Délai de grâce
Certains sont là, en ce même temps, pour lui annoncer ce qu'il en est des Galiléens dont Pilate a mêlé le sang à leurs sacrifices.
Il répond et leur dit : « Croyez-vous que ces Galiléens étaient pécheurs plus que tous les Galiléens pour avoir ainsi souffert ? Non, je vous dis ! Mais si vous ne vous convertissez pas, tous, de la même manière, vous périrez ! Ou ceux-là, les dix-huit sur qui est tombée la tour, à Siloé, et elle les a tués, croyez-vous qu'ils étaient en dette plus que tous les hommes habitant Iérousalem ? Non, je vous dis ! Mais si vous ne vous convertissez pas, tous, de même, vous périrez ! »
Il disait cette parabole : « Quelqu'un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vient chercher du fruit sur lui et il n'en trouve pas. Il dit à l'ouvrier de la vigne : "Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas ! Coupe-le ! Aussi, pourquoi épuise-t-il la terre ?" Mais il répond et lui dit : "Seigneur ! Laisse-le encore cette année, le temps que je pioche autour de lui et mette du fumier. Et s'il faisait du fruit à l'avenir... ? Sinon, eh bien ! Tu le couperas !" »
voir aussi : Mourir un jour, Sursis à l'exécution, La patience du jardinier, Dernière chance
Deux thèmes principaux sont développés aujourd'hui. Le premier est le refus par Jésus d'associer bonheur ou malheur terrestre avec volonté de Dieu. Nous avons tendance à ricaner quand nous voyons que les juifs de l'époque pensaient, dans leur grande majorité, que les pauvres et les malades l'étaient par punition de Dieu pour leurs péchés (ou ceux de leurs parents), et les riches et bien-portants par récompense de Dieu pour leurs bonnes actions. On ricane, mais ça ne nous empêche pas de prier pour nos proches malades, ou la guerre dans le monde, comme si Dieu pouvait y faire quelque chose, et ce faisant nous restons peu ou prou dans le même modèle, voire si ce n'est qu'à force de ne pas obtenir de réponse, à force de nous scandaliser des malheurs du monde, nous ne croyons plus du tout en ce dieu qui permet de telles choses... Car c'est bien là que nous en sommes. Une grande majorité qui a rejeté le dieu tout-puissant, puisqu'il n'est pas puissant du tout, et, dans les autres, une grande majorité encore qui s'entête à vouloir y croire malgré les évidences.
Ce dieu n'est en tout cas pas le Père de Jésus ! Il évoque ici deux cas qui sont encore parfaitement d'actualité. On n'a pas de traces historiques de ce massacre de galiléens dans le Temple, mais il est très plausible et vraisemblable. On sait d'une part que la Galilée était le foyer principal des mouvements de guérilla connus sous le nom générique de zélotes, et d'autre part que Pilate était un antisémite brutal et sans grands scrupules. Qu'à la suite d'un coup d'éclat de la 'résistance', il ait pu ordonner une action de représailles sur des innocents, n'a rien d'inimaginable. C'est le malheur de tous les civils pris en otages dans les conflits armés. Quant à la tour qui s'est effondrée, ce n'est qu'un de ces nombreux cas d'accidents qui frappent au hasard ceux qui ne se trouvaient pas au bon endroit au mauvais moment. En tout cela, Dieu n'a aucune responsabilité. On peut bien sûr en attribuer une grande part à Pilate (quoique notre monde moderne aurait tendance en ce cas à vouloir fermer les yeux par réalisme politique), ou aux concepteurs de la tour (et que là à l'inverse, notre monde moderne ne se prive pas de chercher, jusqu'à l'absurde, des coupables pour tout). Mais non content de n'être pas responsable, Dieu n'aurait même pas pu faire quoi que ce soit pour que ce soient plutôt certains ou d'autres qui se retrouvent les victimes. On ne peut pas compter sur lui pour échapper au sort commun, aux hasards petits et grands, à la fatalité, au destin.
Alors vient le second thème d'aujourd'hui. Eh oui ! encore le même : convertissez-vous. Non pas pour échapper à la mort, mais pour ne pas mourir bêtement, c'est-à-dire ne pas mourir avant d'avoir réalisé ce pourquoi nous sommes sur terre, trouver Dieu. C'est ce que nous dit la parabole du figuier : puisque nous avons eu la chance de ne pas faire partie des populations civiles décimées par les guerres en Afrique, puisque nous avons eu la chance de ne pas être dans les trains qui ont déraillé ou les avions qui se sont écrasés, qu'allons nous faire de ce répit que nous a offert le jardinier ? Nous aurions pourtant pu périr avec tous ces gens, puisque depuis le temps que nous sommes en vie nous n'avons toujours pas porté de fruit ! On inverse les perspectives, ce ne sont plus les victimes qui n'ont pas eu de chance, c'est nous qui en avons eu une de plus, imméritée, en sommes-nous conscients ? la saisissons-nous ? parce que c'est sûr, si nous ne faisons rien, nous finirons comme ces gens, comme ces galiléens, comme ces habitants de Jérusalem, qui n'avaient pas eu le temps, eux non plus, de trouver le Père.


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