ou bien ce n'est pas de lui seul que Jésus parlait, mais de tout être humain, de cette présence divine en chacune et chacun de nous. Autrement dit, c'est plutôt ici de cette présence divine en chacune et chacun de nous qu'il est question, c'est cette présence qui, seule, peut nous donner la nourriture qui nous fasse entrer et demeurer dans la vie éternelle.

Alors, évidemment, le travail que Dieu attend de nous, c'est que nous croyions en cette présence. C'est là le seul "travail" que nous ayons à faire. C'est aussi, et encore évidemment, de nouveau le thème de la seconde naissance. La notion de "croyance" est cependant bien trop faible, dans le sens qu'elle a pour nous de nos jours, par rapport à l'hébreu "emounah", qui contient une notion de certitude, en sorte que nous devrions peut-être plutôt parler de "connaissance", connaître cette présence. Mais commencer par y croire est déjà un pas énorme, certainement nécessaire, et peut-être bien même suffisant, pour mener ensuite, plus ou moins rapidement, mais infailliblement, à la connaissance proprement dite, laquelle d'ailleurs restera toujours et éternellement à approfondir...

 

 

le lendemain la foule
    qui s'était tenue de l'autre côté de la mer
avait vu qu'il n'y avait eu là qu'une seule barque
et que Jésus n'était pas entré
    dans la barque avec ses disciples
mais que ses disciples s'en étaient allés seuls...

mais des barques étaient venues de Tibériade
    près du lieu où ils avaient mangé le pain
après que le Seigneur eut rendu grâce
aussi quand la foule vit que Jésus n'était pas là
    pas plus que ses disciples
ils montèrent eux-mêmes dans les barques
    et vinrent à Capharnaüm
cherchant Jésus
et l'ayant trouvé de l'autre côté de la mer
    ils lui dirent
« rabbi quand es-tu venu ici ? »

    Jésus leur répondit et dit
« amen amen je vous dis
vous me cherchez
    non parce que vous avez vu des signes
mais parce que vous avez mangé des pains
    et été rassasiés
travaillez non pour la nourriture qui périt
    mais pour la nourriture qui demeure pour la vie éternelle
celle que le fils de l'homme vous donnera
car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué d'un sceau »

    alors ils lui dirent
« que ferons-nous pour travailler au travail de Dieu ? »
    Jésus répondit et leur dit
« telle est le travail de Dieu
    que vous croyiez en celui que lui a envoyé »

(Jean 6, 22-29)

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