Pauvreté en esprit ?
Il lève le regard et voit ceux qui jettent dans le trésor leurs offrandes : des riches. Il y voit une veuve indigente y jeter deux liards. Il dit : « Pour de vrai, je vous dis, cette veuve, qui est pauvre, a jeté plus que tous : car tous ceux-là, c'est de leur surplus qu'ils ont jeté dans les offrandes. Mais elle, de sa pénurie, tout ce qu'elle avait pour subsister elle l'a jeté ! »
voir aussi : C'est l'intention qui compte, Tout est relatif, Pour vivre, Donner sa vie
C'est une petite histoire très réaliste. Nous nous représentons facilement cette femme âgée, qui ne cherche pas à se faire remarquer, mais ce n'est pas sa faute, son pas manque d'assurance, elle a besoin d'une canne, et quand elle 'jette' son offrande, on voit sa main trembler, et nous tremblons aussi que ses piécettes ne tombent à côté du tronc. Et la remarque de Jésus est très juste : cette veuve qui n'a plus rien dans son existence, plus de mari, mais plus vraiment d'enfants puisqu'ils sont grands maintenant et font leur vie, n'a plus d'autre objectif que de trouver Dieu. Aussi est-ce de bon cœur, sans aucun regret, sans que cela ne lui coûte, qu'elle lui consacre 'tous' ses revenus, tous ses biens. Le texte semble dire qu'elle n'aurait même maintenant plus rien pour subsister, qu'il ne lui reste plus qu'à se laisser mourir d'inanition, ou s'en remettre à la charité publique. Peut-être, mais sans aller jusque là, si elle n'a gardé que le strict minimum pour survivre, elle a effectivement déjà donné beaucoup plus, en esprit, que la plupart.
Notons, cependant, que le texte ne se positionne pas sur la question de savoir si c'était une bonne chose qu'elle donne cet argent au trésor du Temple plutôt que d'en faire profiter d'éventuels encore plus miséreux qu'elle, qu'elle n'aurait certainement eu aucun mal à trouver ! Était-il judicieux qu'elle contribue à l'achèvement de la restauration du Temple plutôt qu'à celle des hommes ? nous savons assez dans quel ordre Jésus classait ces priorités, il va d'ailleurs enchaîner (dès demain, pour nous) par une annonce de la destruction de ce Temple. On dit volontiers à ce sujet que l'ancien Temple a été remplacé par le nouveau qu'est le corps du Christ. Ce n'est pas faux, mais à condition de bien s'entendre sur ce qu'on veut dire par là. Le corps du Christ se réduit-il à l'Église, même l'Église spirituelle par opposition à son incarnation institutionnelle, ou s'élargit-il à toute l'humanité, quelles que soient les convictions et les croyances de ces membres ? Comprenons-nous bien que le corps du Christ, c'est qui a faim, qui est malade, qui est opprimé, qui est seul, qu'il soit athée, agnostique, musulman, ou animiste... et ne sommes-nous pas tous : seuls, opprimés, malades, affamés ?


Commenter cet évangile