Partage d'évangile quotidien
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Lieutenants de réserve

Mar. 11 Septembre 2012

Luc 6, 12-19 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

En ces jours-là, Jésus s'en alla dans la montagne pour prier, et il passa la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples, en choisit douze, et leur donna le nom d'Apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Simon appelé le Zélote, Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, celui qui fut le traître. 

Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s'arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon, qui étaient venus l'entendre et se faire guérir de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits mauvais en étaient délivrés. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous. 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Gestion des ressources humaines, Nouveau Sinaï

Le terme "apôtres" est une spécificité de Luc. Matthieu ne l'utilise que dans son parallèle de ce même passage. Il donne l'impression de concéder que certains parmi les premiers chrétiens appellent les Douze de cet autre nom, les Apôtres, mais il n'y montre pas d'intérêt puisqu'il ne l'utilise plus jamais par la suite. Pareil pour Marc, qui utilise pourtant le mot une seconde fois, lorsque les Douze reviennent de leur mission deux par deux. Mais comme 'apôtre' est en fait le mot 'envoyés', il est probable qu'il voulait seulement dire que ceux que Jésus avait envoyés quelques jours auparavant étaient maintenant de retour, sans avoir voulu parler spécifiquement des 'Apôtres', au sens que nous lui avons donné par la suite.

Jean, de son côté, n'emploie jamais le mot. Luc, par contre, est le seul à désigner ainsi ceux que Jésus a rassemblés pour son dernier repas, Matthieu et Marc parlant, eux, des Douze. Luc est le seul encore à utiliser aussi le mot lorsque les femmes, qui ont constaté les premières que le tombeau était vide, viennent en prévenir les autres, Matthieu parlant, ici, des disciples ou des frères, et Marc, de ceux qui étaient avec lui. Quant aux Actes des 'Apôtres', on ne s'étonnera pas qu'ils en soient remplis.

Il ne semble pas contestable qu'il y eut un groupe de douze disciples choisis par Jésus. La question porte plutôt sur le rôle que, lui, leur avait assigné, la raison pour laquelle il avait institué ce groupe. C'est Luc et sa mouvance qui les ont qualifiés d'apôtres. C'est que Luc est le seul à avoir le souci d'une large mission des chrétiens, bien au-delà, dans le temps et dans l'espace, de la résurrection de Jésus, à ne plus croire par exemple, comme Matthieu, à un retour proche de Jésus marquant la fin du monde et de l'histoire. Luc a le souci d'organiser l'Église pour une aventure qui va durer, et de fonder cette aventure sur une volonté expresse de Jésus, d'où son qualificatif d'apôtres accolé aux Douze.

Au passage, Luc se permet encore de qualifier du même titre, apôtre, un autre personnage, qui n'en faisait pourtant pas partie mais qui est sa seule véritable locomotive, le seul pour lequel il roule vraiment, Paul. Et le tour de passe-passe est joué ! Par la grâce d'un mot, le champion de l'ouverture du mouvement de Jésus aux païens, qui se réclame d'une mission spécifique reçue directement de lui lors de sa conversion, mais qui ne l'a jamais connu de son vivant, acquiert une légitimité qui le hausse au même niveau que les douze des origines qui l'ont suivi tout au long de son ministère public. Ce qui ne veut pas dire nécessairement que Paul soit un imposteur ! Juste que Luc a donné son coup de pouce pour faciliter l'acceptation de son point de vue parmi les communautés de la fin du premier siècle, et au-delà à travers les siècles.

Reste que le sens que Jésus donnait aux Douze n'était pas si éloigné que ça. Matthieu nous en donne un indice en disant que, lorsque le royaume sera instauré, les douze seront mis sur des trônes et gouverneront les douze tribus d'Israël. Cette vision très terre-à-terre du Royaume est, bien sûr, de Matthieu, mais l'idée était certainement là, que les Douze sont un symbole, que tout juif comprenait immédiatement sans qu'on ait besoin de le lui expliquer, des douze tribus. Les Douze signifient que la mission de Jésus s'adresse à la totalité d'Israël, à absolument tout le monde, en Israël. On peut, sans trahir Jésus, je crois, étendre le symbole au-delà du seul peuple élu pour y inclure l'ensemble des nations. Mais si l'on doit définir ici le rôle des Douze, ce n'est pas d'abord celui de missionnaires, encore moins de régents, ils sont juste un signe, un symbole, un manifeste. Des serviteurs ?

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