Partage d'évangile quotidien
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Voici un lépreux

Ven. 10 Janvier 2014

Luc 5, 12-16 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Or, quand il était dans une des villes, voici : un homme plein de lèpre ! Il voit Jésus, il tombe sur la face et l'implore en disant : « Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier. » 

Il tend la main, le touche en disant : « Je veux : sois purifié ! » Aussitôt la lèpre s'en va de lui.  Il lui enjoint de ne dire à personne : « Mais va-t-en, montre-toi au prêtre, et offre pour ta purification, comme a imposé Moïse, en témoignage pour eux. » 

La parole à son sujet se répandait de plus en plus. Des foules nombreuses se réunissaient pour entendre et être guéries de leurs infirmités. Quant à lui, il se retirait dans les déserts, et priait… 

 

 

La prière à Gethsemani, par He-Qi

 

 

voir aussi : L'enfance de l'art, Pression médiatique, Purification

Je suis toujours ému quand j'aborde cette guérison du lépreux, parce que je pense que c'est le premier miracle qui se soit produit dans le ministère de Jésus. Il est vrai que la version de Luc, que nous avons aujourd'hui, ne permet pas vraiment de le comprendre, et qu'il faut aller chez Marc pour ça. Marc est l'évangéliste qui nous fait le mieux sentir les émotions, le brut, par opposition aux sentiments, que Luc par contre sait rendre avec beaucoup de finesse. Et c'est donc chez Marc (1, 41) qu'on découvre un Jésus dont le premier mouvement spontané est d'accéder à la demande du lépreux : "remué jusqu'aux entrailles", mais qui hésite ensuite : "il avance la main", avant d'enfin oser aller jusqu'au bout : "il le touche". Il est vrai aussi que la lèpre n'était pas n'importe quelle maladie, qu'elle faisait peur, au point que les lépreux étaient contraints à vivre en parias, avec interdiction d'approcher les personnes 'saines'. Il y a certainement eu de cette peur dans l'hésitation de Jésus, mais c'était justement ce qu'il fallait pour que le processus se déclenche pour la première fois, il fallait que cette énergie de compassion, qui venait du plus profond de son âme, ait à vaincre le plus grand obstacle, pour qu'elle trouve son chemin.

Alors, il est encore vrai que Marc comme Luc nous décrivent, avant cette 'première' guérison, ce qu'on appelle parfois la journée inaugurale à Capharnaüm, qui comprend déjà l'exorcisme d'un possédé, la guérison de la belle-mère de Pierre, puis guérison et exorcisme de tout ce que la ville compte de "malades et démoniaques". Mais justement, cette journée 'inaugurale' fleure bien trop la construction littéraire et symbolique. On peut la prendre comme un résumé de l'action de Jésus dans cette ville au cours du temps, puisque c'était la ville dans laquelle il s'était installé. On peut la prendre encore plus comme un programme type de son ministère : il chasse, dans la synagogue, les forces qui veulent s'opposer à sa manifestation ; il est toujours attentif à ceux qu'il côtoie chaque jour, il leur donne le goût de vivre ; et ce programme, il l'étend finalement à tous. Ces guérisons et exorcismes, le soir venu, de "tous les malades et démoniaques" de Capharnaüm, sert aussi à expliquer que, assez vite, Jésus se lança dans des tournées à travers toute la Galilée, puisqu'il n'avait plus de boulot sur place... Et, chez Marc comme chez Luc, c'est précisément à ce moment-là, juste après la journée de Capharnaüm, que nous est rapportée la guérison du lépreux. Un dernier indice qui va dans le même sens : Matthieu, quant à lui, a justement inversé cet ordre, pour placer la guérison du lépreux en tout premier.

Revenons donc à lui, maintenant, avec la suite, ce qui se passe après que Jésus ait fini par vaincre ses réticences. Le lépreux se trouve donc guéri, mais c'est encore Marc (1, 43-44) qui nous montre que les choses ne sont pas si simples pour Jésus : "Frémissant à cause de lui". On n'est pas du tout avec un Jésus qui dominerait son sujet, lui-même ne comprend pas vraiment ce qui vient d'arriver. On ne peut pas expliquer ce bouillonnement dans lequel Jésus reste après l'événement autrement que par le fait qu'il a été autant surpris que le lépreux de sa guérison. Et ensuite : "aussitôt il le jette dehors", il l'écarte de lui, il ne peut pas rester disponible pour lui, il a besoin de se retrouver seul, de faire le point, de digérer ce qui vient de se passer. Comme nous dit Luc, il doit "se retirer dans la solitude et prier". La guérison du lépreux, au moins chez Marc, nous permet de rencontrer un Jésus très loin de celui que nous pouvions imaginer, tel qu'il se dégage d'un survol de l'ensemble des évangiles. Nous ne sommes pas en présence d'un thaumaturge, d'un homme de pouvoirs, dont il disposerait plus ou moins à son gré. Nous sommes en présence d'un homme qui nous est proche, qui a été le premier surpris des signes qui se produisaient par son intermédiaire. C'est ce Jésus que nous aimons.

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