Et sa mère ?
Ses parents allaient chaque année à Iérousalem, pour la fête de la Pâque. Quand il a douze ans, ils montent selon la coutume de la fête. Comme, les jours accomplis, ils s'en reviennent, Jésus, l'enfant, reste dans Iérousalem, et ses parents n'en ont pas connaissance.
Pensant qu'il est dans la caravane, ils vont, un jour de chemin. Et ils le recherchent parmi les proches et les connaissances. Ils ne le trouvent pas, et reviennent à Iérousalem en le recherchant. Or, après trois jours, ils le trouvent dans le temple assis au milieu des maîtres : il les entend et les interroge. Tous ceux qui l'entendent sont stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.
Quand ils le voient, ils sont frappés. Sa mère lui dit : « Enfant, pourquoi as-tu fait cela ? Voici, ton père et moi, nous sommes au supplice en te cherchant. » Il leur dit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Vous ne saviez pas que je dois être aux choses de mon Père ? » Et eux-mêmes ne comprennent pas le mot qu'il leur dit.
Il descend avec eux et vient à Nazareth. Et il leur était soumis. Sa mère retenait toutes ces choses dans son cœur. Et Jésus progressait dans la sagesse, et en taille, et en grâce, auprès de Dieu et des hommes.
L'évangile du jour devrait être normalement la scène des bergers à la crèche, mais comme nous l'avons déjà vue récemment, j'ai préféré prendre celle-ci, qui ne se trouve pas dans le lectionnaire temporal. S'agissant de fêter "Marie mère de Dieu", la lecture de la fête du "cœur immaculé de Marie" ne me semble pas complètement hors de propos ! On retrouve d'ailleurs dans les deux textes cette même mention de Luc : "Marie retenait toutes ces choses dans son cœur". Luc a une tendresse particulière pour Marie. Lors de l'épisode de Capharnaüm où Jésus déclare que "sa mère et ses frères sont ceux qui font la volonté de Dieu", Matthieu comme Marc donnent cette formule comme désignant les disciples assis à ce moment-là autour de Jésus, ce qui exclut Marie et ses frères qui se tenaient alors en-dehors de la maison, et Marc nous dit clairement que cette tirade a été motivée parce que Marie et les frères de Jésus essayaient de le ramener chez eux, estimant qu'il était dérangé. Luc, pour sa part, non seulement ne mentionne pas ces opinions de la famille de Jésus sur son compte, mais il s'arrange aussi pour que la tirade puisse les inclure...
Cette façon de ménager Marie, chez Luc, est d'autant plus surprenante qu'il est aussi celui qui a le plus dramatisé la scène où Jésus est revenu à Nazareth. Marc et Matthieu ne nous parlent à ce sujet que du désintérêt et du manque de foi des 'nazaréens'. Luc, quant à lui, a extrapolé et monté en épingle l'épisode. D'abord, il le situe au tout début du ministère public : on ne peut pas le louper, et il va marquer toute la lecture qu'on fera de la suite. Et puis il ne se contente pas de décrire un auditoire peu réceptif, mais il raconte que la conversation s'est ensuite envenimée, osant aller jusqu'à prétendre que les habitants de Nazareth ont essayé de tuer Jésus, en le faisant tomber dans un précipice ! Luc, en fait, a voulu décrire un Jésus rejeté par son peuple, depuis le début où c'est son village natal qui a voulu le faire périr, à la fin où ce sont les autorités du pays qui y sont parvenues. Ses raisons sont bien sûr dictées par sa thèse, que la portée du message de Jésus dépasse largement le cadre du judaïsme, et concerne donc toutes les nations, autant si ce n'est plus qu'Israël. Luc a donc décrit un Jésus rejeté par les siens, d'une manière générale, mais a tenu a épargner ces plus proches qu'étaient sa famille, tout particulièrement sa mère.
Car en fait, si Luc ne dit rien de mal sur les frères et sœurs de Jésus, il n'en dit non plus rien de bien. Il les ignore simplement, ils ne l'intéressent pas. On retrouve un peu la même attitude que nous avions notée au sujet de Joseph : Luc le mentionne, surtout parce qu'il peut difficilement faire autrement, mais c'est tout, alors qu'il s'étend longuement sur les sentiments et les actions de Marie. Dans l'épisode d'aujourd'hui encore, alors que ç'aurait normalement été plutôt le rôle de Joseph que de recadrer Jésus après la frayeur qu'il leur a faite, eh bien non ! il n'y a que Marie qui intervient... C'est une conséquence de la thèse de la conception virginale : puisque Joseph n'a servi que de prête-nom, peu importe qui il était, comment il a pris toute cette histoire. On voit ce parti pris de Luc exprimé encore plus explicitement dans sa généalogie de Jésus, où il précise qu'il était "à ce qu'on croyait" fils de Joseph, etc... On peut donc dire, en fin de compte, que Luc n'épargne personne de l'entourage de Jésus, sauf sa mère. Cette focalisation de Luc sur Marie, qui contraste beaucoup avec les autres évangiles, surtout les synoptiques, a très tôt été remarquée, et, pour l'expliquer, la tradition a imaginé que Luc était entré en contact avec Marie lorsqu'il a voulu rédiger son évangile, et que c'est ainsi qu'il aurait appris tous ces événements et détails qu'il est le seul à rapporter ...contentons-nous de sourire, Luc est guidé principalement par l'icône de Fils de Dieu qu'il promeut, et il nous construit simplement la Marie qui va bien avec.


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